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quinta-feira, 25 de agosto de 2011

Le genie celtique et le monde invisible-Leon Denis

 

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LEON DENIS

LE GENIE CELTIQUE
ET
LE MONDE INVISIBLE

« Le passé ne meurt jamais complètement pour l'homme. L'homme peut bien l'oublier mais il le garde toujours en lui. Car tel qu'il est lui-même à chaque époque, il est le produit et le résumé de toutes les époques antérieures. »

FUSTEL DE COULANGES

(La Cité antique.)

INTRODUCTION

Au milieu de la crise que nous subissons, la pensée s'inquiète, elle s'interroge ; elle recherche les causes profondes du mal qui atteint toutes les formes de notre vie sociale, politique, économique, morale. Les courants d'idées, de sentiments, d'intérêts se heurtent violemment, et de leurs chocs résulte un état de trouble, de confusion, de désordre, qui paralyse toute initiative et se traduit en une impuissance à trouver le remède. Il semble que la France ait perdu conscience d'elle-même, de son origine, de son génie, de son rôle dans le monde.

Tandis que d'autres races, essentiellement réalistes, poursuivent un but d'autant plus précis, d'autant mieux déterminé qu'il est plus matériel, la France a toujours hésité, au cours de son histoire, entre deux conceptions opposées. Et, par là, s'explique le caractère intermittent de son action.

Tantôt elle se dit celtique et alors elle fait appel à cet esprit de liberté, de droiture, de justice qui caractérise l'âme de la Gaule. C'est à l'intervention de celle-ci, au réveil de son génie, qu'il faut attribuer l'institution des communes au moyen âge et l'oeuvre de la Révolution. Tantôt elle se croit latine et, dès lors, vont reparaître toutes les formes de l'oppression monarchique ou théocratique, la centralisation bureaucratique et administrative, imitée des Romains, avec les habiletés, les subterfuges de leur politique et les vices, la corruption des peuples vieillis.

Ajoutez en dehors de ces conceptions l'indifférence des masses, leur ignorance des traditions, la perte de tout idéal. C'est aux alternances de ces deux courants qu'il faut attribuer le flottement de la pensée française, les ressauts, les brusques revirements de son action à travers l'histoire.

Pour retrouver l'unité morale, la conscience d'elle-même, le sens profond de son rôle et de son destin, c'est-à-dire tout ce qui fait les nations fortes, il suffirait à la France d'écarter les théories erronées, les sophismes par lesquels on a faussé son jugement, obscurci sa voie, et de revenir à sa propre nature, à ses origines ethniques, à son génie primitif, en un mot à la tradition celtique, enrichie du travail et du progrès des siècles.

Car la France est celtique, il n'y a pas de doute possible sur ce point. Nos plus éminents historiens l'attestent et, avec eux, nombre d'écrivains et de penseurs parmi lesquels les deux Thierry, Henri Martin, J. Michelet, Ed. Quinet, Jean Reynaud, Renan, Emile Faguet et tant d'autres. Si nous sommes Latins, ont-ils dit, par l'éducation et la culture, nous sommes Celtes par le sang, par la race.

D'Arbois de Jubainville nous l'a répété souvent, dans ses cours du Collège de France, comme dans ses livres : « Il y a 90 p. 100 de sang gaulois dans les veines des Français. » En effet, si nous ouvrons l'histoire, nous y verrons qu'après la chute de l'Empire, les Romains en masse repassèrent les Alpes et il en resta très peu en Gaule. Les invasions germaniques passèrent comme des trombes sur notre pays ; seuls les Francs, les Wisigoths, les Burgondes s'y fixèrent assez longtemps pour se fondre avec les éléments autochtones. Encore, les Francs n'étaient-ils que trente-huit mille alors que la Gaule comptait près de cinquante millions d'habitants.

On peut se demander comment une si vaste contrée a pu être conquise avec de si faibles moyens. Cela M. Ed. Haraucourt, de l'Académie française, nous l'explique dans un substantiel article publié dans la revue la Lumière, du 15 janvier 1926, et dont nous parlerons plus loin.

Tous ceux qui ont gardé au coeur le souvenir de nos origines aiment à retracer les gloires et les revers de cette race remuante, aventureuse, qu'est la nôtre, à rappeler les malheurs et les épreuves qui lui ont attiré tant de sympathies. A toutes ces pages célèbres, écrites sur ce sujet, je n'aurais pas songé à ajouter quoi que ce soit si je n'avais eu un élément nouveau à offrir au lecteur pour élucider le problème de nos origines, c'est-à-dire la collaboration du monde invisible. En effet, c'est à l'instigation de l'esprit d'Allan Kardec que j'ai réalisé ce travail. On y trouvera la série des messages qu'il nous a dictés par incorporation, en des conditions qui excluent toute supercherie. Au cours de ces entretiens, des Esprits, libérés de la vie terrestre, nous ont apporté leurs conseils et leurs enseignements.

Ainsi qu'on le verra dans ses messages, Allan Kardec a vécu en Gaule, au temps de l'indépendance et il y fut druide. Le dolmen qui, par sa volonté, s'élève sur sa tombe au Père-Lachaise, a par là un sens précis. La doctrine spirite que le grand initiateur a condensée, résumée en ses oeuvres au moyen des communications d'Esprits, obtenues sur tous les points du globe, coïncide, dans ses grandes lignes, avec le druidisme et constitue un retour à nos véritables traditions ethniques, amplifiées des progrès de la pensée et de la science et confirmées par les voix de l'espace. Cette révélation marque une des phases les plus hautes de l'évolution humaine, une ère féconde de pénétration de l'invisible dans le visible, la participation de deux mondes dans une oeuvre grandiose d'éducation morale et de refonte sociale.

A ce point de vue ses conséquences sont incalculables. Elle offre à la connaissance un champ d'études sans bornes sur la vie universelle. Par l'enchaînement de nos existences successives et la solidarité qui les relie, elle rend plus claire, plus rigoureuse la notion des devoirs et des responsabilités. Elle montre que la justice n'est pas un vain mot et que l'ordre et l'harmonie règnent dans le Cosmos.

A quoi dois-je attribuer cette grande faveur d'avoir été aidé, inspiré, dirigé par les Esprits des grands Celtisants de l'espace ? A ce que, m'a dit Allan Kardec, j'ai vécu moi-même, dans l'ouest des Gaules mes trois premières existences humaines et j'ai toujours conservé en moi les impressions des premiers âges. C'est pourquoi, lorsque dans la vie actuelle, à dix-huit ans, j'ai lu le Livre des Esprits d'Allan Kardec, j'ai eu l'intuition irrésistible de la vérité. Il me semblait entendre des voix lointaines ou intérieures me parlant de mille choses oubliées. Tout un passé ressuscitait avec une intensité presque douloureuse. Et tout ce que j'ai vu, observé, appris depuis lors, n'a fait que confirmer cette impression première.

Ce livre peut donc être considéré, en grande partie, comme une émanation de cet Au-delà où je vais bientôt retourner. A tous ceux qui le liront puisse-t-il apporter une radiation de notre pensée et de notre foi commune, un rayon d'en-haut qui fortifie les consciences, console les afflictions et élève les âmes vers cette source éternelle de toute vérité, de toute sagesse et de tout amour qui est Dieu.

PREMIERE PARTIE
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LES PAYS CELTIQUES

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CHAPITRE PREMIER
-
ORIGINE DES CELTES. - GUERRES DES GAULOIS. - DECADENCE ET CHUTE. - LONGUE NUIT ; LE REVEIL. - LE MOUVEMENT PANCELTIQUE

Aux premières lueurs de l'Histoire nous trouvons les Celtes établis sur une grande moitié de l'Europe. D'où venaient-ils ? Quel fut le lieu de leur origine ? Certains historiens placent le berceau de leur race dans les montagnes du Taurus, au centre de l'Asie Mineure, dans le voisinage des Chaldéens. Devenus nombreux, ils auraient franchi le Pont-Euxin (mer Noire) et pénétré jusqu'au coeur de l'Europe. Mais, de nos jours, cette théorie paraît être tombée en désuétude en même temps que l'hypothèse des Aryens.

M. Camille Jullian, du Collège de France, dans son plus récent ouvrage sur l'Histoire de la Gaule, se contente de fixer à six ou huit cents ans avant notre ère l'arrivée en Gaule des Kymris, branche la plus moderne des Celtes. Ils venaient, croit-il, des bouches de l'Elbe et des côtes du Jutland, chassés par un puissant raz de marée qui les avait contraints d'émigrer vers le Sud.

Parvenus en Gaule, ils rencontrèrent une branche des Celtes plus ancienne, les Gaëls, qui s'y trouvaient fixés depuis longtemps et qui étaient de plus petite taille, et généralement bruns, alors que les Kymris étaient grands et blonds. Ces différences sont encore sensibles dans l'Armorique, où les côtes de l'Océan, dans le Morbihan, sont peuplées d'hommes petits et bruns, mélangés d'éléments étrangers, atlantes ou basques, qui se sont fondus avec les populations primitives, tandis que celles des Côtes-du-Nord ou de la Manche possèdent des habitants de plus haute stature auxquels sont venus se joindre les Celtes bretons chassés de la grande île par les invasions anglo-saxonnes.

Les vues de M. C. Jullian se trouvent confirmées par la parenté des langues celtiques et germaniques, semblables par leur structure, leurs gutturales, l'abus des lettres dures, comme le K, le W, etc. Au milieu des courants migrateurs, qui se croisent et s'entrecroisent dans la nuit préhistorique, la science trouve un procédé plus sûr dans les études linguistiques pour reconstituer la filiation des races humaines[1].

Nous ne retracerons qu'à grands traits l'histoire des Gaulois. On sait que nos ancêtres ont, pendant des siècles, rempli le monde du bruit de leurs armes. Avides d'aventures, de gloire et de combats, ils ne pouvaient se résigner à une vie effacée et tranquille, et ils allaient à la mort comme à une fête, tant était grande leur certitude de l'au-delà.

On connaît leurs nombreuses incursions en Italie, en Espagne, en Germanie et jusqu'en Orient. Ils envahissaient leurs voisins et, de par la loi du choc en retour, ils furent envahis par la suite et réduits à l'impuissance.

L'âme de la Gaule se trouve dans ses institutions druidiques et bardiques. Les druides n'étaient pas seulement des prêtres, mais aussi des philosophes, des savants, des éducateurs de la jeunesse. Les ovates présidaient aux cérémonies du culte, et les bardes se consacraient à la poésie et à la musique. Nous exposerons plus loin ce qu'était l'oeuvre et le véritable caractère du druidisme.

Au commencement de notre ère les Romains avaient déjà pénétré en Gaule, remonté la vallée du Rhône et, après avoir occupé Lyon, ils s'avançaient jusqu'au coeur du pays.

Les Gaulois résistèrent avec énergie et firent subir parfois de rudes échecs à leurs ennemis ; cependant ils étaient divisés et n'offraient souvent que des résistances locales. Leur courage, poussé jusqu'à la témérité, leur mépris des ruses guerrières et de la mort tournaient à leur désavantage. Ils combattaient en désordre, nus jusqu'à la ceinture, avec des armes mal trempées, contre des adversaires couverts de fer, astucieux et perfides, fortement disciplinés et pourvus d'un matériel considérable pour l'époque.

Vercingétorix, le grand chef arverne, soutenu par la puissance des druides, réussit un moment à soulever la Gaule entière contre César, et une lutte grandiose s'engagea. Elevé par les bardes, Vercingétorix avait en partage les qualités qui s'imposent à l'admiration des hommes, et qui leur commandent l'obéissance, le respect. Son amour de la Gaule grandissait avec le progrès croissant des armées romaines.

Quelle différence entre Vercingétorix et César ! Le héros gaulois, plein de foi dans la puissance invisible qui gouverne les mondes, soutenu par sa croyance aux vies futures, avait pour règle de conduite le devoir, pour idéal la grandeur et la liberté de son pays.

César, lui, profondément sceptique, ne croyait qu'à la fortune. Tout en cet homme était ruse et calcul ; une soif immense de domination le dévorait. Après une existence de débauches, criblé de dettes, il venait en Gaule chercher dans la guerre les moyens de relever son crédit. Il convoitait de préférence les villes riches, et après les avoir livrées au pillage, on voyait chaque fois de longs convois s'acheminer vers l'Italie et porter l'or gaulois aux créanciers de César.

Est-il besoin de rappeler qu'en fait de patriotisme, César, parjure, anéantit les libertés romaines et opprima son pays. Certes, nous ne nierons pas le génie politique et militaire de César, mais nous devons à la vérité de rappeler que ce génie était terni par des vices honteux.

Et c'est dans les écrits de cet ennemi de la Gaule que l'on va souvent chercher la vérité historique ! C'est dans ses Commentaires, écrits sous l'inspiration de la haine, avec l'intention évidente de se rehausser aux yeux de ses concitoyens, que l'on étudie l'histoire de la guerre des Gaules. Mais deux auteurs romains, Pollion et Suétone, avouent eux-mêmes que cette oeuvre fourmille d'inexactitudes, d'erreurs volontaires.

En résumé, les Gaulois, ardents, enthousiastes, impressionnables, avaient bénéficié du courant celtique, de ce grand courant, véhicule des hautes inspirations qui, dès les premiers âges, avait régné sur tout le nord-ouest de l'Europe. Ils s'étaient imprégnés des effluves magnétiques du sol, de ces éléments qui, dans toutes les régions de la terre, caractérisent et différencient les races humaines[2].

Mais leur fougue juvénile, leur passion pour les armes et les combats les avaient menés trop loin, et les perturbations causées à l'ordre et à la marche régulière des choses retombèrent lourdement sur eux en vertu de cette loi souveraine qui ramène, sur les individus comme sur les peuples, toutes les conséquences des oeuvres qu'ils ont accomplies. Car tout ce que nous faisons retombe sur nous à travers les temps en pluies ou en rayons, en joies ou en douleurs, et la douleur n'est pas l'agent le moins efficace de l'éducation des âmes et de l'évolution des sociétés.

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* *

Le druidisme s'attachait surtout à développer la personnalité humaine en vue de l'évolution qui lui est assignée. Il en cultivait les qualités actives, l'esprit d'initiative, l'énergie, le courage ; tout ce qui permet d'affronter les épreuves, l'adversité, la mort avec une ferme assurance. Cet enseignement développait au plus haut degré chez l'homme le sentiment du droit, de l'indépendance et de la liberté.

Par contre, on lui a reproché d'avoir trop négligé les qualités passives et les sentiments affectifs. Les Gaulois se savaient égaux et libres, mais ils n'avaient pas une conscience suffisante de cette fraternité nationale qui assure l'unité d'un grand pays et constitue sa sauvegarde à l'heure du danger.

Le druidisme avait besoin de ce complément que le christianisme de Jésus lui a apporté. Nous parlons du christianisme primitif, non encore altéré par l'action des temps, et qui, dans les premiers siècles, présentait tant d'analogie avec les croyances celtiques puisqu'il reconnaissait l'unité de Dieu, la succession des vies de l'âme et la pluralité des mondes[3]. C'est pourquoi les Celtes l'adoptèrent avec d'autant plus d'empressement qu'ils y étaient mieux préparés par leurs propres aspirations. Encore au IV° siècle, on peut voir par la controverse de saint Jérôme avec le Gaulois Vigilancius, de saint Bertrand de Comminges, que la grande majorité des chrétiens de cette époque admettaient la pluralité des existences de l'âme.

Pénétrés de l'idée qu'ils étaient animés d'un principe impérissable, tous égaux dans leurs origines, dans leurs destinées, nos pères ne pouvaient supporter aucune oppression. Aussi leurs institutions politiques et sociales étaient éminemment républicaines, démocratiques. Et c'est en elles qu'il faut rechercher la source de ces aspirations égalitaires, libérales, qui sont un des côtés de notre caractère national.

Tous les Gaulois prenaient part à l'élection du Sénat, qui avait mission d'établir les lois. Chaque république élisait ses chefs temporaires, civils et militaires. Nos pères n'ont pas connu les différences de caste. Ils faisaient découler les droits des hommes de leur nature même, de leur immortalité qui les rendaient égaux en principe. Ils n'auraient pas souffert qu'un guerrier, qu'un héros même, pût s'emparer du pouvoir et s'imposer au peuple. Les lois gauloises déclaraient qu'une nation est toujours au-dessus d'un homme.

Au moment où César pénétra en Gaule, grâce à l'action des druides et du peuple des villes, l'unité nationale se préparait. Si la paix avait permis l'accomplissement de ces grands projets, les républiques gauloises, unies par des liens fédératifs, comme les cantons suisses ou les Etats-Unis d'Amérique, eussent formé, dès ces âges lointains, une puissante nation.

Mais les dissensions, les rivalités des clefs, compromirent tout. Une aristocratie s'était formée peu à peu dans les tribus. Grâce à leurs richesses, certains chefs gaulois avaient su se créer des suites nombreuses de serviteurs, de partisans, à l'aide desquels ils pesaient sur les élections et troublaient l'ordre public. Des partis s'étaient constitués. Pour triompher de leurs rivaux, quelques-uns s'appuyaient sur l'étranger, de là le déchirement de la Gaule, puis son asservissement.

On fait souvent ressortir à nos yeux qu'en échange de son indépendance perdue, la Gaule recueillit de grands avantages de la domination romaine. Oui, sans doute, Rome apporta à nos pères certains progrès matériels et intellectuels. Sous son impulsion des routes s'ouvrirent, des monuments s'élevèrent, de grandes cités se bâtirent. Mais tout cela se serait probablement créé par la suite, sans Rome, et tout cela ne remplaçait pas la liberté perdue.

Quand la guerre prit fin, deux millions de Gaulois avaient succombé sur les champs de bataille. Rome imposa un tribut annuel de 40 millions de sesterces. La Gaule, épuisée d'hommes et d'argent, se coucha, agonisante, sous la hache des licteurs.

Puis, quand de nouvelles générations eurent grandi, quand la Gaule eut pansé ses plaies sanglantes, l'astre de Rome commença à pâlir. Du fond des bois et des marais de l'Allemagne, semblables à des bandes de loups affamés, les Francs accoururent à la curée. Qu'était-ce donc en réalité que ces Francs qui ont donné leur nom à la Gaule ? Des barbares, comme cet Arioviste qui se vantait d'être resté quatorze ans sans coucher sous un toit. Les Francs formaient une tribu de race germanique et n'étaient que trente-huit mille. Mais, au lieu de communiquer à la Gaule leur barbarie, ils se fondirent en elle. Pourtant, les Gaulois n'ont fait que changer d'oppresseurs. Les Francs se sont partagé la terre et ont implanté chez nous la féodalité. Ces rois fainéants et cruels, ces nobles seigneurs du moyen âge, ducs, comtes et barons, étaient pour la plupart des Francs ou des Burgondes, et leurs rudes instincts rappelaient leur origine.

Si la domination romaine, qui dura quatre siècles, apporta à la Gaule quelques bienfaits, d'autre part, son administration rapace consomma sa ruine en détruisant toute sa force de résistance.

C'est ce que M. Ed. Haraucourt, de l'Académie française, nous explique dans un article auquel nous empruntons les lignes suivantes publiées dans une de nos grandes revues[4] :

« C'est par eux (les Romains) et non par les barbares que la Gaule est morte. Elle est morte de son organisation intérieure qui fut une désorganisation systématique, elle a péri rongée par le fonctionnarisme et par l'impôt, anémiée par des lois qui pompaient sa richesse, supprimaient son travail et ruinaient sa production. Les envahisseurs ne sont venus qu'ensuite pour achever l'oeuvre des législateurs. »

Quand on avance devant nous que nos pères furent les Romains ou les Francs, protestons de toute notre âme. Tous les grands et nobles côtés du caractère national, nous les tenons des Gaulois. La générosité, la sympathie pour les faibles et les opprimés, nous viennent d'eux. Cette force qui nous fait lutter et souffrir pour les causes justes, sans espoir de retour, ce désintéressement qui nous porte à soutenir les peuples asservis dans leurs revendications, ces tendances qu'on ne retrouve à titre égal chez aucun autre peuple, tout cela nous vient de nos pères héroïques. Malgré la longue occupation romaine, malgré l'invasion des barbares du Nord, notre caractère national est encore imprégné du vieil esprit celtique. Le génie de la Gaule veille toujours sur notre pays.

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* *

Pendant la longue nuit du moyen âge, l'idéal celtique put paraître oublié, mais il subsistait et sommeillait dans la conscience populaire. Les druides, les bardes ont été chassés de la terre des Gaules et sont passés dans l'île de Bretagne. Chez nous, les nobles, les seigneurs sont divisés en partis rivaux et s'épuisent en luttes intestines. Le pauvre peuple des villes et des campagnes est courbé sous une lourde tâche, absorbé par les soucis matériels, et souvent souffre de la faim et de la misère.

Pourtant, le christianisme ayant pénétré en Gaule a, dans une certaine mesure, adouci ces maux. Il représentait un bienfait, un progrès ; la religion de Jésus s'adaptait bien à la faiblesse humaine ; si la loi d'amour et de sacrifice qu'elle apportait avait trouvé son application, elle pouvait suffire au salut des âmes et à la rédemption de l'humanité.

Dans un but de perfectionnement moral la religion chrétienne comprimait la volonté, la passion, le désir, tout ce qui constitue le moi, le centre même de la personnalité. La doctrine celtique, au contraire, s'appliquait à donner à l'être toute sa puissance de rayonnement, s'inspirant de cette loi d'évolution qui n'a pas de terme, l'ascension de l'âme étant infinie. L'âme chrétienne aspire au repos, à la béatitude dans le sein de Dieu, l'âme celtique s'attache à développer ses puissances intimes afin de participer dans une mesure grandissante, de cercles en cercles, à la vie et à l'oeuvre universelles.

L'âme chrétienne est plus aimante, l'âme celtique est plus virile. L'une cherche à gagner le ciel par la pratique des vertus, par l'abnégation et le renoncement ; l'autre veut conquérir gwynfyd par la mise en action des forces qui dorment en elle. Mais toutes deux ont soif d'infini, d'éternité, d'absolu. L'âme celtique y ajoute le sens de l'invisible, la certitude de l'au-delà et le culte fervent de la nature.

Mais souvent ces deux âmes coexistent ou plutôt se superposent dans les mêmes êtres. C'est le cas pour beaucoup de nos compatriotes ; chez eux ces deux âmes s'ignorent encore, mais fusionneront un jour.

Faut-il rappeler que la doctrine du Christ, elle aussi, avait perdu sur bien des points son sens primitif ? La France s'est trouvée en face d'un enseignement théologique qui avait restreint toutes choses, réduisant les proportions de la vie à une seule existence terrestre, très inégale, suivant les individus, pour les fixer ensuite dans une immobilité éternelle. Les perspectives de l'enfer rendirent la mort plus redoutable. Elles firent de Dieu un juge cruel qui, ayant créé l'homme imparfait, le punissait de cette imperfection sans réparation possible. Et de là les progrès de l'athéisme, du matérialisme qui, à la longue, ont fait de la France une nation en majorité sceptique, dépourvue de ressort moral, de cette foi robuste et éclairée qui rend le devoir facile, l'épreuve supportable et assigne à la vie un but pratique d'évolution et de perfectionnement.

Le joug féodal et théocratique a longtemps pesé sur elle, puis, l'heure est venue où elle a repris sa liberté de penser et de croire. Alors on a voulu passer au crible toute l'oeuvre des siècles et, sans faire la part de ce qui était bon et beau, sous prétexte de critique et d'analyse, on s'est livré à un travail acharné de désagrégation. A un moment donné, on ne voyait plus dans le domaine de la pensée que des décombres, rien ne restait debout de ce qui avait fait la grandeur du passé, et nous ne possédions plus que la poussière des idées.

Des écrivains de mérite, des penseurs consciencieux se sont bien appliqués dans leurs oeuvres à faire ressortir la valeur et le prestige du druidisme, mais le fruit de leurs travaux n'a pas pénétré dans les couches profondes de la nation. Nous avons même eu l'étonnement de voir des universitaires, des membres distingués de l'enseignement, faire cause commune avec les théologiens pour dénigrer, travestir les croyances de nos pères. Le travail séculaire de destruction a été si complet, la nuit a été si profonde sur leurs conceptions que rares étaient devenus ceux qui en goûtaient encore la puissance et la beauté.

Ce serait une grande cause de faiblesse, et par conséquent un malheur pour la France, de rester dépourvue de notions précises sur la vie et sur la mort conformes aux lois de la nature et aux intuitions profondes de la conscience. Pendant des siècles elle avait oublié ses traditions nationales, perdu de vue le génie de sa race, ainsi que les révélations données à ses aïeux pour diriger sa marche vers un but élevé.

Elle affirmait, cette révélation, que le principe de la vie dans l'homme est indestructible, que les forces, les énergies qui s'agitent en nous ne peuvent être condamnées à l'inaction, que la personnalité humaine est appelée à se développer à travers le temps et l'espace pour acquérir les qualités, les puissances nouvelles qui lui permettront de jouer un rôle toujours plus important dans l'univers.

Et voici que cette révélation se répète, se renouvelle. Comme aux âges celtiques, le monde invisible intervient. Depuis près d'un siècle, la voix des Esprits se fait entendre sur toute la surface de la terre. Elle démontre que, d'une façon générale, nos pères n'avaient pas été trompés. Leurs croyances se trouvent confirmées par les enseignements d'outre-tombe en tout ce qui concerne la vie future, l'évolution, la justice divine, en un mot, sur l'ensemble des règles et des lois qui régissent la vie universelle.

Grâce à cette lumière, l'infini s'est ouvert pour nous jusque dans ses intimes profondeurs. Au lieu d'un paradis béat et d'un enfer ridicule, nous avons entrevu l'immense cortège des mondes, qui sont autant de stations que l'âme parcourt dans son long pèlerinage, dans son ascension vers Dieu, construisant et possédant en elle-même sa félicité et sa grandeur par les mérites acquis. A la place de la fantaisie ou de l'arbitraire, partout se montrent l'ordre, la sagesse et l'harmonie.

Et c'est pourquoi aux générations qui se lèvent et cherchent un idéal susceptible de remplacer les lourdes théories scolastiques nous dirons : remontez avec nous à ces deux sources, qui n'en font qu'une, se confondant dans leur identité ; remontez aux sources pures où nos ancêtres ont trempé leur pensée et leur âme. Vous y puiserez la force morale, les qualités viriles, l'idéal élevé sans lesquels la France serait vouée à une décadence irrémédiable, à la ruine et à la mort !

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* *

Pendant des siècles les Celtes ont occupé dans l'occident de l'Europe la même situation. Refoulés par les bandes germaniques sur le continent, dans les îles britanniques par les invasions anglo-saxonnes, ils avaient perdu leur unité mais non pas leur foi dans l'avenir. La Gaule était devenue la France, et l'on ne parlait plus sa langue originelle que dans la péninsule armoricaine. Quant aux îles, les Celtes s'y trouvaient répartis en quatre peuples ou groupes différents, séparés par des bras de mer ou de larges estuaires : ce sont l'Irlande, la haute Ecosse, le Pays de Galles et la Cornouaille.

Quelle force morale, quelle volonté opiniâtre n'a-t-il pas fallu à cette race celtique pour maintenir sa langue, ses traditions, son caractère propre ! L'histoire des persécutions subies par l'Irlande pendant dix siècles est impressionnante. L'usage du gaëlique était interdit et chaque enfant qui en prononçait un seul mot à l'école était frappé de la peine du fouet.

Et cependant l'Irlande, par sa ténacité, a triomphé de l'oppression anglaise. Aujourd'hui, l'Irlande a reconstitué sa langue primitive. Elle est le seul pays où ses accents retentissent comme langage officiel. Les Celtes d'outre-Manche et nous, n'avons plus le même verbe, mais nous avons la même pensée ; sans nous parler nous nous comprenons toujours.

Dans la Bretagne française la persécution fut plutôt morale et religieuse. A tous les emblèmes du druidisme, à tous les noms sacrés des anciens Celtes on a substitué des symboles catholiques et des noms de saints. Les moindres souvenirs du culte ancestral ont été minutieusement expurgés.

Dans les temps modernes, c'est aux Gallois que revient le mérite d'avoir provoqué le réveil de l'âme celtique, c'est-à-dire d'avoir donné l'impulsion à un courant d'opinion qui, en rapprochant les tronçons épars de la race, à rétabli le contact entre eux.

Le mouvement panceltique, qui tend à faire converger vers un but commun les ressources et les forces des cinq groupes celtiques, a pris naissance dans le pays de Galles vers 1850. Il s'est développé rapidement et ses conséquences promettent d'être vastes et profondes.

Déjà depuis 50 ans, malgré la guerre mondiale, la situation des Celtes a bien changé. L'Irlande a reconquis son indépendance ; la principauté de Galles et l'île de Man possèdent leur pleine autonomie ; l'Ecosse travaille efficacement à réaliser la sienne ; la Bretagne française seule est restée stationnaire.

Le premier but à atteindre était la sauvegarde des langues celtiques, palladium de la race entière. L'Irlande y a réussi ; les autres dialectes reprennent aussi force et vigueur dans leurs milieux respectifs. Les instituteurs qui les enseignent sont subventionnés par la Ligue Celtique. Celle-ci suscite une unité d'impulsion d'abord littéraire et artistique mais qui, par la suite, devient peu à peu philosophique et religieuse.

Dès 1570 une assemblée solennelle, dite Eisteddfod, fut présidée par William Herbert, comte de Pembroke, le grand patron de la littérature galloise et le même qui fonda la célèbre bibliothèque de néo-gallois du château de Rhaglan, détruite plus tard par Cromwell. Dans une autre réunion, tenue à Bowpyr, en 1681, sous la direction de Sir Richard Basset, les membres du Congrès procédèrent à une révision complète des anciens textes bardiques : Lois et Triades. Les Eisteddfodau se sont succédés régulièrement depuis 1819. Le Gorsedd qui les prépare, les organise et en assure la direction est un libre institut recruté dans toutes les classes de la société[5]. Il fut dans le principe une cour de justice tenue par les druides. Malgré les éclipses temporaires et les persécutions il s'est maintenu à travers les siècles et c'est encore lui, à l'heure actuelle, qui préside au mouvement général panceltique. Au siècle dernier ce mouvement s'accentuait, les Eisteddfodau d'Abergavenny, de Caer-Marthen réunissaient de nombreux représentants des cinq grandes familles celtiques. Lamartine y envoyait son adhésion sous la forme d'un poème dont voici la première strophe :

« Et puis nous vous disons : « O fils des mêmes plages !

« Nous sommes un tronçon du vieux glaive vainqueur ;

« Regardez-nous aux yeux, aux cheveux, aux visages ;

« Nous reconnaissez-vous à la trempe du coeur ? »

Puis vint le Congrès de Saint-Brieuc, réuni sous la convocation d'Henri Martin, d'H. de la Villemarqué et d'un comité de celtisants renommés. D'autres délégations celtiques passèrent la Manche pour fraterniser avec les Bretons français.

En retour, le Congrès de Cardiff reçut la visite de vingt et un de nos compatriotes. En 1897 des délégués gallois furent envoyés à Dublin pour participer à la restauration du Feiz-Céoil. A l'hôtel de ville de Dublin, sous la présidence du lord-maire Sir James Henderson, Lord Castletown, descendant des anciens rois celtes, fit entendre ces paroles :

« La Ligue panceltique, qui a pris l'initiative du Congrès, se propose uniquement de réunir des représentants des Celtes de toutes les parties du monde, pour manifester aux yeux de l'univers leur désir de préserver leur nationalité et de coopérer à garder et à développer les trésors de langue, de littérature et d'art que leur léguèrent leurs communs ancêtres. »

Des associations celtiques se fondaient en France, l'enseignement supérieur faisait une place à l'histoire et à la littérature celtiques. Des chaires spéciales étaient fondées à la Sorbonne, au Collège de France, en 1870 à Rennes et à Poitiers.

La Revue celtique fut créée et n'a pas cessé de paraître, à Paris, sous la haute direction de Gaidoz et de d'Arbois de Jubainville. Après la publication des oeuvres célèbres d'Henri Martin, Jean Reynaud, A. Thierry, un marin illustre, l'amiral Réveillère, pouvait écrire :

« Il est dans l'ordre des choses que les Celtes, un jour ou l'autre, se groupent suivant leurs affinités, se constituent en fédérations pour la défense de leurs frontières naturelles et pour la propagation de leurs principes. Il faut que le panceltisme devienne une religion, une foi... L'oeuvre de notre époque est double. C'est d'abord le renouvellement de la foi chrétienne entée sur la doctrine celtique de la transmigration des âmes, doctrine seule capable de satisfaire l'intelligence par la croyance en la perfectibilité indéfinie de l'âme humaine dans une série d'existences successives. La seconde est la restauration de la patrie celtique et la réunion en un seul corps de ses membres aujourd'hui séparés. »

La France a envoyé parfois à ces Eisteddfodau d'illustres représentants. On y a vu successivement MM. Henri Martin, Luzel, H. de la Villemarqué, de Blois, de Boisrouvray, Rio de Francheville et, plus récemment, MM. Le Braz, Le Goffic, etc. Partout, les délégations françaises furent reçues en grand honneur, logées en des châteaux ou en de riches maisons bourgeoises. Lorsqu'elles défilaient dans les rues des antiques cités galloises ou à l'entrée des Eisteddfodau, ses sonneurs de biniou en tête jouant l'air national gallois la Marche des hommes de Harlech, les foules leur faisaient ovation. Pourtant, quel contraste avec ces délégations écossaises, composées de ces higdlanders de haute stature, avec leurs puissantes cornemuses, et comme près d'elles nos binious avaient piètre mine !

A propos de cette Marche des hommes de Harlech M. Le Goffic rappelle un fait historique assez touchant. A la bataille de Saint-Cast, lorsque l'armée anglaise débarquait sur les côtes de Bretagne, une compagnie de fusiliers gallois s'avançait à la rencontre des hommes du duc d'Aiguillon qui défendaient le sol national. Des rangs de ceux-ci un chant s'éleva dans lequel les Gallois reconnurent l'hymne celtique. Aussitôt, ils s'arrêtèrent hésitants, étonnés. L'officier anglais qui les commandait les interpella rudement, leur disant : « Avez-vous peur ? » - « Non, répondirent-ils, mais à l'air que chantent ces gens nous avons reconnu des hommes de notre race. Nous aussi, nous sommes Bretons[6] ! »

La musique celtique, d'une mélancolie pénétrante, est riche et variée ; ses hymnes, ses mélodies, ses chants populaires sont fort anciens et M. Le Goffic est porté à croire que les grands compositeurs allemands y ont fait de notables emprunts. Il est certain que Haendel a habité longtemps l'Angleterre et a connu les mélodies populaires galloises et écossaises. Certains morceaux de Haydn et de Mozart ressemblent de très près à des airs anciens remontant à deux ou trois siècles.

Ces Eisteddfodau, par leur cérémonial, ont pu paraître surannées et susciter les railleries de certains critiques ignorants, mais voici ce qu'écrit à ce sujet un témoin oculaire[7] :

« Ceux qui ont vu dans le cercle de pierres sacrées se lever l'archidruide, grand vieillard blanc au pectoral d'or massif, la tête ceinte d'un feuillage de chêne bronzé, et qui l'ont entendu psalmodier sur la foule, inclinée et découverte, la prière solennelle du Gorsedd, ceux qui ont fait attention surtout à l'émotion religieuse de cette foule, au vaste sanglot qui la secouait, quand le hérault déroulait la liste funèbre des bardes décédés, puis l'enthousiasme qui la redressait et l'illuminait toute, quand ce même hérault entonnait l'air national gallois : la Terre des Ancêtres, repris à l'unisson par un choeur formidable de vingt mille voix, ceux-là n'ont plus souri du spectacle et ont compris la magie puissante, la fascination mystérieuse qu'il continue d'exercer sur l'âme impressionnable des Gallois. »

Depuis la grande guerre la propagande celtique a pris un nouvel essor. La Ligue celtique irlandaise organisa des fêtes et des réunions solennelles périodiques, d'abord à Dublin, puis dans chacune des villes d'Irlande. Dans le pays de Galles, plusieurs Eisteddfodau se sont succédés. Celle de 1923 fut présidée par l'archidruide de Galles assisté d'un archidruide australien et d'un autre de la Nouvelle-Zélande.

Ces détails nous démontrent que le mouvement celtique s'est propagé jusqu'aux antipodes. Partout les foules celtiques se portent avec passion à ces assemblées où on se livre à des joutes poétiques et musicales, à des improvisations oratoires. Et par ces manifestations se renouvellent et s'affirment sans cesse la vitalité de la race, sa volonté de rester unie dans une pensée haute et grave, unie dans un idéal commun !

Ainsi se réalise le réveil celtique prévu par les bardes. A travers les dures vicissitudes de son histoire, la race celtique a toujours affirmé sa volonté de vivre, sa foi inébranlable en elle-même et dans son avenir et cela surtout aux heures où tout semblait perdu. Mais son oeuvre est purement pacifique. Ce qui s'agite au fond de son âme, ce n'est pas un besoin de puissance matérielle, c'est seulement le sentiment de sa noble origine et celui de ses droits.

Ainsi que l'a dit Lord Castletown : « L'idée celtique est une idée de concorde et de fraternité et cela est écrit partout dans les légendes et les dogmes philosophiques de la race. »

Tous les initiés savent que le Celtisme rénovateur apportera à l'Europe ce complément de la science et de la religion qui lui fait défaut, c'est-à-dire une connaissance plus haute du monde invisible, de la vie universelle et de ses lois. C'est là, en effet, le seul moyen d'atténuer le déclin des races blanches en orientant leur évolution vers un but plus élevé et de meilleurs destins.

CHAPITRE II
-
L'IRLANDE

L'histoire de l'Irlande à travers les siècles n'a été qu'un long martyrologe. Les persécutions subies obligèrent la moitié de la population à s'expatrier, à quitter pour des terres lointaines l'île verdoyante si chère aux coeurs celtiques. En moins d'un siècle elle tomba de huit millions à quatre millions d'habitants. C'est depuis lors que l'on rencontre des Celtes dans toutes les parties du monde.

Cette île est cependant, nous l'avons vu, le seul pays où la langue celtique ait revêtu un caractère et une forme officielle, Riche, souple, variée dans ses expressions, cette langue a donné naissance à une littérature abondante en laquelle se reflète toute l'âme irlandaise, mobile, impressionnable, sensible à l'excès, passionnée pour toutes les grandes causes.

J'ai suivi pendant quelque temps, au Collège de France, le cours de littérature celtique de d'Arbois de Jubainville. Il y avait parmi nous plusieurs Irlandais qui écoutaient avec avidité le récit des exploits de leur héros national Couhoulainn. Nous suivions le texte gaëlique sur un livre allemand, car il n'existait pas de traduction française et cette pénurie ne se rencontre pas seulement - faut-il l'avouer à notre honte ? - dans cet ordre d'études.

Le professeur nous enseignait que les manuscrits en langue gaëlique remontent jusqu'au V° siècle, et si l'on énumère tous ceux qui ont été publiés jusqu'au XV° on constate qu'ils représentent la matière d'un millier de volumes.

De cette oeuvre touffue se dégagent deux grandes sources d'inspiration auxquelles les écrivains irlandais ont eu souvent recours. D'abord, ce sont les Epopées primitives, recueil de faits héroïques relatifs à la lutte, longue et émouvante, des insulaires contre les Saxons envahisseurs et oppresseurs. C'est là que les combattants de la dernière guerre d'indépendance puisaient les exemples et le souvenir qui enflammaient leur courage, entretenaient leur enthousiasme patriotique.

Puis, c'est l'Histoire légendaire des bardes et les Triades qui, dans l'ordre philosophique et religieux, sont comme une sorte de Bible pour le monde celtique et dont la paternité est commune à l'Irlande et au pays de Galles. Elle ne fut fixée par l'écriture qu'au VIII° siècle, ou du moins on ne possède pas de manuscrits plus anciens. Mais il est établi que ces chants et ces Triades étaient transmis oralement de bouche en bouche, depuis des siècles, et que leur origine se perd dans la nuit des temps ; on sait que l'enseignement ésotérique des Druides était réservé aux seuls initiés et qu'on ne pouvait le transcrire que sous la forme d'une écriture végétale, symbolique, dont le secret n'était communiqué qu'aux adeptes.

Ce fut seulement lorsque le pouvoir des druides eut pris fin et que les bardes furent persécutés qu'on songea à recueillir cet enseignement et à le livrer à la publicité.

*

* *

On retrouve la trace de ces hautes inspirations dans toute l'oeuvre littéraire de l'Irlande, jointe à ce culte ardent de la nature qui est une des formes du génie celtique. Sa riche poésie reflète le charme pénétrant de cette île verdoyante avec ses forêts profondes, ses lacs sombres, ses horizons brumeux et les côtes abruptes, déchiquetées, où le flot jette sa plainte éternelle.

Partout flottent des essaims d'âmes : lutins, gnomes, farfadets, génies tutélaires ou malfaisants auxquels se mêlent les âmes des morts, les esprits des défunts que leur fluide matériel, leurs passions, leurs haines, leurs amours enchaînent à la terre et qui errent dans l'attente d'une réincarnation nouvelle, car, sur ce point, les textes sont formels, l'Irlande croyait à la pluralité des existences humaines.

A toutes les époques, et plus peut-être qu'aucun autre pays, l'Irlande a donc eu l'intuition, le sens intime et profond de la vie invisible, du monde occulte, de cet océan de forces et de vie, peuplé de foules innombrables dont l'influence s'étend sur nous et, selon nos dispositions psychiques, nous protège ou nous accable, nous attriste ou nous ravit.

C'est pourquoi, dans l'histoire de l'Irlande - comme en Ecosse - les sorcières jouent un grand rôle. Les saints eux-mêmes possèdent des pouvoirs mystérieux qu'on pourrait assimiler au magnétisme et au don de la médiumnité. Pour s'en convaincre, on peut lire les biographies de saint Patrich et de saint Colomban, patrons de l'île.

Deux belles et nobles figures se détachent de la foule des écrivains et des poètes irlandais contemporains. Car c'est une véritable foule qu'un subtil écrivain : S. Téry, passe en revue dans sa consciencieuse et captivante étude sur le mouvement littéraire dans l'île[8].

De ces deux grandes figures l'une est celle de W. B. Yeats qui est considéré comme le chef de la renaissance des lettres irlandaises et le plus grand des poètes de langue anglaise de notre temps. « Pénétré d'influences gaëliques, il puise son inspiration aux antiques sources nationales, exprime l'âme nostalgique et passionnée de l'Irlande. »

Etant entré dans l'intimité du grand poète, S. Téry le définit d'une façon originale : « Yeats et sa femme, comme tant d'Irlandais, sont des adeptes des sciences occultes, ces gens-là s'entretiennent d'esprits et de fantômes comme ils feraient de vieilles connaissances, ils se penchent curieusement sur les abîmes de l'inconnu, ils se meuvent avec ravissement au milieu des phénomènes mystérieux desquels nous nous détournons, parce que nous frissonnons de ce que nous ne comprenons pas. Sa muse, parce qu'elle est celte, aime à s'envelopper de voiles. Toute l'oeuvre de Yeats est pénétrée d'un vague mysticisme, elle se ressent de l'intérêt que lui ont inspiré la théosophie, les sciences occultes. »

Un autre écrivain d'un haut talent exerce une influence non moins considérable sur son pays ; c'est Georges Russell, considéré comme « la conscience de l'Irlande ». S. Téry nous le présente en ces termes :

« Par l'ascendant d'une personnalité magnétique, d'une vie pure, d'une âme parfaite, il a réuni autour de lui tout ce qu'il y avait d'intelligent et de noble en Irlande, il a multiplié l'inspiration de tous, il leur a communiqué sa flamme.

«Le mysticisme de Yeats est plutôt poétique, instinctif, celui de Russell est conscient, réfléchi. Des vagues aspirations sentimentales de la race celte vers l'inconnu, le mystère du monde, Russell a fait une philosophie, un principe d'action. Lui aussi est un adepte des sciences occultes, mais, chaque fois qu'on l'interroge sur ses rapports avec l'invisible, il se montre plein de discrétion. Lorsqu'on le presse, il dit seulement : « Ce que je sais est peu de chose, j'ai découvert que la conscience peut exister en dehors du corps, qu'on peut parfois voir des gens qui sont très loin, qu'on peut même leur parler à des centaines de kilomètres : on m'a parlé à moi-même de cette façon. Je sais par expérience que des êtres sans corps physiques peuvent agir sur nous profondément. L'un d'eux a versé de la vie en moi, et tant que cela a duré, il me semblait être fouetté d'électricité. Je suis convaincu que je me souviens de vies passées, et j'en ai causé avec des amis qui s'en souvenaient également : nous avons même parlé ensemble des endroits où nous avions vécu. Et j'ai vu aussi des êtres élémentaires, et je les ai regardés avec ceux qui étaient mes compagnons de découverte[9]... »

L'oeuvre de Russell est riche en échappées sur l'Infini et sur l'Au-delà. C'est ainsi qu'il écrit en tête de son premier livre, Vers la Patrie : « Je sais que je suis un Esprit et que je suis parti autrefois du Moi ancestral vers des tâches non encore achevées, mais toujours rempli de la nostalgie du pays natal. » Et il affirme les existences successives « qui sont autant d'étapes conduisant vers la sagesse, la purification dans l'essence divine ».

A ces deux noms d'écrivains, Yeats et G. Russell, justement célèbres, nous pourrions en ajouter un grand nombre d'autres moins connus, car la littérature de l'Irlande est une des plus riches de l'Europe par la variété et la valeur des ouvrages qui la composent. Elle exprime avec une sensibilité exquise, en même temps qu'une grande force, les aspirations, les rêves, les joies et les angoisses de l'âme celtique.

A travers l'histoire dramatique de cette île qui a su, par ses seuls moyens, et sans aucun secours du dehors, reconquérir son indépendance, on retrouve, sous la plume de ses écrivains, ce même goût des mystères de l'Au-delà, du sens caché des choses, de ce sentiment profond de l'occulte qui caractérise cette race.

Sous les voiles du Christianisme paraît l'âme primitive des anciens Celtes. Elle vibre dans la poésie gaëlique comme les cordes de la harpe d'Ossian. Le monde invisible est pour ses bardes une réalité vivante, et s'il leur arrive parfois de lui prêter des noms et des formes fantaisistes, ils ne reconnaissent pas moins, sous ses aspects divers et changeants, la survie et l'immortalité de l'âme humaine.

Pourtant, de nos jours, le sentiment de l'occulte a pris en Irlande des contours plus nets et plus précis. Il a revêtu une forme expérimentale en devenant une science, une méthode qui a ses règles et ses lois. Dans ce pays, comme dans tout l'Occident, les phénomènes d'outre-tombe sont maintenant observés, étudiés par des techniciens familiarisés avec les procédés de laboratoire, et qui poursuivent ces expériences dans un rigoureux esprit de contrôle avec une attention scrupuleuse.

Les résultats obtenus par le professeur Crawford de Belfast, avec Miss Goligher, ont eu un grand retentissement. Mais l'oeuvre la plus importante dans cet ordre de faits est certainement celle de Sir W. Barrett, professeur à l'Université de Dublin, membre de l'Académie royale des sciences, et l'un des fondateurs de la Société des recherches psychiques de Londres, dont il fut président honoraire. Son livre Au Seuil de l'Invisible, traduit en français et publié en 1923, est l'un des plus remarquables qui ait été écrit sur ce vaste sujet[10]. Il résume, sous une forme claire et avec une grande profondeur de vues, les fruits d'un demi-siècle d'observations et d'expériences. Nous ne saurions trop en recommander la lecture, tout en nous bornant à en citer les belles conclusions :

« Le changement le plus radical de la pensée depuis l'ère chrétienne suivra probablement l'acceptation par la science de l'immanence du monde spirituel. La foi cessera de chanceler en s'efforçant de concevoir la vie de l'invisible, la mort dépouillera la terreur qu'elle inspire aux coeurs chrétiens eux-mêmes, les miracles ne paraîtront plus les reliques superstitieuses d'un âge barbare. Au contraire, si comme je le crois, la télépathie est indiscutable, si les êtres de la création s'impressionnent l'un l'autre sans la voix ni la parole, l'Esprit Infini dont l'ombre nous couvre se sera sans doute révélé au cours des siècles aux coeurs humains capables de lui répondre.

« A quelques âmes privilégiées furent données l'ouïe intérieure, la clairvoyance, la parole inspirée, mais tous nous percevons parfois une voix au-dedans de nous-mêmes, faible écho de cette vie plus large que l'humanité exprime lentement, mais sûrement, à mesure que les siècles s'écoulent. Pour ceux mêmes qui étudieront ces phénomènes au seul point de vue scientifique, le gain sera immense en rendant plus évidente la solidarité humaine, l'immanence de l'invisible, la domination de la pensée et de l'esprit, en un mot, l'unité transcendante et la continuité de la vie.

« Nous ne sommes pas séparés du Cosmos ni perdus en lui : la lumière des soleils et des étoiles nous arrive, la force mystérieuse de la gravitation unit les différentes parties de l'univers matériel en un tout organique ; la plus petite molécule et la trajectoire la plus lointaine sont assujetties au même milieu. Mais au-dessus et au-delà de ces liens matériels est la solidarité de l'esprit. De même que la signification essentielle et l'unité d'un rayon de miel ne sont pas dans la cire des cellules, mais dans la vie et le but commun de leurs constructeurs, de même le vrai sens de la nature n'est pas dans le monde matériel, mais dans l'esprit qui lui donne son interprétation, qui supporte et unit, qui dépasse et crée le monde phénoménal à travers lequel chacun de nous passe un instant. »

CHAPITRE III
-
LE PAYS DE GALLES. L'ECOSSE. L'OEUVRE DES BARDES

C'était une terre grave, austère, imposante que ce pays de Galles avant que l'industrie moderne l'ait hérissé de cheminées d'usines, perforé d'innombrables trous de mines, ait obscurci son ciel d'épaisses fumées. Aujourd'hui encore on peut suivre les traces de l'action des forces souterraines qui ont sculpté ses collines, soulevé ses montagnes comme ce Snowdon, ce mont Sacré qui domine toute la région, dépasse mille mètres d'altitude et dont l'origine volcanique est évidente.

Partout les coulées de laves et de porphyre alternent avec des roches et des terrains éruptifs et forment ces couches bouleversées que la géologie désigne par le nom de cambriens qui fut le nom primitif de la région.

Au relief de leurs montagnes les Galles du Nord joignent la grâce des vallées et l'abondance des torrents.

L'Ecosse elle aussi a connu et conservé la trace des manifestations de cette puissance qui a soulevé ces cimes abruptes. C'est elle qui a dressé ces murailles de granit, de basalte, de porphyre qui bordent le canal calédonien et se prolongent jusqu'à la côte d'Irlande sous la forme d'une colonnade immense connue sous le nom de « Chaussée des géants ».

L'Ecosse a de plus la poésie, la beauté triste et sévère de ses lacs, de ses landes et de ses plateaux solitaires, parsemés de bruyères roses et de mousses de toutes couleurs. La partie septentrionale est hérissée de pics, souvent enveloppés de brume, mais si imposants lorsqu'ils s'éclairent de la pourpre du couchant ou des rayons blafards de la lune.

Ajoutons les péninsules escarpées qui se prolongent au loin dans la mer, les promontoires sans cesse battus des vagues et on aura une idée de cette nature formidable où se ramifie la chaîne maîtresse qui sert de colonne vertébrale à la Grande-Bretagne. Une longue guirlande d'îles enserre les « Hautes Terres » d'Ecosse, l'une d'elles, Staffa, possède la célèbre grotte de Fingall, semblable à un temple et où chaque jour la marée montante fait entendre sa mélopée plaintive.

La race souple et forte qui s'est adaptée à ces pays semble avoir puisé en eux, dans leur nature grandiose, les qualités viriles qui la distinguent et par-dessus tout cette volonté inébranlable qui, à travers les temps d'épreuves, conserve malgré tout l'espérance d'une renaissance et d'une vie éternelle.

La cause de ce phénomène nous est révélée par l'esprit d'Allan Kardec dans un des messages que nous publions. Il provient du courant celtique qui, dès les temps primitifs, s'est répandu sur le Nord-Ouest de l'Europe, en a imprégné profondément le sol, d'où son magnétisme a réagi sur ses habitants et de proche en proche sur les générations qui s'y sont succédées[11].

Il faut remarquer, en effet, que les Anglais et les Saxons qui sont venus de l'Est ont un caractère tout différent, plus positif et pratique et moins porté vers l'idéal. Si par exception on rencontre parmi eux des natures plus idéalistes, il est rare qu'elles ne se rattachent pas par des liens antérieurs à quelque origine celtique. Tels sont par exemple de nos jours, Conan Doyle et Bernard Shaw et tant d'autres, tout Anglais qu'ils soient de culture et de langue, n'en proviennent pas moins d'une souche irlandaise.

Malgré de longues, éternelles persécutions, les Anglo-Saxons ne sont jamais parvenus à dompter le sentiment national, le caractère ethnique des Gallois et des Ecossais. Bien loin de se les assimiler ils ont été plutôt assimilés par eux chaque fois qu'ils sont entrés en contact permanent. C'est ainsi que les ouvriers anglais, attirés dans le pays de Galles par l'industrie des mines, adoptent rapidement les habitudes et même le langage de ce pays.

Grâce à son énergie persistante, la principauté de Galles a su garder son autonomie administrative ainsi que de larges franchises pour ses écoles, collèges et universités et même pour son Eglise nationale. Elle a conservé sa langue et sa littérature de telle façon que la ville de Cardiff et le comté de Glamorgan sont devenus les foyers les plus intenses de la propagande celtique où s'impriment et se publient toutes les oeuvres des bardes anciens et modernes.

C'est de là qu'est parti le premier signal du mouvement panceltique qui réunit tous les ans des délégués venus de tous les points de l'horizon pour fraterniser dans un même esprit et un même coeur.

Si le ressort vital d'un peuple c'est son âme, sa foi dans une justice immanente et un au-delà compensateur on peut dire que les Gallois en sont pénétrés de telle sorte que leur conviction rejaillit sur tout leur état moral et social. En effet, on y voit une chose assez rare en France, c'est que les tribunaux se séparent souvent sans avoir d'accusés et de coupables à juger. L'alcoolisme, ce fléau des pays celtiques, y est aussi en décroissance. On retrouve ces mêmes faits en Ecosse à un moindre degré.

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* *

Les Gallois, en général, croient fermement au monde des Esprits et à leurs manifestations. Ils leur prêtent parfois des noms et des formes assez fantaisistes. Leurs récits laissent une large place à l'imagination. Cependant, de l'ensemble des faits relatés se dégage une série de témoignages qu'on ne saurait récuser.

Par exemple en ce qui concerne les « esprits frappeurs de la mine » ces êtres invisibles qui, par leurs coups sourds, prolongés, répétés, encouragent les mineurs et dirigent leurs recherches vers les meilleurs filons ; voici le rapport rédigé à ce sujet par l'ingénieur Merris, homme grandement estimé pour son savoir et sa probité, publié sur la revue Gentleman's Magazine[12] :

« Des personnes qui ne connaissent pas les arts et les sciences ou le pouvoir secret de la nature se moqueront de nous autres, mineurs du Cardigan, qui soutenons l'existence des Frappeurs. C'est une espèce de génies bons mais insaisissables qu'on ne voit pas, mais qu'on entend et qui nous semblent travailler dans les mines, c'est-à-dire que le Frappeur est le type ou le précurseur du travail dans les mines comme les rêves le sont de certains accidents qui nous arrivent : Quand fut découverte la mine de Esgair y Myn, les Frappeurs y travaillaient vigoureusement nuit et jour et un grand nombre de personnes les ont entendus. Mais après la découverte de la grande mine on ne les entendit plus. Lorsque je commençai à fouiller les mines d'Elwyn-Elwyd les Frappeurs travaillèrent si fort pendant un temps qu'ils effrayèrent de jeunes ouvriers. C'était lorsque nous poussions des niveaux et avant d'arriver au minerai que les bruits avaient le plus de consistance : ils cessèrent quand nous atteignîmes le minerai. Et sans doute on discutera nos assertions. J'affirme cependant que les faits sont réels quoique je ne puisse ni ne prétende les expliquer. Les sceptiques peuvent sourire ; pour nous mineurs nous n'en continuerons pas moins de nous réjouir et de remercier les Frappeurs ou plutôt Dieu qui nous envoie leurs avertissements. »

Les phénomènes de hantise ne sont pas rares dans le pays de Galles. On cite volontiers telle maison, tel château qui les ont connus et subis. M. Le Goffic, dans son voyage à Cardiff comme délégué breton à la grande Eisteddfodd de 1899, a recueilli toute une série de récits de ce genre qu'il a publiés dans son livre sur l'Ame bretonne.

La plupart de ces récits nous semblent très entachés de superstition. Pourtant nous croyons devoir relever un témoignage sérieux, celui de Lady Herbert, l'illustre patriote galloise, descendante des anciens rois Kymris, qui recevait la délégation dans son château de Llanover.

M. le Goffic cite l'entretien qu'il eut sur ce sujet avec cette grande dame :

« L'exemple vient de haut. Ne dit-on point en Angleterre que la reine elle-même a son spectre qui rôde dans les appartements de Windsor ? Et ce spectre drapé de noir n'est autre que celui de la grande Elisabeth.

« Le lieutenant Glynn, de faction dans la bibliothèque, l'aperçut comme le fantôme pénétrait dans la pièce attenante. Or cette pièce n'a plus de sortie, mais elle en avait une autrefois du vivant d'Elisabeth et qui a été condamnée depuis. Le lieutenant courut après le fantôme et arriva juste à temps pour le voir s'enfoncer dans la boiserie. Le fait se reproduisit à diverses reprises et la frayeur fut si grande à Windsor qu'on dut doubler la garde de nuit.

« Windsor a sa dame noire, mon château de Cold Brooks a sa dame blanche. Vous demandez à quoi riment ces apparitions ? Tantôt, comme l'Eglise nous l'explique, ce sont des âmes en peine qui sollicitent la pitié des vivants oublieux. Tels autres de ces spectres font le rôle d'avertisseurs. C'est le cas, je crois, pour la dame noire de Windsor : sa présence annonce toujours quelque grave événement, une guerre, une catastrophe prochaine.

« Les avertissements, ou, comme vous dites en Bretagne, les intersignes revêtent toutes les formes. Quelquefois ces formes sont spéciales à certaines familles. Les Grey de Ruthwen sont avertis de la mort de leurs membres par l'apparition d'une voiture à quatre chevaux noirs. La famille Airl, quand un des siens est sur le point de mourir, entend un roulement de tambour. Dans un dîner auquel assistait un de ces Airl on demandait par passe-temps : « Quel est donc l'intersigne de votre famille ? » - « Le tambour. » Et comme pour attester le fait, un roulement sourd et voilé gronda dans le lointain, Lord Airl pâlit : quelques instants après, un messager venait lui annoncer qu'un des membres de sa famille était mort. « Les Mac-Gwenlyne, descendants du célèbre clan de ce nom, possèdent depuis des siècles, dans le Nord de l'Ecosse, le vieux manoir de Fairdhu : une grande voûte cintrée y donne accès et l'on prétend que la pierre qui sert de clef à cette voûte se met à trembler quand un Mac-Gwenlyne va mourir[13]... »

Les cas de châteaux et de lieux hantés sont si nombreux en Ecosse que nous renonçons à les citer tous. On sait que ce pays est la terre classique des voyants, des fantômes, des esprits familiers. L'aspect mélancolique de ses sites voilés de brume et de ses ruines se prêtent aux visions et aux évocations.

Encore de nos jours, l'ombre de Marie Stuart n'apparut-elle pas à Lady Caithness, duchesse de Pomar, dans la chapelle royale de Holy-Rood où s'alignent les tombes des rois d'Ecosse ? Dans sa somptueuse demeure de la rue Brémontier, à Paris, les jours de séances psychiques, la duchesse se plaisait à nous raconter son entretien nocturne avec la reine infortunée[14].

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L'Ile de Man nous offre aussi un bel exemple de résurrection celtique. Elle possède un parlement autonome, une société préservatrice du langage Manx, des journaux, des services religieux de Manx, des écoles, etc.

Quant à la Cornouaille anglaise, son dialecte, le cornique, n'est pas aussi éteint qu'on le prétend, nombre de familles le parlent encore.

« Le Cornubien, écrit Le Goffic, comme le Breton de France, qu'il rappelle si étrangement, est resté en communication permanente avec l'Au-delà. Il vit comme lui dans une sorte de familiarité douloureuse avec les esprits des morts, il les consulte, il les entend et il les comprend. »

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Le pays de Galles est considéré comme le plus ancien et le plus important des foyers ou écoles du bardisme. Voici ce qu'écrit à ce sujet Jean Reynaud dans son bel ouvrage l'Esprit de la Gaule (p. 310) :

« On peut dire que les Druides, tout en se convertissant au Christianisme, ne se sont pas éteints totalement dans le pays de Galles, comme dans notre Bretagne et dans les autres pays de sang gaulois. Ils ont eu pour suite immédiate une société très solidement constituée, vouée principalement, en apparence, au culte de la poésie nationale, mais qui sous le manteau poétique a conservé avec fidélité l'héritage intellectuel de l'ancienne Gaule : c'est la Société bardique du pays de Galles, qui s'est maintenue comme société tantôt secrète, tantôt patente, depuis la conquête normande, et, après avoir primitivement transmis par voie orale sa doctrine à l'imitation de la pratique des druides, s'est décidée dans le courant du moyen âge à confier secrètement à l'écriture les parties les plus essentielles de cet héritage. »

En réalité le barde est un poète, un orateur inspiré. On peut l'assimiler aux prophètes de l'Orient, à ces grands prédestinés sur qui passe le souffle de l'invisible.

A notre époque le titre de barde a perdu de son prestige, par suite de l'abus qu'on en a fait, mais, si l'on remonte au sens primitif du terme on se trouve en présence de fortes personnalités telles que Talièsin, Aneurin, Llywarch-Hen, etc. Après tant de siècles leurs mâles accents, lorsqu'ils affirment leur patriotisme et leur foi, font encore vibrer les âmes celtiques.

Il ne faut pas voir dans l'oeuvre des anciens bardes un simple exercice de la pensée, un jeu de l'esprit, une musique de mots. Leurs vers, leurs chants, sont tout un commentaire et un développement des Triades, un enseignement, un art qui ouvre des perspectives immenses aux destinées de l'âme en l'élevant vers Dieu. Il confère à ses interprètes une sorte d'auréole et d'apostolat.

Cet enseignement est en avance considérable sur les temps qui vont suivre. Prenons par exemple le Chant du monde, de Talièsin[15] : « Grand voyageur est le monde, dit ce barde, tandis qu'il glisse sans repos, il demeure toujours dans sa voie et combien la forme de cette voie est admirable pour que le monde n'en sorte jamais ! » Il décrit la course du globe à travers l'espace longtemps avant les découvertes de Galilée qui mirent fin à l'antique préjugé biblique de l'immobilité de la terre.

Quelles que soient les contestations qui se sont élevées sur la date exacte de ces oeuvres, on ne peut douter qu'elles ne soient de beaucoup antérieures à la science du moyen âge et il en est de même de l'ensemble des Triades affirmant la nature spirituelle de l'être humain, l'évolution de l'âme par étapes successives à travers des vies renaissantes, vérité que la science actuelle commence seulement à entrevoir.

Ces inspirés étaient aussi des voyants. Leurs facultés psychiques leur permettaient de plonger dans l'avenir et d'y lire les vicissitudes, les revers, les épreuves douloureuses qui attendaient les peuples celtes. Mais ils savaient que l'idéal gravé en eux ne peut périr : Ils savaient que la souffrance trempe les âmes et que plus tard ces peuples rendraient aux civilisations perverties par les excès du matérialisme, le concept élevé qui fait toute la valeur de la vie et montre à l'homme la voie droite et sûre.

Les grands ancêtres sont revenus plus d'une fois sur la terre, soit en Angleterre, soit en France, en des corps nouveaux. Ils ont porté des noms illustres que nous pourrions citer. Mais on a tant abusé des noms célèbres que nous préférons laisser aux chercheurs le soin de les reconnaître parmi ceux qui ont porté bien haut, à travers les siècles, le flambeau de l'art poétique et de la pensée radiante.

CHAPITRE IV
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LA BRETAGNE FRANÇAISE. - SOUVENIRS DRUIDIQUES

Notre Bretagne a été trop souvent décrite pour que je m'attarde à évoquer ses paysages. Terre de granit, avec ses forêts profondes, ses landes immenses, ses côtes déchiquetées que le flot ronge incessamment, l'Armorique a été longtemps en Gaule le refuge des Druides, la citadelle du Celtisme indépendant. Puis, le Christianisme y a pénétré, mais, de même que les couches géologiques se superposent sans se détruire, ainsi le fond primitif a persisté, sous les apports du culte nouveau. Sous mille formes, la tradition ethnique reparaît sous les voiles d'une religion importée de l'Orient.

Car sur cette terre d'élection, aux époques les plus diverses et sous les formes les plus variées, c'est toujours la même pensée grave et solennelle qui se déroule. Depuis les pierres mégalithiques de Carnac, menhirs et dolmens, jusqu'aux ossuaires et calvaires, églises gothiques et clochers à jours, c'est toujours le même symbole d'immortalité qui s'affirme, la même aspiration de ce qui passe vers ce qui demeure, en un mot de l'âme humaine vers l'infini.

Plus qu'aucune autre partie de l'ancienne Gaule, la Bretagne a conservé la ferme croyance à l'Au-delà, à sa vie invisible, à la présence et aux manifestations des défunts. Si le scepticisme et l'esprit critique se sont glissés dans certaines villes, par contre les campagnes et les îles ont gardé le sentiment d'une intense spiritualité. Lorsque la rumeur de l'Océan s'élève et gronde, dans les replis de la côte, lorsque le vent passe en gémissant sur la lande, agitant les genêts et les ramures, l'âme bretonne, au fond des chaumières, croit entendre la voix des morts pleurant sur leur passé.

A l'époque où je parcourais en touriste les campagnes du Finistère, j'avais pris un homme du pays pour guide, ou plutôt pour interprète, car je ne connaissais qu'imparfaitement le dialecte alors fort en usage dans cette région reculée. Or, un jour, nous rendant à Kergreven, je m'étais engagé dans un chemin creux bordé de chênes nains, comme étant le plus court, d'après la carte d'état-major que j'avais toujours sur moi. Mais mon guide m'arrêta brusquement et me dit avec une sorte d'effroi qu'on ne passait plus depuis deux ans dans ce chemin, qu'il fallait faire un grand détour. J'eus beaucoup de peine à obtenir de lui des explications claires et enfin il finit par m'avouer qu'un cordonnier de Lampaul s'étant pendu dans ce chemin, son esprit hantait encore les passants et que l'on avait renoncé à utiliser cette voie. Je passais outre en lui demandant de me désigner l'arbre du suicide, il le fit avec force signes de croix et gestes d'inquiétude.

M. Le Braz, dans son livre la Légende de la mort chez les Bretons Armoricains, cite le cas d'un fossoyeur qui, ayant par ordre du curé de Penvéman, violé la sépulture d'un mort avant le terme légal, reçut la visite nocturne et les reproches de l'esprit du défunt qui ne cessa sa hantise que sous bénéfice de prières prononcées à son intention. Malgré cette réparation le curé mourut quelques jours après et l'opinion publique en attribua la cause à la vindicte du mort.

Autre fait signalé par le même auteur : Marie Gouriou, du village de Min-Guenn près Paimpol, s'était couchée un soir après avoir placé près de son lit le berceau où dormait son enfant. Réveillée dans la nuit par des pleurs, elle vit sa chambre éclairée d'une lumière étrange et un homme penché sur l'enfant, le berçait doucement en lui chantant à mi-voix un refrain de matelot.

Elle reconnut son mari, parti depuis un mois pour la pêche en Islande, et remarqua que ses vêtements ruisselaient d'eau de mer. « Comment, s'écria-t-elle, tu es déjà de retour, prends donc garde, tu vas mouiller l'enfant... Attends je vais me lever pour allumer du feu. » Mais la lumière s'étant évanouie, quand elle eut allumé elle constata que son mari avait disparu.

Elle ne devait plus le revoir. Le premier bâtiment revenant d'Islande lui apprit que le navire où il s'était embarqué avait péri corps et biens, la nuit même où Gouriou lui était apparu penché sur le berceau de son fils.

On trouve dans les différents ouvrages de M. Le Braz, professeur à la Faculté des lettres de Rennes, nombre de phénomènes du même ordre. Voici comment il s'exprime à ce sujet dans la préface du livre cité : « La distinction entre le naturel et le surnaturel n'existe pas pour les Bretons, les vivants et les morts sont au même titre des habitants du monde et ils vivent en perpétuelle relation les uns avec les autres. On ne s'étonne pas plus d'entendre bruire les âmes dans les ajoncs que d'entendre les oiseaux chanteurs chanter dans les haies leurs appels d'amour. »

Il est vrai que les récits de ce genre sont très communs en Bretagne, mais il faut ajouter que l'imagination populaire mêle trop souvent au monde réel des esprits, des créations fantastiques. Non seulement pour elle, ce sont les âmes des morts mais aussi des lutins, Korigans, Folliked, etc., qui fréquentent les demeures des hommes ainsi que les landes, les grèves et les bois, de telle sorte qu'il est parfois très difficile de faire la part de la vérité dans tous les récits que l'on échange à la veillée au coin de l'âtre.

Ce n'est pas seulement dans l'expression des vues et des sentiments populaires, mélangés de vérités et d'illusions, qu'il faut chercher la pensée maîtresse de la Bretagne. C'est surtout dans les oeuvres de ses écrivains, de ses poètes, de ses bardes. Elle vibre dans leurs chants, elle frémit, palpite dans les pages qu'ils ont écrites.

En effet, sous la variété des caractères, des talents et les différences de points de vue on retrouve le même fond commun, le respect d'une tradition qui se perpétue d'âge en âge et qui est comme l'âme même de la race.

Ajoutez chez les grands écrivains comme Chateaubriand, Lamennais, Renan, Brizeux et quelques autres le tourment des grands problèmes, l'anxiété des énigmes de la destinée, l'aspiration vers l'infini, vers l'absolu. Ils portent en eux, sur leur front, le signe auguste de tous ceux qui ont cherché à sonder le mystère de la vie universelle.

Au-dessous des grands écrivains que nous venons de nommer, les bardes tiennent encore une place honorable, car leur race n'est pas éteinte au pays de Bretagne, on en trouve encore des spécimens remarquables. Sans doute ils ne prétendent pas égaler les bardes anciens par leur talent ou leur génie, mais ils s'inspirent de leur idéal ; ils ont les mêmes mobiles : le patriotisme et la foi. Cette foi, il est vrai, paraît plutôt catholique que celtique, mais, sous leurs opinions religieuses vivaces, l'étincelle celtique sommeille et il suffirait d'un appel, d'un ressouvenir pour la ranimer.

Au cours de mes fréquents voyages en Bretagne, dans mes entretiens avec des gens du peuple, des artisans, des bourgeois, j'ai pu remarquer que la notion des vies antérieures subsistait au fond des intelligences, à demi voilée. Il ne saurait en être autrement chez les bardes modernes qui représentent une élite intellectuelle. Ils ne sont pas exclusivement tournés vers le passé mais ils se plaisent aussi à contempler l'avenir.

Ils rêvent pour la Bretagne d'une autonomie semblable à celle dont jouit le pays de Galles, avec sa langue, sa littérature, ses journaux. Ils rêvent de la famille forte, de moeurs plus pures basées sur la tradition ! Ils rêvent d'une union étroite avec les pays d'outre-mer d'origine celtique alliés dans le sentiment d'une destinée commune. Ils conservent au fond du coeur une confiance inaltérable dans les destinées de la race, dans le triomphe final du celtisme et de ses principes supérieurs : liberté, justice, progrès.

C'est là ce qui leur fait croire à une mission sacrée, à un rôle social régénérateur. C'est là ce qui communique à leurs strophes ces accents qui font parfois vibrer l'âme populaire. Leur verbe enflammé suffira-t-il à secouer l'indifférence et à galvaniser les foules ? Non certes, car il faudra pour cela l'aide puissante de l'Au-delà, le concours actif du monde invisible.

Remarquons que ce mouvement d'opinion en faveur du régionalisme n'est pas spécial aux bardes. Les intellectuels de toutes les classes, de tous les partis s'y associent. Ils réclament cette décentralisation promise par la Révolution et qui ne s'est pas encore réalisée. En Bretagne, le patriotisme local n'est pas exclusif. Tout en respectant les liens qui l'unissent étroitement à la France, elle veut une place spéciale à la petite patrie dans la grande et le maintien de cette langue celtique qui est comme le palladium de la race bretonne.

Le mouvement panceltique n'a donc pas en Bretagne le caractère séparatiste dont certains critiques l'ont accusé. C'est à peine si, au Congrès de Quimper, en 1924, une infime minorité de congressistes en avaient conçu la vague idée. La devise générale était : Français d'abord, Bretons ensuite[16] !

Le but des dirigeants est de régénérer la race par un idéalisme élevé fait à la fois d'un christianisme épuré et d'un retour aux traditions celtiques dans ce qu'elles ont de plus noble et de plus grand. C'est dans ce sens que tous les celtisants de France et d'ailleurs sympathisent avec ce mouvement.

L'oeuvre des bardes bretons présente des éclipses et des inégalités. Parfois elle se confine dans la pénombre des gwerz et des gwerziou, champs populaires que d'obscurs improvisateurs vont colporter de village en village, de pardon en pardon, mais parfois aussi elle éclate en strophes vibrantes par la voix de ce barde aveugle : Yann-ar-Gwenn, qui en 1792, dans les rues et places de Quimper, ranimait la flamme des enthousiasmes patriotiques chez les plus indifférents[17].

Parlerons-nous d'un contemporain, de Quellien, qui se disait ironiquement « le dernier des bardes » et dont la verve intarissable égayait les cafés littéraires et les salles de rédaction de Paris ? Après avoir créé les « dîners celtiques » qui réunissaient tous les ans les Bretons lettrés de la capitale et dont Renan fut le plus bel ornement, il mourut écrasé par une automobile, en laissant après lui une oeuvre touffue, dont deux pièces de théâtre rythmées dans le dialecte du pays de Tréguier, intitulées : Annaïk et Perrinaïk, qu'il espérait faire jouer dans sa chère Bretagne.

Chose étrange, il semble avoir prévu sa fin tragique, car il écrivait dès la préface de sa Bretagne Armoricaine : « J'ai le pressentiment que les orages de la vie m'auront déraciné avant le temps. » Certains ont vu dans cette mort accidentelle une punition d'avoir égaré le bardisme dans les cabarets de la butte Montmartre.

M. H. de la Villemarqué a publié en 1903 un recueil considérable de poèmes et chants populaires de la Basse-Bretagne qui a été l'objet de contestations et de critiques interminables ; il s'y trouve cependant des choses fort intéressantes, nombre de pièces gracieuses et touchantes, de beaux rythmes et de suggestives évocations, en un mot l'expression des joies et des douleurs de tout un peuple.

Il n'entre pas dans mes vues de rappeler ici les polémiques ardentes survenues à propos, des supercheries littéraires attribuées à certains écrivains celtisants, encore moins d'y prendre part. Ces débats et discussions font ressortir tout le parti pris et la passion que des intérêts politiques ou religieux peuvent mettre en jeu pour étouffer une grande idée qui les gêne.

Par exemple, il importe peu à notre sujet que l'épopée du roi Arthur et les romans de la Table ronde aient été embellis par l'imagination. Peu importe aussi que le manuscrit des poèmes d'Ossian soit l'oeuvre de l'avocat Mac-pherson ou que MM. Luzel et de la Villemarqué aient remanié et amplifié les chants populaires de la Bretagne.

Notre but est tout autre. Il ne s'agit pas pour nous de faire de la critique littéraire, mais de montrer toute la beauté et la grandeur de la doctrine des druides que l'on a amoindrie à plaisir. Pour cela, il nous suffira de nous élever au-dessus des contestations, plus haut que les rivalités d'écoles pour nous en rapporter au témoignage des historiens impartiaux qui ont vécu à l'époque même des druides et les ont mieux connus. C'est ce que nous ferons au cours des chapitres suivants.

Il est vrai que la légende de Merlin l'enchanteur aurait pu retenir notre attention, car tels penseurs éminents la considèrent comme le poème où se reflètent le plus brillamment les qualités et les défauts de l'âme celtique. Cependant un examen attentif de tout ce qui a été écrit sur ce sujet, nous a démontré que la part de fiction y est considérable et nous préférons laisser à notre ami Gaston Luce, poète inspiré qui prépare sur ce thème un drame lyrique d'une grande envolée, le soin d'en faire ressortir tout l'intérêt. Nous nous bornerons à reproduire ces lignes du célèbre écrivain Ed. Schuré tirées de son volume : les Grandes légendes de France et dans lesquelles il résume « la longue, l'héroïque lutte des Celtes contre l'étranger ».

« Arthur devint pour tout le moyen âge le type du parfait chevalier. Revanche à laquelle les Bretons n'avaient pas pensé, mais non moins glorieuse et féconde. Quant à Merlin, il personnifie le génie poétique et prophétique de la race, et s'il est resté incompris du moyen âge aussi bien que des temps modernes, c'est d'abord parce que la portée du prophète dépasse de beaucoup celle du héros ; c'est ensuite parce que la légende de Merlin et le bardisme tout entier confinent à un ordre de faits psychiques où l'esprit moderne ne commence à pénétrer qu'aujourd'hui. »

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* *

Quand, sous l'inspiration de mon guide, j'explore les couches profondes de ma mémoire pour reconstituer l'enchaînement de mes vies passées, si je remonte aux origines, j'y retrouve, non sans émotion, les traces de mes trois premières existences vécues sur la planète Terre, dans l'Ouest de la Gaule indépendante.

Par le souvenir, je revois cette nature encore vierge, à demi sauvage, tout imprégnée de mystère et de poésie et que l'homme, malgré sa prétention de l'embellir, n'a réussi qu'à mutiler et à dépouiller. Je revois ces hauts promontoires battus des tempêtes, qui se dressent devant les horizons infinis de la mer et du ciel. Je crois encore entendre ces grandes voix de l'Océan, tantôt plaintives, tantôt menaçantes, et le bruissement de la vague qui va mourir au fond des anses solitaires en traçant sur la grève son ourlet d'écume. La vague berceuse n'est-elle pas l'image de la pensée humaine, toujours inquiète, toujours frémissante et agitée ?

Je revois la forêt profonde toute pleine des murmures d'une vie invisible, la forêt hantée par les Esprits des Ancêtres qu'attirent les sanctuaires où s'accomplissent les sacrifices et les rites sacrés. Elle était si vaste, la forêt celtique, qu'il fallait des mois entiers pour la traverser ; elle était si épaisse, si touffue, que l'été il faisait sombre en plein midi sous ses voûtes de verdure, imposantes comme des nefs de cathédrale.

Tout Celte garde au coeur l'amour ardent, impérissable, de la forêt. Elle est pour lui un symbole de force et de vie immortelle. Après la mort de l'hiver, ne renaît-elle pas au printemps, de même que l'âme, après un temps de repos, revient sur terre manifester les puissances de vie qui sont en elle ? Sur ce point, comme sur tant d'autres, l'enseignement des druides s'inspirait des spectacles de la nature. Dans l'étude de ses lois, ils trouvaient une source abondante de leçons toujours vivantes et parlantes, toujours à la portée des hommes et qui offraient une base solide, une force incomparable à leurs convictions, De là aucun doute, nulle hésitation puisque, pensaient-ils, la nature n'est qu'une émanation de la volonté divine. C'est pour s'être éloigné d'elle et avoir méconnu ses lois que, depuis, l'homme a glissé dans le scepticisme et la négation. Mais alors une foi fraîche et pure montait des âmes comme la source limpide jaillit du sol sous la ramure des grands bois. Esprit fougueux et ardent, je m'en imprégnais à tel point que, malgré les vicissitudes de nombreuses existences, j'en garde encore l'empreinte profonde.

J'aimais à pénétrer dans les cercles de pierre (cromlechs) où l'on évoquait les esprits des défunts. J'écoutais avec avidité les leçons du druide nous entretenant des luttes de l'âme dans Abred pour conquérir la science et la sagesse et sa plénitude de vie dans gwynfyd, en possession de la vertu, du génie et de l'amour. Sur l'indication du maître je m'appliquais à apprendre et à réciter les innombrables vers qui constituaient l'enseignement sacré.

Par ces exercices répétés, j'arrivais à donner à ma mémoire la souplesse et l'étendue qui en firent le précieux instrument d'étude et de travail qui m'a suivi dans toutes mes existences ultérieures.

Au cours de ma vie actuelle j'ai voulu revoir les sites grandioses qui, dans ces temps lointains, à l'aide de mes premières existences terrestres m'avaient si fortement impressionné. J'ai suivi en détail les découpures de la côte bretonne, j'ai vu les débris des grands promontoires que les assauts de la tempête réduisent de siècle en siècle. Dans cette lutte gigantesque l'Océan a le dessus et le continent recule. L'homme impuissant se résigne, mais comme il se venge sur la forêt !

A la place des sanctuaires druidiques, lieux augustes et sacrés, on ne voit plus que des broussailles informes sans charme et sans beauté. J'ai voulu parcourir Brocéliande, la forêt enchantée où Merlin et Viviane abritaient leur passion et leurs rêves. Je n'ai trouvé qu'une forêt dévastée par la hache, avec de grandes surfaces dénudées semblables à des taches lépreuses sur un sol appauvri. La fontaine de Baranton aux eaux magiques n'est plus qu'un cloaque où s'agitent de vagues batraciens.

Les noms mêmes ont changé, Brocéliande est devenue la forêt de Painpont, propriété de l'évêque de Nantes qui fait procéder à des abattages fréquents. Et il en est de même partout où s'étendait la forêt celtique. Où sont ces voûtes de verdure que les rayons du soleil perçaient à grand-peine pour aller se jouer sur les mousses et les fougères ?

Mais lorsque la terre aura perdu sa parure, sera devenue chauve et nue, lorsque les eaux pluviales rouleront en torrents dévastateurs où donc l'homme tournera-t-il ses regards pour jouir du spectacle de l'univers ? Un de nos politiciens éminents n'a-t-il pas déclaré avoir éteint les lumières du ciel ? Mais non, Viviani est mort et les étoiles brillent encore au sein des nuits profondes. Elles nous parlent de la puissance, de la sagesse, de la bonté du Créateur ! Elles seront toujours un symbole d'éternelle espérance pour l'humanité !

CHAPITRE V
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L'AUVERGNE. VERCINGETORIX, GERGOVIE ET ALESIA

Comme une citadelle couronnant quelques cimes de ses tours et de ses bastions, l'Auvergne dresse la chaîne de ses puys au-dessus des plaines et des vallées de la France centrale.

Des hauts plateaux et des contreforts descendent et roulent les torrents, les rivières, qui deviendront plus loin les grands fleuves dont les bassins, tournés vers trois mers, donnent à la Gaule cet aspect régulier, cette forme prédestinée qui semble, disait Strabon, l'oeuvre d'un dieu.

Le pays des Arvernes était pour ses habitants comme une terre sacrée. Des génies invisibles planaient sur ses forêts et ses Montagnes. De son sol jaillissaient en abondance des sources chaudes, des vapeurs bienfaisantes, manifestation d'une puissance souterraine qui inspirait à ces peuples primitifs une sorte de crainte religieuse.

Le Puy de Dôme, qui domine toute la contrée de sa haute stature, était l'autel gigantesque d'où la prière des druides montait vers le ciel, le temple naturel du dieu Teutatès, ou plutôt de l'esprit protecteur qui symbolise la force et la bravoure des Arvernes.

Le panorama des monts éveille dans l'âme une impression presque aussi vive que la vue des nuits étoilées. Cette impression ne s'exprime guère par des paroles, mais le plus souvent par une contemplation silencieuse, par une admiration d'autant plus vive que l'âme possède plus profondément le sens de l'harmonie et de la beauté. Elle s'accroît encore en Auvergne, des traces laissées par l'action du feu central qui, dans son effort pour parvenir à la surface, a bouleversé les couches terrestres. Si, du sommet du Puy de Dôme, on observe la longue chaîne de cratères qui se succèdent du nord au sud en ligne droite, si l'on reconstitue, en imagination, la période d'activité où tous ces volcans vomissaient des courants de laves, dont on peut suivre encore les traces pendant des lieues entières, et que les gens du pays appellent des cheires, on a la vision grandiose du dynamisme qui secouait le globe aux temps quaternaires.

Le sol de l'Auvergne, aussi bien dans la région des monts Dôme que dans celle des monts Dore et du Cantal, est crevassé, criblé de cratères éteints, envahis depuis par les eaux. Le plus remarquable est le lac Pavin, coupe vaste et profonde, aux parois de porphyre que couronne un cercle de forêts. Par la brèche où s'écoulaient autrefois les laves, s'épanchent aujourd'hui les eaux limpides de la rivière la Couze. Par le sentier qui contourne le lac, à travers la forêt ombreuse, j'ai atteint le plateau élevé que dominent plusieurs cratères, entre autres celui de la Moncineire, ou montagne de cendres. C'est là un des sites les plus merveilleux de notre pays. La nature farouche des premiers âges de la terre s'y révèle encore sous la parure changeante des eaux et des bois. Par les émanations sulfureuses et les boues chaudes que l'on rencontre en quelques points de l'Auvergne, on peut croire que l'activité souterraine n'a pas entièrement cessé et qu'un réveil des forces plutoniennes est toujours possible.

Le contact de cette nature agreste avait communiqué aux populations primitives ces qualités rudes et fortes qui caractérisent presque tous les montagnards.

Si le sentiment qu'avaient les Gaulois de leur origine commune, de leur parenté de race, si l'unité morale et religieuse qui en résultait s'était changée en unité politique, les Arvernes auraient été les premiers à en profiter. Leur pays n'était-il pas le noyau attractif et en même temps la principale force matérielle de la Gaule ?

Le Puy de Dôme était le plus grand sanctuaire. On y venait en pèlerinage de tous les points ; Gergovie était la plus forte place, et Vichy, situé alors en pays arverne, attirait déjà par la vertu de ses eaux des foules de malades et de blessés.

Le roi Bituit avait mobilisé deux cent mille combattants contre les Romains et la cavalerie arverne était considérée comme la meilleure de toutes. Mais Bituit fut vaincu et l'empire arverne s'éclipsa pour un temps. Cependant de vastes groupements politiques se formaient ailleurs, la fédération armoricaine à l'ouest, la fédération belge au nord de la Marne. Celle des Arvernes se reconstitua, embrassant tous les peuples des Cévennes. Mais la rivalité jalouse des Eduens compromit tout. Ils firent appel à César dont les légions pénétraient peu à peu en Gaule, et firent alliance avec lui. L'influence du perfide proconsul s'accrut rapidement et devint bientôt menaçante pour l'indépendance gauloise.

C'est alors que la grande et noble figure de Vercingétorix apparut. Elevé par les Druides, c'est dans leur éducation qu'il avait puisé ces rares qualités, cette élévation du caractère qui le distinguaient. La mort cruelle de son père, Celtil, brûlé vif par jugement du Sénat pour avoir aspiré à la couronne, jeta une ombre sur sa jeunesse et contribua à le rendre de bonne heure grave, méditatif, songeur. Il éprouvait, dit-on, la sensation du monde invisible, ces intuitions inexprimables qui sont peut-être autant de réminiscences, de souvenirs antérieurs, tout un ensemble de choses enfouies dans la subconscience profonde et qui tendent à revivre, à s'épanouir en pleine lumière.

Camille Jullian, si réservé en ces matières, n'hésite pas à nous apprendre que Vercingétorix, envoyé de bonne heure à l'école des Druides, vivait dans la familiarité respectueuse de ces prêtres. Il apprend d'eux qu'il a une âme immortelle et que la mort est un simple changement d'état. Ils lui enseignent que le monde est une chose immense et que l'humanité s'étend au loin, bien en dehors des terres paternelles et des sentiers de chasse ou de guerre. Ainsi le jeune homme s'imaginait peu à peu la grandeur du monde, l'éternité de l'âme, l'unité du nom gaulois.

Tout en Vercingétorix le prédisposait au commandement ; son corps haut et superbe, dit C. Jullian, le désignait à l'admiration des foules. Il avait la supériorité physique et intellectuelle qui donne à la volonté une assurance nouvelle, et les Arvernes pouvaient se demander si Luern ou Bituit, les chefs encore célèbres de la Gaule triomphante, ne revenaient pas sous la forme juvénile du dernier de leurs successeurs. Instruit et aimé par les bardes, il était devenu barde lui-même et savait s'exprimer en vers et donner à ses discours cette allure entraînante qui impressionne toujours les Celtes. A ce sujet, rappelons la citation suivante de Mommsen, le grand historien allemand, qui démontre que nos ancêtres n'étaient pas aussi barbares qu'on l'a prétendu : « Le monde celtique se rattache plus étroitement à l'esprit moderne qu'à la pensée gréco-romaine[18]. »

Et M. Camille Jullian insiste sur ce fait que : « Vercingétorix n'était pas pour cela fermé et hostile à la civilisation gréco-latine. Il lui emprunta nombre de principes de la guerre savante, et il eût accepté une certaine suprématie intellectuelle des deux grands peuples voisins. »

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Dans une oeuvre récente intitulée : l'Initiation de Vercingétorix[19], M. André Lebey nous fournit des détails fort intéressants sur l'éducation religieuse et politique du jeune chef arverne. D'abord, il nous fait assister à plusieurs scènes vivantes et colorées où les nobles, dits « colliers d'or », responsables de la mort tragique de Celtil, se livrent à ce genre d'intrigue qui a perdu la Gaule, surveillant avec une haine jalouse les progrès du jeune homme dans la crainte de représailles. Puis, c'est le voyage de Vercingétorix, traversant les vastes solitudes sylvestres qui séparent les tribus, visitant la forêt sacrée des Carnutes, où il participe à la grande cérémonie annuelle présidée par l'archidruide et par la grande prêtresse de l'île de Sein, sa visite à Carnac, où il accomplit d'autres rites. Là. aux heures du crépuscule, il écoute les chants du barde, affirmant le Dieu suprême : « Je crois à un Dieu unique, éternel, qu'on ne sait pas, qu'on ne saura sans doute jamais. Je crois à celui qui est, à celui qui sera, puisque c'est le même, à celui qui devient et fut toujours, puisque c'est le même encore. Le chemin qui mène à son inconnu commence au sacrifice volontaire. »

Sous la direction d'un druide, guide tutélaire et familier, il va recueillir dans les sanctuaires la connaissance de cette grande doctrine, au sujet de laquelle Dom Martin a pu dire « qu'elle n'était empruntée à aucun autre peuple ». Sans doute, dans ces récits, il faut faire la part de la fantaisie, mais les principaux faits n'en reposent pas moins sur une base historique. Ce qu'il y a de plus remarquable dans cet ouvrage, ce sont les pages consacrées à l'entretien solennel et secret des deux druides sur la grève bretonne en face des îles sacrées. L'un, Divitiac, est l'admirateur et l'allié des Romains, l'autre Macarven, précepteur de Vercingétorix, n'a en vue que l'avenir et la grandeur de la Gaule, le développement de son libre génie en dehors de toute ingérence étrangère.

Divitiac revient d'un voyage à la ville éternelle, ébloui par la gloire politique et la splendeur monumentale de Rome. Il rêve d'une alliance qu'il juge nécessaire pour compléter la puissance de la Gaule et assurer son rôle dans le monde.

Macarven rappelle à son interlocuteur la corruption et le scepticisme des Romains, leur rapacité, leur soif de domination et surtout l'astuce et les ruses dont ils sont coutumiers. Confiant dans la religion et la patrie qu'il aime, il met tout son espoir dans une Gaule indépendante.

« Ma foi, dit-il à Divitiac, est plus clairvoyante que la tienne. Pour vaincre tout à fait, il vaudrait mieux qu'elle périsse les armes à la main, au nom de sa supériorité ! Le triomphe passager de la matière sur l'esprit ne peut anéantir la vie de l'esprit, elle la consacre plutôt et la fait résurrectionner éternellement au-dessus de la victoire momentanée de l'ennemi. Au contraire, en acceptant, même par ruse, le conquérant qui la domine, elle s'humilie peu à peu, elle se livre. La défaite noble vaudrait mieux par sa résistance légitime, que la victoire brutale du nombre et de la force seule. Je n'ai confiance que dans la route perpétuelle, obstinée de la conscience. Parce qu'elle est droite, supérieure, décisive parmi tous les autres méandres elle va, elle mène plus loin. La quitter, l'abdiquer c'est se perdre, peut-être mourir et de la mort dont on ne se relève pas. Cette mort-là engloutit tout, si lourde qu'elle y entraîne l'âme écrasée sous le poids de son néant » (p. 163).

Poursuivant son voyage, Vercingétorix va consulter les druidesses de l'île de Sein. « Tu es venu, lui disent-elles, nous interroger sur l'énigme du monde. Nous et nos prêtres, nous t'avons répondu. Tu es arrivé, comme nous, à la connaissance de la migration des âmes et des lois de la vie universelle. Maintenant, une autre tâche te sera imposée, il te faut désormais penser à Rome. Si tout ce que tu as vu de l'Empire gaulois t'a fait l'aimer, si tu tiens à notre religion, forte et douce, naturelle et divine, où le mal inévitable de la vie s'éclaire et se rachète par le sacrifice, puis atteint au sublime véritable par le culte équilibré de l'esprit ; si tu te rends compte que dans la froide cité sur laquelle veille le Capitole, malgré la douceur du climat et la beauté des crêtes apennines, vaincu, tu regretterais à en mourir l'air salubre de Gergovie, la leçon vivante du Puy majestueux, la profondeur apaisante de tes forêts, alors prépare-toi dès maintenant ! Dresse-toi pour sauver ton pays et sa religion unique au monde, ton pays aux eaux claires, aux coeurs querelleurs mais bons et chauds. Crois-moi, crois mes soeurs, crois nos prêtres ; cette vertu particulière à notre sol où la race celte atteint son plus juste épanouissement n'existe pas ailleurs. »

Plus tard, la grande druidesse conduit le chef arverne sur le promontoire qui domine la mer d'épouvante, en face de l'île sacrée dans ce tumulte des vagues, qui donnait à ses paroles une sorte de solennité fatidique, elle lui jeta ces mots d'une voix impérieuse : « Elu de tous, tu seras Roi et tu nous appartiens. Sur ce glaive étincelant, au-dessus de l'abîme, symbole de la Volonté, par-delà toutes les agitations humaines, jure de vouer toutes les minutes de ta vie, ta vie, ta mort, tout ce qui compose ton corps périssable, aussi bien que tout ce qui y prépare ton âme immortelle à l'accomplissement de la délivrance.

Tu es ici au bout du monde. Si ton serment est sincère, les dieux qui veillent autour de nous et dans les îles, aux confins du sanctuaire de tous les sanctuaires, t'exauceront[20] ! » Et dans le vent et la tempête, au bruit des vagues mugissantes, sur le glaive ensanglanté, Vercingétorix jura !

*

* *

C'est en l'an 53 avant notre ère que, douloureusement affecté par la situation de la Gaule, Vercingétorix prit la résolution de se consacrer au salut de son pays. César venait de battre séparément les Eburons, les Trévires, les Sénones, puis était retourné en Italie en laissant ses dix légions dispersées dans le Nord et l'Est. Profitant des circonstances, Vercingétorix, en plein hiver, parcourut les tribus préparant un soulèvement général et, par sa mâle, éloquence, ranima les ardeurs patriotiques et releva les courages abattus.

Une assemblée solennelle de tous les chefs gaulois eut lieu dans la forêt sacrée des Carnutes. Là, sous les étendards des tribus réunis en faisceaux, les chefs firent le serment de s'unir contre les Romains et proclamèrent Vercingétorix chef suprême. Ils rêvaient d'une patrie collective, d'une grande Gaule libre et fédérée, réalisation de cette fraternité celtique conçue par les druides. Vercingétorix s'ingénia à introduire plus d'ordre et de méthode dans l'organisation militaire et dans les mouvements de l'armée gauloise. Il montra tant d'habileté et de précision qu'il provoqua cet éloge peu banal de son ennemi : « Il fut aussi actif que sévère dans son commandement. » (Commentaires.)

On peut se demander où le grand chef arverne, encore jeune, avait puisé ses aptitudes, son savoir-faire. Il semble que le rôle qu'on doit attribuer au monde invisible dans l'histoire commence à sortir du domaine exclusif des religions pour pénétrer peu à peu dans la science. Ce rôle M. C. Jullian le reconnaît ou plutôt le discerne dans la vie de son héros, et il le rattache à d'autres exemples célèbres. Ceux de Sartorius et Marius qui eurent leurs prophétesses comme Civilis aura Velleda. « Vercingétorix, dit-il, a eu près de lui des agents qui le mettaient en rapport avec le ciel. » (Ouvrage cité, p. 133.)

Mais le terrible proconsul, en apprenant le soulèvement de la Gaule, quitta brusquement Ravenne et, après une course rapide, accomplit un acte qu'on croyait irréalisable en plein hiver. Il franchit les Cévennes par des sentiers abrupts et six pieds de neige et fondit avec sa petite armée sur le pays arverne, obligeant ainsi Vercingétorix à diriger ses forces vers le Sud et à dégager les légions encerclées. Après cette diversion habile, César descendit la vallée de la Loire et rejoignit en hâte le gros des légions afin d'être en mesure de faire face aux événements.

N'est-il pas surprenant de retrouver, à dix-huit siècles de distance, des faits analogues dans cette autre existence du même homme de génie qui fut successivement Jules César et Napoléon Bonaparte ? Le passage des Cévennes n'a-t-il pas pour pendant celui du Grand Saint-Bernard et le 18 brumaire ne rappelle-t-il pas le passage du Rubicon ?

Quelques mois après, le siège de Bourges par les Romains, héroïquement soutenu par ses habitants, montra toute l'utilité des réformes de Vercingétorix. Pour faire le désert devant l'armée Romaine, les Bituriges livrent aux flammes, par son ordre, vingt de leurs villes. César remonte alors jusqu'en Auvergne avec ses légions et attaque Gergovie, foyer de l'indépendance gauloise ; il est repoussé, forcé de lever son camp et de battre en retraite pendant la nuit.

Le général romain, qui manquait de cavalerie, n'hésita pas à faire venir d'outre-Rhin et à enrôler des bandes de cavaliers germaniques à demi sauvages. Et c'est ainsi qu'après avoir proclamé plusieurs fois hautement qu'il ne venait en Gaule que pour la défendre contre les Germains, ce fut lui-même qui ouvrit la voie aux invasions. A la bataille de Dijon les lourds escadrons germaniques rompirent la cavalerie gauloise et Vercingétorix, réduit à sa seule infanterie, dut s'enfermer dans Alésia.

Enfin, vint le siège mémorable de cette ville par les Romains, les travaux gigantesques des légions pour investir la place et l'arrivée de l'armée de secours, c'est-à-dire presque toute la Gaule en armes. Cette armée avait été lente à se réunir, les chefs s'assemblèrent d'abord à Bibrac, en conseil général, pour discuter les plans de Vercingétorix. S'il y avait parmi eux des hommes dévoués sans réserve à la liberté de la Gaule, il y avait aussi des ambitieux à double face, comme les deux jeunes Eduens Viridomar et Eporédorix, décidés tous deux à favoriser en secret les desseins de César.

Dans une lutte effrayante de trois jours, l'élan furieux des Arvernes enfonce les lignes romaines, mais la trahison des Eduens annihile leurs efforts et l'armée gauloise se disperse, abandonnant les défenseurs d'Alésia à leur sort.

Vercingétorix vaincu aurait pu fuir, mais il préféra s'offrir en victime expiatoire afin d'épargner la vie de ses compagnons d'armes. César étant assis sur un tribunal au milieu de ses officiers, on vit les portes d'Alésia s'ouvrir. Un cavalier de haute taille couvert d'une magnifique armure en sort au galop, fait décrire trois cercles à son cheval autour du tribunal et, d'un air fier et grave, jette son épée aux pieds du proconsul. C'était le chef arverne qui se livrait lui-même à son ennemi. Les Romains impressionnés s'écartent avec respect, mais César, montrant par là la bassesse de son caractère, l'accable d'injures, le fait charger de chaînes, conduire à Rome et jeter dans la prison Mamertine, cachot sombre où l'on ne pénétrait que par la voûte. Après six ans d'une affreuse captivité il en fut retiré pour figurer au triomphe de César, après quoi il fut livré au bourreau.

Un jour, à la suite des temps, ces deux hommes se rencontrèrent de nouveau servant une même cause, sous un même étendard. César s'appelait alors Napoléon Bonaparte et Vercingétorix était devenir le général Desaix. A Marengo, lorsque la bataille semblait perdue pour les Français, ce dernier arriva juste à point avec sa division pour sauver son ancien ennemi, et ce fut là toute sa vengeance !

Ed. Schuré écrit au sujet de Desaix, après avoir rappelé ses hauts faits[21] : « Il fut la modestie dans la force, l'énergie dans l'abnégation. Il rechercha toujours le second rang et s'y conduisit comme au premier. Frappé mortellement à Marengo dans cette grande bataille qu'il fit gagner au premier Consul et craignant que sa mort ne décourageât les siens, il dit simplement à ceux qui l'emportaient : « N'en dites rien. » Dans ces détails historiques, ne trouve-t-on pas une confirmation de ce que nous ont dit nos instructeurs de l'espace sur l'identité de ces deux personnages : Vercingétorix et Desaix, animés par un même esprit au cours des siècles ? Il en fut ainsi de César et de Napoléon et de beaucoup d'autres cas semblables.

Si le regard de l'homme pouvait sonder le passé et reconstituer le lien qui unit ses vies successives, bien des surprises lui seraient réservées, mais aussi que de mauvais souvenirs et d'angoisses viendraient se mêler aux difficultés de la vie présente et les aggraver ! C'est pourquoi l'oubli lui est donné pendant le passage du gué, c'est-à-dire durant le séjour terrestre. Mais dans le dégagement corporel, aux heures de sommeil, et surtout après la mort, l'esprit évolué ressaisit l'enchaînement de ses existences écoulées et, dans la loi des causes et des effets, au lieu de vies isolées, incohérentes, sans précédents et sans suite, il contemple l'ensemble logique et harmonieux de sa destinée.

*

* *

De même que pédestrement j'ai visité avec un sentiment de respect le sanctuaire celtique de la Bretagne, j'ai cru devoir faire le pèlerinage de Gergovie et d'Alésia. J'ai gravi les escarpements de l'Acropole arverne, puis plus tard j'ai monté la pente adoucie qui de la station des Laumes mène à Alise. Une brume froide et pénétrante enveloppait la plaine, tandis qu'à l'horizon le disque rougeâtre du soleil semblait faire effort pour percer le brouillard.

En parcourant les rues du village j'aperçus avec surprise une statue équestre avec cette inscription : « A Jeanne d'Arc, la Bourgogne. » Est-ce donc là un monument expiatoire ? Poursuivant mon ascension, j'atteignis le plateau où se dresse la statue gigantesque du grand ancêtre. Là, seul, j'ai pensé longtemps, j'ai rêvé tristement à tout ce qu'il faut de luttes, de sang et de larmes pour assurer l'évolution humaine.

La grande et noble figure de Vercingétorix se dégage de l'ombre des temps comme un sublime exemple de sacrifice et d'abnégation. Il avait cru à la patrie gauloise, à son avenir, à sa grandeur, et c'est pour cette patrie qu'il a lutté, souffert et qu'il est mort. Il s'était souvenu à l'heure suprême du serment prononcé à la face du ciel, sur le promontoire breton, au milieu des vagues en fureur.

En s'offrant en holocauste pour sauver ses compagnons d'armes, il s'inspirait aussi de ce que lui avaient enseigné les druides : c'est par l'oubli de soi-même, par l'immolation du moi au profit des autres que l'on parvient à Gwynfyd.

Par le souvenir de ce héros, Gergovie et Alésia restent à jamais des lieux sacrés où l'âme celtique aime à se recueillir pour méditer et pour prier.

CHAPITRE VI
-
LA LORRAINE ET LES VOSGES.
JEANNE D'ARC, AME CELTIQUE

Pourquoi ces pages sur la Lorraine ? me demande-t-on. Ce pays, éloigné de tous les grands foyers celtiques, peut-il donc figurer à leur suite ? Oui, certes, car la Lorraine a toujours été le boulevard de défense du monde celtique contre les Germains.

De plus, on me fait remarquer qu'il existe une lacune dans presque tous les ouvrages similaires. On y parle beaucoup de la Bretagne et on passe sous silence les autres régions celtiques. Or, pour faciliter en France le réveil de l'âme celte, la ramener à ses traditions, lui rendre la fierté de ses origines, il faut rappeler leur ascendance aux autres provinces intéressées et les débarrasser ainsi de cette emprise latine qui, depuis tant de siècles, masque leur propre individualité.

La Lorraine fut constamment la route d'invasion des peuples du Nord attirés par les effluves des régions chaudes ou tempérées. Depuis les premiers temps de notre histoire, longue serait la liste des hordes étrangères qui ont foulé son sol, dévasté ses campagnes. Toute mon enfance a été bercée par le récit des déprédations causées par les armées ennemies. A leur approche, les habitants des villages, emportant ce qu'ils avaient de plus précieux, s'enfuyaient dans la profondeur des bois où l'on élevait des baraquements à la hâte. Aussi, tandis que dans le Centre et l'Ouest les fermes, les habitations sont disséminées un peu partout, suivant les besoins de la culture, il est remarquable de voir dans l'Est les populations groupées en de gros villages ; les maisons isolées y sont rares. De tous ces flux et reflux d'armées, de ces sièges et chocs sanglants, la Lorraine a plus souffert qu'aucune autre province française. De là un patriotisme ardent qui persiste à travers les siècles.

La chaîne des Vosges se dresse comme un rempart dont le Rhin semble être le fossé. La plaine d'Alsace est mêlée d'éléments gaulois et germains, mais partout les souvenirs celtiques dominent. Il en est de même de quelques autres points de la Lorraine.

Comme un poste avancé couvrant la ligne des monts, l'Odilienberg élève bien haut au-dessus de cette plaine son camp retranché formé de blocs cyclopéens, vaste enceinte qui pouvait servir de refuge et de défense à une tribu entière avec toutes ses ressources en grains, fourrages et bétail.

Sur deux éminences, occupées aujourd'hui par des chapelles, se trouvaient les temples d'Hésus et de Bellena. Le Donon, comme le Puy de Dôme, était une montagne consacrée aux dieux et, sur presque tous les sommets des Vosges on retrouve des vestiges d'autels druidiques.

J'ai erré souvent sur ces crêtes et ces plateaux hérissés de chênes, de hêtres et de noirs sapins parmi les rochers de grès rouge et les ruines des vieux burgs, posés comme des nids d'aigle sur les hautes cimes.

A quelle époque remonte le vaste système de défense qui, sous le nom de mur païen, embrasse les hauteurs de Sainte-Odile, la Bloss et le Menelstein ? Evidemment à l'époque des premières invasions germaniques qu'il avait pour but d'arrêter ou de retarder. Ces retranchements appartiennent donc bien à la période celtique.

Maurice Barrès écrivait à ce sujet : « Sur cette montagne, dès le IV° ou III° siècle avant J.-C., les Celtes avaient construit le mur païen. On trouve sur ce sommet les traces d'un appidum gaulois et probablement un collège sacerdotal druidique[22]. »

« Les tumuli trouvés dans l'enceinte, écrit de son côté Ed. Schuré, les menhirs postés sur les flancs, les dolmens et les pierres de sacrifice qui parsèment la montagne et les vallées environnantes, les noms mêmes de certaines localités, tout prouve que la montagne Sainte-Odile fut dans les temps celtiques le siège d'un grand culte[23]. »

Cet auteur considère donc ce prodigieux assemblage de ruines comme les restes d'un des plus grands sanctuaires de la Gaule. Il place sur le promontoire de Landsberg, le temple du Soleil desservi par les Druides. De là le panorama est immense, s'étendant en arrière sur les vastes forêts et les vallées encaissées qui couvrent les pentes des Vosges et de l'autre, sur toute la plaine d'Alsace. Au loin, le ruban d'argent du Rhin se déroule ; enfin, à l'horizon, par-dessus les croupes sombres de la Forêt-Noire, la vue s'étend jusqu'aux cimes des Alpes, éblouissantes sous leur couronne de glaciers.

On peut remarquer, comme nous l'avons fait au sujet de la Bretagne, que la plupart des grands sanctuaires chrétiens ont été adaptés, on pourrait dire greffés sur des cultes antérieurs. Les terrains consacrés par les Druides pendant des siècles ont vu s'élever plus tard le monastère de Sainte-Odile, patronne de l'Alsace.

Malgré le changement de religion, depuis deux mille ans, les longues files de pèlerins s'acheminaient vers la « montagne du soleil » pour y rechercher un secours moral. Sous des noms et des formules variés leur foi, leurs prières y attiraient, y accumulaient ces forces psychiques dont la science commence seulement à mesurer la puissance et l'étendue. Ils créaient ainsi une ambiance fluidique et magnétique permettant au monde invisible de se rapprocher du monde terrestre et d'agir sur lui. De là ces manifestations et surtout ces cures merveilleuses qui se sont produites dans les lieux sacrés de tous les temps, de tous les pays, de toutes les religions.

Au milieu de ces sites grandioses, la pensée s'élève avec plus de force, communie avec plus d'intensité avec l'au-delà supérieur, car Dieu est partout où la nature parle au coeur de l'homme. Lorsqu'un frisson passe sur les masses de verdure et fait onduler la cime des grands arbres de la forêt, lorsque la voix des torrents et des cascades monte du fond des vallées, l'âme initiée comprend mieux la beauté éternelle, la suprême harmonie des choses et vibre à l'unisson de la vie universelle. C'est ce que j'ai ressenti non seulement sur les hauteurs de Sainte-Odile, mais aussi sur la plupart des sommets des Vosges et notamment sur le Hohneck, d'où le regard embrasse toute la plaine jusqu'au Rhin, jusqu'aux Alpes lointaines.

Un jour viendra où les hommes, faisant abstraction des vieilles formes religieuses, s'uniront dans une pensée commune d'adoration et d'amour. Comme au temps des Druides, la nature redeviendra le temple auguste, ce sera alors la religion de l'Esprit, conscient de lui-même et de sa destinée, qui est d'évoluer de vies en vies, de mondes en mondes vers le foyer éternel de toute lumière, de toute sagesse, de toute vérité. Et ainsi, l'unité religieuse de la terre et de l'espace, de deux humanités, visible et invisibles sera fondée.

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* *

Les hautes vallées de la Meurthe, de la Moselle et de la Vologne possèdent encore de nombreux monuments mégalithiques : menhirs, dolmens, peulvens.

D'après Charton (les Vosges pittoresques), l'autel trouvé à Lamerey, les tumuli de Bouzemont, de Dommartin-lez-Remiremont, de Martigny sont autant d'antiquités celtiques. Le val d'Ajol, les environs de Darney rappellent des souvenirs du même ordre. La montagne des Deux-Jumeaux présente, sur le Piton Nord, des cavités circulaires et caractéristiques où les Druides recueillaient directement les eaux pluviales, comme plus pures pour la célébration de leurs rites religieux. Sur le Piton Sud, le Grand-Jumeau, on relève les traces d'un oppidum gaulois.

Personnellement j'ai pu observer en Lorraine plusieurs de ces roches aménagées en autels, aux cavités circulaires, sortes de « bénitiers » druidiques, en particulier au Grand-Rougimont, dans la vallée de la Haute Vezouse. De même sur la montagne, près d'Epinal, appelée « Tête des Cuveaux » pour ce motif. On trouve une excavation semblable appelée le Chaudron des Fées sur la Montagne de Répy, entre Raon-l'Etape et Etival.

Près de Saint-Dié d'autres vestiges celtiques se rencontrent jusque dans la forêt des Molières, en dehors de tout sentier ; sur la crête du mont d'Ormont, on peut suivre les traces d'alignements de pierres levées.

Plus près de Nancy, on connaît l'oppidum de Sainte-Geneviève, celui de Champigneulles dans la forêt de la Fourasse, et surtout l'important ouvrage, au-dessus de Ludres, appelé faussement camp romain et qui est celtique de l'âge de fer. Les fouilles pratiquées dans ces milieux ont donné des résultats significatifs conservés au Musée Lorrain. Combien d'autres vestiges celtiques sont considérés, par ignorance, comme gallo-romains !

A ces souvenirs trop souvent profanes, nous préférons les vieux autels en pleine forêt où les Romains ne pénétraient jamais, restant dans les villes et les larges vallées ouvertes aux routes commerciales. J'aime les rocs ancestraux dans la forêt profonde où nous nous sentons mieux chez nous, Celtes.

Les mégalithes, on le voit, sont nombreux en Lorraine comme dans tout le reste de la Gaule. Menhirs ou pierres debout, dolmens ou tables de pierre, cromlechs ou cercles de même nature s'y rencontrent fréquemment, toujours à l'état fruste et qu'on pourrait appeler à juste titre : pierres vierges.

Si la simplicité des formes et l'absence complète d'esthétique pouvaient être considérées comme les indices d'une antiquité reculée, on pourrait faire remonter l'origine des mégalithes aux premiers âges de l'histoire.

Cependant, nous voyons que les Celtes en faisaient encore usage au cours de notre ère alors qu'ils montraient un art raffiné dans la fabrication des armes, bijoux, vêtements, etc. Il y avait donc là, dans cette simplicité voulue, une intention profonde, un sentiment religieux, que M. Jean Reynaud, professeur de l'Université de Paris, nous explique en ces termes dans son beau livre : l'Esprit de la Gaule.

« On ne peut trouver d'autre origine à cette architecture primitive que le respect superstitieux dont les premiers hommes durent se sentir pénétrés envers la majesté de la terre. Ils devaient naturellement appréhender de commettre un sacrilège en se hasardant à modifier la figure de ces blocs aux formes inexplicables... Cette architecture symbolise l'époque où l'homme veut déjà ériger des monuments et où il n'ose pas encore soumettre aux outrages du marteau la face auguste de la terre. »

Les côtes de la Moselle et les « hauts de Meuse », c'est-à-dire les deux chaînes de collines qui bordent ces rivières étaient pour la plupart couronnées d'oppida et même de monuments consacrés aux dieux et déesses locaux : Teutatés, Taran, Belen, Rosmerta, Serona, déesse des eaux, qui n'étaient en réalité que des génies tutélaires, esprits protecteurs des tribus. Tous ces vestiges proviennent de deux grandes tribus celtiques, les Médiomatriques qui avaient pour capitale Metz (Divorentum) et les Leuques dont le principal centre était Toul[24]. Les Médiomatriques avaient envoyé six mille hommes pour débloquer Alésia pendant que les Leuques, alliés aux Trévires, tenaient tête aux Germains.

Saint Jérôme disait au IV° siècle que le langage celtique était encore en usage à Verdun et Toul où il entrava les progrès du Christianisme.

*

* *

Revenons au versant lorrain des Vosges. Il faut avoir fréquenté longtemps ces régions, visité ces lacs, ces torrents, ces cascades, tout ce qui égaye ou varie à chaque pas le paysage, pour comprendre et sentir le charme pénétrant, la douce magie qui se dégage de cette contrée et prédispose l'âme au recueillement et à la rêverie.

J'aimais à causer avec les bûcherons et les charbonniers de la forêt vosgienne et j'ai constaté qu'on retrouve chez eux tout ce qui caractérise la race celtique, la haute stature, la gaieté, l'hospitalité, l'amour de l'indépendance. Bismarck ne disait-il pas des Lorrains après 1871 : « Ces éléments sont très indigestes ! » Ceci me rappelle une discussion que j'eus à la Schlucht, avec des Allemands, au lendemain de l'annexion de l'Alsace à leur empire. Comme la dispute s'échauffait et que j'étais seul Français, je fus surpris de voir tout à coup sortir du bois, des hommes de haute taille, à face noire. C'étaient des charbonniers lorrains qui avaient tout entendu et venaient au moment opportun me prêter main-forte.

Mais c'est surtout la vallée de la Meuse qui rappelle mes souvenirs et mes affections. Mon bourg natal, le lieu de ma dernière naissance, n'est séparé de Vaucouleurs que par une forêt ; mes excursions à Domrémy et dans ses environs ne se comptent plus. Une attraction puissante m'y ramène. La colline de Bermont, avec ses bosquets touffus, ses fontaines sacrées, la vieille chapelle où Jeanne allait souvent prier, a conservé tout son charme poétique. Le bois Chenu est plus dévasté mais la fontaine des Groseilliers fait toujours entendre son doux murmure. La somptueuse basilique moderne, malgré son faste, n'éclipse pas l'humble église de village où Jeanne fut baptisée.

Sur toute la vallée plane une atmosphère de mysticisme qui impressionne l'âme pensive et recueillie. Des Esprits flottent dans l'air, inspirant les écrivains les plus réfractaires, c'est ainsi que Maurice Barrès, qui ne fut pas toujours tendre pour les spirites, mais si bon Lorrain par le coeur, écrivait ce qui suit :

« En Jeanne nous voyons agir, à son insu, les vieilles imaginations celtiques. Le paganisme supporte et entoure cette sainte chrétienne. La Pucelle honore les saints, mais d'instinct elle préfère ceux qui abritent sous leurs vocables les fontaines fées. Les diverses puissances religieuses éparses dans cette vallée meusienne à la fois celtique, latine et catholique, Jeanne les ramasse et les accorde, dût-elle en mourir par un effet de sa noblesse naturelle... Fontaines druidiques, ruines latines et vieilles églises romanes forment un concert. Toute cette nature écartée ranime en nous l'amour d'une cause perdue dont Jeanne est le type idéal... Autant que nous aurons un coeur celtique et chrétien, nous ne cesserons d'aimer cette fée dont nous avons fait une sainte[25]. »

Merlin l'enchanteur a-t-il prophétisé sa venue, comme on l'assure ? La chose est possible, mais elle a été très contestée et nous n'insisterons pas sur ce point. Ce qui est certain : « C'est qu'elle fut annoncée, désirée, attendue, prévue du fond même d'une race qui toujours met son espoir et sa foi dans le regard inspiré des vierges. » (P. 200.)

Et Maurice Barrès va jusqu'à attribuer aux influences celtiques qui illuminent l'enfance de Jeanne une des causes de sa condamnation.

Comme Jeanne, j'aimais à visiter les bois, les fontaines sacrées, les arbres séculaires autour desquels se déroulait la « ronde des fées ». Qu'était-ce donc que ces fées dont il est question un peu partout en Lorraine ? Sans doute un vague et lointain souvenir des druidesses aux robes blanches, célébrant leur culte sous les rayons argentés de la lune.

Ed. Schuré, dans son beau livre sur les Grandes Légendes de France, écrit[26] : « Les druidesses étaient aussi appelées des fées, c'est-à-dire des êtres semi-divins, capables de révéler l'avenir[27]...

« L'origine des druides remonte dans la nuit des temps, à l'aube crépusculaire de la race blanche. Les druidesses sont peut-être plus anciennes encore s'il faut en croire Aristote qui fait venir le culte d'Apollon à Délos, de prêtresses hyperboréennes. Les druidesses furent d'abord les libres inspirées, les pythonisses de la forêt. Les druides s'en servirent originairement comme de sujets sensibles, aptes à la clairvoyance, à la divination. Avec le temps elles s'émancipèrent, se constituèrent en collèges féminins et, quoique soumises hiérarchiquement à l'autorité des druides, elles agissaient de leur propre mouvement. »

Il en résulta certains abus de pouvoir particulièrement en ce qui concernait les sacrifices humains, mais Ed. Schuré considère la question de haut et ajoute :

« L'action est à l'origine de tout. L'idée de la voyante, de la vision spirituelle de l'âme qui voit et possède le monde intérieur, supérieur à la réalité visible, domine toute la légende, y jette comme des rais de lumière. »

Jeanne d'Arc était donc par excellence une âme celtique et comme une image de ces êtres prédestinés dès l'aurore de l'histoire aux formes les plus élevées du sacerdoce féminin et de la divination. N'était-elle pas en possession des plus hautes facultés psychiques : vision et audition, pressentiments, prémonitions ? Soit dans les interrogatoires des examinateurs et des juges, soit dans les discussions des conseils ou même dans le tumulte des combats, elle a toujours l'intuition de ce qu'elle doit dire et faire[28].

Tout cela, chez une fille sans instruction qui n'a pas vingt ans. Et quel enjeu dans ce terrible drame ! Il s'agit du salut de la France, de savoir si elle sera anglaise. Mais comme elle va nous le dire elle-même plus loin, elle n'était que « le modeste instrument vibratoire qui recevait l'inspiration du monde invisible ».

Oui certes, agent du monde invisible, missionnaire céleste, elle l'était. Quand les hommes auront appris à connaître la vie qui règne sur les sphères supérieures et dans les espaces éthérés, ils sauront que Dieu a créé toute une classe d'Esprits angéliques et purs, à qui Il réserve des missions douloureuses, missions de dévouement et de sacrifice pour le salut des peuples et le relèvement de l'humanité. Le Christ, Jeanne d'Arc, et d'autres encore, appartiennent à cet ordre d'Esprits. Lorsqu'ils descendent sur les mondes de la matière, ils s'incarnent toujours dans les rangs les plus humbles pour y donner l'exemple de la simplicité, du travail, du désintéressement. Il n'y eut d'exception que pour Bouddah, né sur les marches d'un trône, et qui, plus tard, abandonne son palais, son épouse, pour s'enfoncer dans la jungle. Mahomet, lui aussi, n'était d'abord qu'un obscur chamelier.

Tous ces missionnaires sont faciles à reconnaître aux effluves puissants qui émanent d'eux et impressionnent les foules. Il semble qu'il y ait comme un rayon divin sur leur front et dans leur coeur. C'était le cas de Jeanne d'Arc, d'après le témoignage du bourgeois d'Orléans disant : « C'est une joie de la voir et de l'entendre. » (Chronique du siège d'Orléans.) Encore maintenant, lorsqu'il lui plaît, à de longs intervalles, de nous rendre visite, l'Esprit de Jeanne s'annonce dans nos séances par une vive radiation lumineuse. Elle apparaît au voyant entrancé sous une forme dont l'éclat est difficile à soutenir. C'est dans ces conditions qu'elle a dicté par incorporation, un soir de Noël, le message suivant : « Amis, la Lorraine vous salue ! Je veux que cette fête de Noël soit dans vos coeurs le symbole de la douceur, de l'amour, de l'espérance.

« Mes attributions dans l'espace ne me permettent pas de descendre souvent jusqu'à vous. Je vous devais ces quelques mots, car mon affection vous est acquise. Je suis venue ici, travailler avec vous, j'ai pensé et prié avec vous.

« Je désire que Dieu bénisse votre oeuvre et qu'elle fasse du bien aux Français et Françaises épris du celtisme, du souvenir de la race. Cette race française inviolable dans son essence, toujours imprégnée de l'étincelle divine, ne peut pas périr ! C'est par de bons écrits que vous la ferez aimer.

« Unissons la pensée de Dieu à la France pour qu'Il envoie ses volutes d'amour, afin de régénérer nos frères et soeurs qui ignorent encore tout de Dieu. Vous voulez associer la bergère lorraine à votre ouvrage. Pendant toute ma vie terrestre, j'ai été imprégnée de l'étincelle celtique. Elle a entretenu en moi la flamme de l'idéal patriotique, ainsi que les germes de la foi transmis par le premier druide. Je les ressentais sous la forme d'une vitalité particulière faite du culte de la tradition et du reflet des lois immuables, puisés aux sources de la vie universelle.

« J'ai été le modeste instrument vibratoire qui recevait l'inspiration de Dieu. De cette terre lorraine, que vous aimez, j'ai porté à travers la France des radiations attachées par les siècles, et ce fut un honneur pour moi de pouvoir rallier les âmes égarées et les volontés chancelantes.

« Si votre coeur vous dicte de parler de la Lorraine, de ses émanations celtiques, dites que Jeanne, la pauvre bergère de Domrémy, fut le docile instrument qui entendit les voix des Esprits bien-aimés, preuve que le rayon celtique n'était pas éteint sur le sol de France.

« L'amour de Dieu, celui du pays et du prochain, sont les essences les plus suaves, les plus lumineuses, transmises par le rayon reçu jadis par les druides. Elles s'étendaient et s'épanchaient de la Bretagne à la Lorraine, en s'irradiant de l'ouest à l'est.

« Si ce chapitre vous donne joie à écrire, c'est qu'il vous sera inspiré par vos bons guides et par votre coeur. Jeanne vous remercie de le faire. En échange elle demandera à Dieu d'entretenir dans l'âme de ceux qui liront votre oeuvre le culte de la foi en Dieu, tout-puissant et bon, l'amour du pays, du sol qui reçut les effluves célestes, ce qui donne au coeur la douce joie d'aimer dans le réconfort et l'espérance. »

DEUXIEME PARTIE
-
LE DRUIDISME

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CHAPITRE VII
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SYNTHESE DES DRUIDES. LES TRIADES.
OBJECTIONS ET COMMENTAIRES

Du fond des âges la synthèse des Druides se dresse comme un des plus hauts sommets que la pensée philosophique ait pu atteindre. Quoique enseignée en secret, elle se traduisait assez nettement dans les propos et les actes des initiés gaulois, et surtout dans les chants bardiques, pour provoquer chez les auteurs grecs et latins des sentiments d'admiration et de respect.

En effet, Aristote n'a-t-il pas écrit dans son livre du Magique « que la philosophie avait pris naissance chez les Celtes, et qu'avant d'être connue des Grecs, elle avait été cultivée chez les Gaulois par ceux qu'on appelait Druides et semnothées » ? Ce dernier terme avait pour les Grecs le sens d'« adorateurs de Dieu ».

Diodore de Sicile disait qu'il y avait chez les Gaulois des philosophes et des théologiens « jugés dignes des plus grands honneurs ». Etienne de Byzance, Suidas et Sotion décernent également aux Druides le titre de philosophes. Diogène Laërte et Polyhistor soutenaient que la philosophie avait existé hors de la Grèce avant de fleurir dans ses écoles, et citaient comme preuve les Druides dont ils faisaient de la sorte les prédécesseurs des philosophes proprement dits. Lucain va jusqu'à dire que les Druides étaient les seuls qui connussent la vraie nature des dieux.

Parlant des analogies qui existent entre la philosophie des Druides et l'école de Pythagore, Jean Reynaud s'exprime ainsi[29] : « Non seulement l'antiquité n'hésite point à rapprocher les Druides de l'école de Pythagore, mais elle les y incorpore tout à fait. » Jamblique, sa Vie de Pythagore, nous apprend que le philosophe passait pour s'être instruit chez les Celtes. Polyhistor, qui est une des plus grandes autorités historiques des anciens, rapporte dans son livre des Symboles que Pythagore avait voyagé aussi bien chez les Druides que chez les Brahmes. Saint Clément, qui nous a transmis l'opinion de cet historien, s'y rangeait sans difficulté tant il la jugeait justifiée par la ressemblance des doctrines. Valère Maxime déclare que « les Gaulois avec leurs braies pensaient la même chose que le philosophe Pythagore avec son manteau ».

Au premier rang des auteurs latins, nous trouvons César lui-même, ce grand ennemi de notre race. Malgré son intention évidente de se rehausser aux yeux de la postérité, malgré l'esprit de dénigrement qui l'inspirait, n'a-t-il pas, dans ses Commentaires de la guerre des Gaules, affirmé que les Druides enseignaient beaucoup de choses sur l'univers et ses lois, sur les formes, les dimensions de la terre et le mouvement des astres, sur la destinée des âmes, leurs renaissances en d'autres corps humains[30] ?

Horace, Florus et plusieurs autres écrivains, on le sait, portent témoignage de la haute science et de la philosophie des Druides, de la profondeur de leurs enseignements. Faut-il rappeler aussi les jugements des écrivains chrétiens de ces temps : Cyrille, Clément d'Alexandrie, Origène et certains Pères de l'Eglise, distinguent avec soin les Druides « de la foule des idolâtres » et leur décernent aussi la qualité de philosophes. C'est à tous ces titres que les Triades, qui sont un résumé de la synthèse des Druides, nous apparaissent comme un monument digne de toute notre attention et non pas comme une oeuvre imaginaire, ainsi que la considèrent tant de critiques superficiels.

Le druidisme, comme toutes les grandes doctrines, avait deux faces, deux aspects. L'un extérieur, tout de figures, d'images et de symboles. C'était la religion populaire à la portée des foules ; l'autre, profond et caché, était la doctrine révélatrice des hautes vérités et des lois supérieures, réservée à ceux que leur degré d'évolution rendait aptes à en comprendre et à en apprécier la beauté. Par là, cette doctrine se relie aux autres grandes révélations, bouddhiste et chrétienne, toutes provenant dans leur essence d'une même source unique et grandiose[31]. Dans les pays celtiques, elle n'était pas transcrite en langue vulgaire, car c'eût été la livrer à tous, cependant les Druides possédaient une écriture symbolique végétale, appelée l'écriture ogham, et ils en faisaient usage, mais les initiés seuls en avaient la clef. Il en reste des traces en Irlande et en Galles.

L'enseignement était surtout oral, transmis de bouche en bouche, sous la forme de strophes, en des vers innombrables, et fut plus tard livré à la publicité par les Bardes qui étaient des initiés.

A l'époque où les triades ont pris leur forme scripturale, le christianisme avait pénétré en Gaule. Il est possible, comme le supposent certains critiques, que leur rédaction en ait ressenti l'influence sur quelques points. Dans son ensemble, ce chef-d'oeuvre n'en garde pas moins sa puissante originalité, surtout dans le tableau qu'il offre de l'ascension vitale depuis le fond de l'abîme, anoufn, jusqu'aux hauteurs sublimes de gwynfyd. Le christianisme est resté muet sur cette évolution des êtres inférieurs et sur tout ce qui concerne la vie rudimentaire à tous les degrés au-dessous de l'homme, et c'est là une lacune considérable dans l'explication des lois de la vie.

On objecte que les Triades n'ont été traduites et publiées en français qu'au cours du dernier siècle. Cela ne prouve rien contre leur antiquité et démontre seulement l'indifférence des Français à l'endroit de nos véritables origines, car il est faux que nous soyons des Latins. Nous comprenons qu'on se soit épris chez nous de la magnifique floraison de littérature et d'art gréco-latine qui a beaucoup contribué à adoucir la rudesse des Celtes, sinon à les corrompre. Nous reconnaissons la part grande et légitime qui lui revient dans la constitution de notre langue, bien que celle-ci contienne encore beaucoup d'éléments celtiques. Mais, ce ne sont pas là des raisons pour renier nos pères qui étaient meilleurs que les Grecs et les Romains, et en savaient davantage touchant ce qu'il y a de plus essentiel à connaître ici-bas, les hautes lois spirituelles et les véritables destinées de l'être.

Alors qu'on attache toute l'importance méritée aux traditions grecques et latines, on peut s'étonner de l'insouciance universitaire à l'égard des textes celtiques. Dans les cours que nous suivions au Collège de France et à la Sorbonne, MM. d'Arbois de Jubainville et Gaidoz se plaignaient amèrement d'être dans la nécessité de nous faire suivre leurs explications sur des livres allemands reproduisant l'original celtique, vu l'absence d'ouvrages français, alors que les traductions anglaises des Triades et des chants bardiques existent depuis plus d'un millier d'années[32]. La pénurie de documents pourrait bien n'être qu'une pénurie d'initiative et de bon vouloir.

Les Triades, par leur originalité profonde, par leur contraste frappant avec toutes les formes du paganisme, portent en elles-mêmes leurs garanties d'authenticité. On déplore souvent, avec raison, la destruction de la bibliothèque d'Alexandrie, brûlée par l'ordre du calife Omar et la perte de tant de documents précieux concernant l'antiquité orientale. Mais pourquoi les critiques passent-ils sous silence un événement parallèle, la destruction, par l'ordre de Cromwell, de la bibliothèque celtique fondée par le comte de Pembroke dans le château de Rhaglan (Pays de Galles) et si riche en manuscrits relatifs à l'époque bardique ?

Quant aux analogies constatées entre la doctrine des Druides, celle des Brahmes et celle de Pythagore, l'explication que l'on en donne par les voyages de ce dernier dans les Gaules et dans l'Inde nous paraît peu vraisemblable à ces époques lointaines où les déplacements présentaient tant de difficultés. Il est plus simple, plus logique, d'attribuer ces ressemblances à des révélations identiques venant du monde invisible.

En effet, Pythagore avait son médium Théocléa qu'il épousa dans sa vieillesse. Les druides possédaient leurs voyantes, leurs prophétesses, et recevaient eux-mêmes des inspirations ainsi que l'atteste Allan Kardec[33]. De leur côté les Brahmes connaissaient tous les moyens de communiquer avec les Pitris (Esprits).

Les deux mondes, visible et invisible, ont toujours correspondu entre eux, et, à cette époque de foi ardente et de pensée recueillie, dans les sanctuaires de la nature la communion était plus facile, plus intense, plus profonde. C'est seulement au moyen âge que l'Inquisition, le fanatisme catholique, en dressant les bûchers et en condamnant au feu, sous prétexte de sorcellerie, les médiums et les voyants, a rompu le lien entre ces deux mondes. Il s'est reformé de nos jours, et nous savons par nous-même que de grands enseignements peuvent découler des sphères supérieures sur l'humanité.

Un des caractères distinctifs du druidisme se trouve dans sa connaissance anticipée et approfondie de ce monde invisible ainsi que des forces cachées de la nature, de ces puissances secrètes par lesquelles se révèle le dynamisme divin. Ce que nous savons maintenant, grâce aux Esprits, des grands courants d'ondes qui parcourent l'univers et sont comme les artères de la vie universelle, courant d'où dérivent les forces fluidiques et magnétiques, les druides le tenaient des mêmes sources, tout en réservant leur usage au domaine psychique. Notre faible science commence à en découvrir la portée et les applications dans l'ordre industriel, sans prévoir les conséquences morbides et les effets destructifs qu'elles peuvent amener entre les mains d'une humanité trop peu évoluée.

Une connaissance plus précise de l'être, de sa nature et de sa destinée se rattachait à ces conceptions d'ordre général. Selon les Triades il y a trois phases ou cercles de vie : dans Annoufn, ou cercle de la nécessité, l'être commence sous la forme la plus rudimentaire. Dans Abred il se développe de vies en vies au sein des humanités et acquiert la conscience et le libre arbitre. Enfin dans Gwynfyd il jouit de la plénitude de l'existence et de tous ses attributs, affranchi des formes matérielles et de la mort, il s'élève vers la perfection la plus haute et atteint le cercle de félicité.

Les Triades 12, 13 et 14 s'expriment ainsi :

12.- Trois cercles de vie :

Le Cercle de Ceugant où il n'y a nul autre que Dieu, ni vivant, ni mort, et il n'est personne autre que Dieu qui puisse le traverser ;

Le Cercle d'Abred (cercle des transmigrations), où chaque état germe de la mort, et l'homme le traverse présentement ;

Le Cercle de Gwynfyd, où chaque état germe de la vie et l'homme y voyagera dans le ciel.

13.- Trois états des vivants :

L'état de nécessité dans Annoufn (l'abîme ou profondeur obscure). L'état de liberté dans l'humanité. L'état d'amour ou Gwynfyd, dans le Ciel.

14.- Trois nécessités de toute existence dans la vie : Le commencement dans Annoufn, la traversée d'Abred, la plénitude dans Gwynfyd, et sans ces trois nécessités nul ne peut être, excepté Dieu.

Les naissances ne sont donc pas un effet du hasard, mais autant de formes de la grande loi d'évolution. La vie actuelle est pour chaque être la résultante de ses vies antérieures et la préparation de ses vies à venir ; il y recueille les fruits bons ou mauvais du passé et, selon ses mérites ou ses démérites, monte ou descend sur la voie d'ascension. Sa destinée est toujours en harmonie avec sa valeur morale et son degré d'avancement.

Renan, dans ses articles de la Revue des deux Mondes sur la Poésie celtique, fait ressortir la distinction à faire entre les deux doctrines celtique et romaine. D'après les Druides, l'être individuel possède en lui-même son principe d'indépendance et de liberté, son génie propre, ses forces évolutives. Avec le catholicisme c'est surtout par la grâce, c'est-à-dire par une faveur d'en haut, que l'être se perfectionne et s'élève.

Mais ces doctrines ne sont pas inconciliables, car le celte connaît le lien étroit qui l'unit au monde invisible et aux êtres qui le peuplent. De là, pour lui, le culte des esprits des ancêtres et, par extension, le sentiment d'une solidarité qui le relie à la chaîne immense de vie qui se déroule depuis les profondeurs d'Annoufn, l'abîme, jusqu'aux hauteurs prestigieuses de Gwynfyd.

La doctrine celtique s'adresse surtout aux âmes vaillantes qui font effort pour gravir les hauts sommets, à toutes celles qui voient dans la vie une lutte constante contre les bas instincts, considèrent l'épreuve comme une purification et évoluent vers la lumière, vers la suprême beauté.

Le Christianisme, lui, c'est l'esprit bienveillant qui se penche sur la souffrance humaine, c'est la Providence qui console, soutient, relève, la main tutélaire qui guide la brebis égarée et la ramène au bercail. Ces deux doctrines se complètent l'une par l'autre et s'harmonisent pour former un mobile de perfection.

Car, tout ce qui vient de Dieu est parfait, et c'est pourquoi les trois grandes révélations : orientale, chrétienne et celtique, sont identiques dans leur source mais elles se diffusent, se différencient et parfois se dénaturent par l'oeuvre des hommes[34].

Ce qui frappe chez les adeptes du druidisme, c'est leur foi profonde, leur confiance absolue dans un avenir sans bornes. Au-dessus des contingences humaines, plus haut que notre libre arbitre, source à la fois de notre misère et de notre grandeur ; ils croient, ils savent qu'une loi de sagesse et d'harmonie règne sur le monde et que finalement le bien triomphera du mal. C'est là ce qu'expriment les Triades 43 et 44.

« Trois choses se renforceront de jour en jour, la tendance vers elles devenant toujours plus grande : l'amour, la science, la justice.

« Trois choses s'affaibliront de jour en jour, l'opposition contre elles croissant de plus en plus : la haine, l'injustice, l'ignorance[35].

De cette certitude découlaient, pour nos pères, cette fermeté dans les épreuves, ce courage dans les combats qui les rendaient légendaires et les faisaient marcher au danger et à la mort comme à une fête.

Ces qualités viriles de notre race se sont bien affaiblies aujourd'hui sous les souffles délétères et persistants du matérialisme. Pourtant, on les a vues reparaître aux heures mémorables de la Marne et de Verdun. Le nouveau spiritualisme vient les ranimer en nos âmes dans la mesure compatible avec notre degré de civilisation.

*

* *

On a pu remarquer depuis longtemps que le mouvement de la pensée et de la science, les découvertes astronomiques et tout ce qui a trait à la physique du globe vient confirmer la conception celtique sur l'Univers et sur Dieu.

Les chants bardiques de Taliésin sur les mondes et l'évolution de la vie qui remontent au V° siècle, les témoignages des auteurs anciens sur la science profonde des Druides en font foi. Les Triades, elles-mêmes, en des temps plus lointains, après avoir annoncé, prévu les conquêtes futures de la science, lui ont ouvert d'autres horizons qu'elle ne fait encore qu'entrevoir et hésite à aborder.

A mesure que la connaissance de l'Univers s'étend, l'idée de Dieu grandit et les conceptions théologiques du moyen âge s'estompent. En même temps la notion de la force et de la pensée souveraine devient plus imposante et plus belle, elle s'augmente de celle d'infini et d'absolu.

Ici, se dresse une difficulté contre laquelle se sont heurtées toutes les philosophies spiritualistes. Nous ne pouvons, disent-elles, connaître l'être en soi, mais seulement par les rapports que nous avons avec lui. Or, quel rapport peut-il y avoir entre l'homme fini et relatif et l'Etre infini et absolu ? N'y a-t-il pas là antinomie ?

Cet écueil, qu'aucune philosophie moderne n'a pu éviter, les Druides l'avaient écarté dès le principe et nous trouvons dans ce fait la manifestation d'une intervention surhumaine. En effet, la Triade 46 s'exprime ainsi :

« Trois nécessités de Dieu : Etre infini en lui-même, être fini par rapport aux êtres finis, être en rapport avec chaque état d'existences dans le cercle de Gwynfyd.

Sur ce dernier point nous possédons des moyens de contrôle suffisants.

Tous les Esprits élevés, qui se sont communiqués dans nos séances d'étude, affirment qu'ils perçoivent les radiations de la pensée et de la force divine.

Les plus purs - en très petit nombre - perçoivent la lumière du foyer divin et les puissantes harmonies qui s'en dégagent. Ils reçoivent des ordres, des instructions, ayant trait aux missions à remplir, aux tâches à réaliser. On pourrait même aller plus loin et dire que, sur le plan terrestre, les hommes les plus évolués ressentent les radiations divines, non plus directement, mais comme un reflet qui vient éclairer leur conscience.

En résumé, Dieu est la cause suprême, la source éternelle de la vie. C'est sa pensée, sa volonté qui meuvent l'univers, elles projettent sans cesse à travers l'espace des flots de molécules, des gerbes d'étincelles vitales que les grands courants d'ondes transportent et tissent sur les mondes. De là, ces étincelles de vie remontent à travers le cycle immense des temps vers la source suprême en revêtant les formes rudimentaires de la nature.

Parvenues à l'état humain elles devront acquérir, par leurs travaux et leurs efforts, tous les attributs divins : conscience, sagesse, amour, participant de plus en plus à la vie, à l'oeuvre éternelle dans un accroissement graduel de rayonnement, de puissance et de félicité.

Pour rendre la conception druidique complète et parfaite il suffirait d'y ajouter la notion de la solidarité des êtres par la paternité de Dieu, la communion universelle où chacun travaille à l'élévation de tous dans la succession des existences, depuis l'infiniment petit jusqu'aux hauteurs divines, jusqu'à la possession des attributs qui constituent la perfection.

Mais c'est par excellence une doctrine d'évolution, de progrès et de liberté. Au lieu de la vision d'une immobilité béate et stérile, c'est une vie d'activité, de développement des facultés et des qualités morales. C'est le bonheur de se donner à tous et d'élever les autres en s'élevant soi-même.

L'être évolué est plus heureux de donner que de recevoir et par là nous pouvons comprendre la félicité de Dieu à répandre sa propre substance sur son oeuvre au profit de ses créatures et dans la mesure de leurs efforts et de leurs mérites.

L'idée capitale du Druidisme c'est donc l'idée de Dieu, unique, éternel, infini. La première Triade est formelle et la notion de Dieu se développe dans les Triades suivantes :

1° Il y a trois unités primitives, et de chacune il ne saurait y avoir qu'une seule : un Dieu ; une vérité et un point de liberté, c'est-à-dire le point où se trouve l'équilibre de toute opposition ;

2° Trois choses procèdent de trois unités primitives : toute vie, tout bien et toute puissance ;

3° Dieu est nécessairement trois choses, savoir : la plus grande part de la vie, la plus grande part de la science et la plus grande part de puissance ; et il ne saurait y avoir plus d'une grande part de chaque chose ;

4° Trois choses que Dieu ne peut pas ne pas être : ce qui doit constituer le bien parfait, ce qui doit vouloir le bien parfait, ce qui doit accomplir le bien parfait ;

5° Trois garanties de ce que Dieu fait et fera : sa puissance infinie, sa sagesse infinie et son amour infini ; car il n'y a rien qui ne puisse être effectué qui ne puisse devenir vrai et qui ne puisse être voulu par ces attributs ;

6° Trois fins principales de l'oeuvre de Dieu : comme créateur de toutes choses : amoindrir le mal, renforcer le bien, et mettre en lumière toute différence, de telle sorte que l'on puisse savoir ce qui doit être ou, au contraire, ce qui ne doit pas être ;

7° Trois choses que Dieu ne peut pas ne pas accomplir : ce qu'il y a de plus avantageux, ce qu'il y a de plus nécessaire et ce qu'il y a de plus beau pour chaque chose ;

8° Trois puissances de l'existence : ne pas pouvoir être mieux par la conception divine, et c'est en cela qu'est la perfection de toute chose ;

9° Trois choses prévaudront nécessairement : la suprême puissance, la suprême intelligence et le suprême amour de Dieu ;

10° Les trois grandeurs de Dieu : vie parfaite, science parfaite et puissance parfaite ;

11° Trois causes originelles des êtres vivants : l'amour divin en accord avec la suprême intelligence, la sagesse suprême par la connaissance parfaite de tous les moyens, et la puissance divine en accord avec la suprême volonté, l'amour et la sagesse de Dieu.

Lorsqu'on avance que les Juifs ont été les premiers dans le monde à affirmer l'unité de Dieu, on oublie trop que les Druides l'enseignaient bien avant eux. Mais tandis que la Bible nous présente un Dieu anthropomorphique, c'est-à-dire semblable à l'homme par certaines imperfections, le Dieu des Druides plane bien haut au-dessus des misères humaines.

Voici comment Jean Reynaud s'exprime dans son oeuvre magistrale[36] :

« Relativement à la connaissance de Dieu, la Gaule ne relève au fond que d'elle-même, n'ayant jamais eu besoin de recourir à autrui pour ce qui fait l'essence et le fond de la vie. Au lieu d'avoir été obligée de venir se greffer sur la souche vivante, comme le dit saint Paul des Gentils, elle était également souche vivante. »

*

* *

En résumé, disions-nous, la doctrine des Druides repose sur trois principes fondamentaux : éternité de Dieu, perpétuité de l'univers, immortalité des âmes. A leurs yeux, l'univers était le vaste champ où se déroule la destinée des êtres. La pluralité des mondes était le complément nécessaire de la succession des existences, l'échelle d'ascension qui s'élève jusqu'à Dieu.

Une des choses qui frappaient le plus les auteurs anciens, c'était le savoir des Druides en matière d'astronomie. Le contraste était profond sur ce point avec la plupart des doctrines de l'Orient. Sur ce savoir les témoignages abondent. César lui-même, nous l'avons vu, nous apprenait dans ses Commentaires que les Druides enseignaient beaucoup de choses touchant la forme et la dimension de la terre, la grandeur et les dispositions des diverses parties du ciel, le mouvement des astres. Hécate, Plutarque et d'autres disent que des îles britanniques, les Druides observaient attentivement les montagnes et les volcans de la lune et tout le relief de ce petit globe.

C'est en Gaule, dit Jean Reynaud, que l'on s'est avisé de faire des astres le siège de la résurrection. Le paradis, au lieu de se réduire à une conception mystique, formait une réalité sensible offerte continuellement en spectacle aux yeux des hommes[37].

Quant à la perpétuité de l'Univers, elle ressortait de ce passage de Strabon : « Les Druides enseignaient que l'âme est exempte de mort aussi bien que le monde. » L'immortalité découlait de cette idée que la grandeur inhérente à l'individu est au-dessus de toutes les puissances matérielles.

« Tout ce qui dépend du monde périt, les institutions, les monuments, les empires, mais au milieu de tous ces objets précaires, il se trouve un être qui n'est de ce monde que passagèrement, et qui, supérieur par son immortalité aux réalités périssables au sein desquelles il s'est développé, s'élève jusque dans le ciel avec une sublimité dont la terre, malgré son faste, n'approche point[38]. »

Quand on compare la tradition celtique telle qu'elle s'exprime dans les chants des Bardes avec les théories du moyen âge, avant Galilée, on est frappé de la science profonde de nos pères. Rappelons seulement le chant du monde de Taliésin qui remonte au IV° siècle de notre ère[39] :

« Je demanderai aux bardes, et pourquoi les bardes ne répondraient-ils pas ? Je leur demanderai ce qui soutient le monde, pour que, privé de support, le monde ne tombe pas. Mais qui pourrait lui servir de support ? Grand voyageur est le monde ! tandis qu'il glisse sans repos, il demeure toujours dans sa voie, et combien la forme de cette voie est admirable, pour que le monde n'en sorte jamais ! »

« Encore de nos jours, conclut Jean Reynaud, l'astronomie classique se borne à étudier le mécanisme matériel de l'univers et se trouve bien éloignée encore de la vérité morale, incapable qu'elle est de vivifier le mouvement des astres par la circulation des existences ; elle se perd dans la multiplicité des étoiles comme dans une vaine poussière[40]... »

CHAPITRE VIII
-
PALINGENESIE : PREEXISTENCES ET VIES SUCCESSIVES.
LA LOI DES REINCARNATIONS

Dans leur enseignement, les Druides ne séparaient pas la notion d'immortalité de celle des vies successives de l'âme. En effet, parmi les grandes lois qui règlent l'évolution des êtres, il n'en est pas de plus importante, de plus nécessaire à connaître pour l'homme - après celle de la survivance de l'âme dans son enveloppe fluidique - que celle des réincarnations. Les clartés qu'elle projette sur la route de la vie en dissipent les ombres, les contradictions apparentes et en révèlent le sens profond. Elle fait l'ordre et l'harmonie à la place du désordre et de la confusion.

Comment se fait-il que cette grande loi qui, en réalité, devrait être la base et le ciment de toutes les doctrines spiritualistes, soit encore ignorée de la plupart des hommes de notre temps ? N'est-elle pas l'essence même de la tradition celtique inscrite au plus profond de l'âme de notre race et consignée dans les Triades et les Chants bardiques ?

Le Christ, dans ses deux incarnations connues, celle de l'Inde et celle de Judée, sous ces deux noms presque identiques : Krishna et Christ, n'a-t-il pas enseigné cette même doctrine aussi bien dans l'Evangile que dans la Bhagavad-Gita[41] ?

Toute l'antiquité a été illuminée des rayons de cette même loi par les enseignements de Pythagore, de Platon et ceux de l'école d'Alexandrie.

Dans les premiers temps du Christianisme[42], des hommes tels qu'Origène, saint Clément et presque tous les Pères grecs, la professèrent hautement, et, au IV° siècle, saint Jérôme, secrétaire du pape Damase et auteur de la Vulgate, dans sa controverse avec Vigilentius le Gaulois, devait encore reconnaître qu'elle était la croyance de la majorité des chrétiens de son temps.

Mais le voile jeté depuis par les Eglises sur cette grande lumière, a fait l'obscurité profonde pour tout ce qui touche au problème de la destinée humaine. En limitant dans le cercle étroit d'une vie unique le passage de l'âme sur la terre, Rome a-t-elle simplement voulu adapter son enseignement à la compréhension médiévale, c'est-à-dire au degré de culture de peuples encore barbares, ou bien a-t-elle songé à assurer son empire par la conception d'une vie aboutissant à un paradis ou à un enfer éternels dont elle affirmait détenir les clés ? Les deux points de vue paraissent admissibles.

De telles conceptions ont engendré des conséquences funestes pour le génie civilisateur comme pour l'esprit religieux des Occidentaux, qu'elles ont faussés dans leur principe, dans leur essence même. Car le but véritable de l'existence, c'est-à-dire le perfectionnement de l'âme, son éducation, sa préparation à de plus hauts degrés de l'échelle d'ascension, étant devenus presque nuls dans la plupart des cas, le plan général de la vie s'est trouvé altéré.

Chez les croyants, la préoccupation constante du salut personnel, la crainte des châtiments sans fin, ont paralysé l'initiative, éteint toute indépendance d'esprit, affaibli le libre arbitre. Chez les autres, l'impossibilité de concilier dans le cercle d'une vie unique la variété infinie des conditions, des aptitudes et des caractères humains avec la justice de Dieu, a engendré le scepticisme, le matérialisme et la négation de tout idéal élevé. De cet état de choses nous pouvons, à l'heure présente, constater autour de nous les fruits amers.

Comment s'étonner, après tant de siècles d'erreur et d'oubli, que la nuit se soit faite dans les cerveaux les mieux doués ! N'avons-nous pas vu des philosophes éminents, dont les oeuvres, les systèmes merveilleusement échafaudés sont restés stériles, parce qu'il leur manquait la notion essentielle, la clé d'or de tous les problèmes : la loi d'évolution par les renaissances ?

*

* *

L'être, disaient les Druides, s'élève de l'abîme de vie et monte par des étapes innombrables vers la perfection ; il s'incarne au sein des humanités sur les mondes de la matière, qui sont autant de stations de son long pèlerinage. Cette doctrine est confirmée sur bien des points par toutes les grandes religions et les plus hautes philosophies anciennes. On lit dans les Triades[43] :

19°- Trois conditions indispensables pour arriver à la plénitude de la science : transmigrer dans Abred (la terre), transmigrer dans Gwynfyd (le ciel) et se ressouvenir de toutes les choses passées jusque dans Annoufn (l'abîme).

25°- Par trois choses l'homme tombe sous la nécessité d'Abred (ou de la transmigration) : par l'absence d'effort vers la connaissance, par le détachement du bien et par l'attachement au mal ; en conséquence de ces choses, il descend dans Abred jusqu'à son analogue, et il recommence le cours de ses transmigrations.

26°- Les trois puissances (fondements) de la science : la transmigration complète par tous les états des êtres, le souvenir de chaque transmigration et de ses incidents ; le pouvoir de passer à volonté de nouveau par un état quelconque en vue de l'expérience et du jugement. Et cela sera obtenu dans le cercle de Gwynfyd.

Les chants bardiques ne sont pas moins affirmatifs. Nous citerons seulement le plus célèbre, celui de Taliésin, qui remonte au IV° siècle de notre ère[44] :

« Existant de toute ancienneté au sein des vastes océans, je ne suis point né d'un père et d'une mère, mais des formes élémentaires de la Nature, des rameaux du bouleau, du fruit des fruits, des fleurs de la montagne. J'ai joué dans la nuit, j'ai dormi dans l'aurore ; j'ai été poisson dans le lac, aigle sur les cimes, loup cervier dans la forêt. Puis, marqué par Gwyon (Esprit divin), par le sage des sages, j'ai acquis l'immortalité. Il s'est écoulé bien du temps depuis que j'étais pasteur. J'ai longtemps erré sur la Terre avant de devenir habile dans la science. Enfin j'ai brillé parmi les chefs supérieurs ; revêtu des habits sacrés, j'ai tenu la coupe des sacrifices. J'ai vécu dans cent mondes, je me suis agité dans cent cercles. »

Soulignons en passant l'analogie frappante qui apparaît entre ce document venu des âges lointains et les découvertes récentes de la science sur les propriétés vitales de l'eau de mer. Le texte dit : « Existant au sein des vastes océans, je suis né des formes élémentaires de la nature. » Il convient de lire à ce sujet dans la Revue de biologie appliquée, 1926, les expériences poursuivies dans le laboratoire du Collège de France par les docteurs L. Hallion et Carrion établissant que la vie animale a eu dans la mer ses premiers représentants sous la forme de cellules isolées. Consulter également l'ouvrage récent du docteur Quinton intitulé : l'Eau de mer milieu organique. Constance du milieu marin originel comme milieu vital des cellules à travers la série animale : « Le règne animal, dit-il, est tout entier d'origine aquatique et, qui plus est, d'origine marine. »

N'y a-t-il pas là une série de témoignages concluant en faveur de la haute inspiration et de la valeur des doctrines celtiques qui enseignaient, il y a quinze-cents ans et plus, ce que nos savants viennent seulement de découvrir ?

La littérature celtique relate de nombreux cas de réincarnation. C'est ainsi que d'Arbois de Jubainville, qui occupa longtemps la chaire de celtisme au Collège de France, a pu écrire au sujet des traditions irlandaises[45] :

« C'est la foi à cette universelle métamorphose des humains qui a inspiré la croyance aux métamorphoses de Tûan mac Cairill et de Taliésin. Ce ne sont pas du reste les seuls personnages dont l'âme ait en Irlande revêtu successivement deux corps d'homme et qui soient nés plusieurs fois. Mongân, roi d'Ulster au commencement du VI° siècle, était identique au célèbre Find, mort deux siècles avant la naissance de Mongân : l'âme de l'illustre défunt était revenue du pays des morts animer en ce monde un corps nouveau.

« Ainsi la survivance de l'âme au corps et la possibilité que l'âme d'un mort prenne derechef un corps en ce monde sont des croyances celtiques. »

Depuis quelque temps les Esprits des ancêtres, jugeant que l'heure des grandes rénovations est venue, projettent avec plus d'intensité les radiations de leurs pensées vers la terre de France. Voici ce que nous dictait l'Esprit d'Allan Kardec le 25 Novembre 1925 par voie d'incorporation :

« Nous voudrions inspirer à nos hommes politiques l'esprit de la tradition celtique, de l'honnêteté, afin que des hommes nouveaux puissent arriver à régénérer notre pays. Nous voyons clairement les pensées entrelacées qui forment comme des bigarrures aux couleurs multiples. Les passions entravent la formation des pensées élevées. Le matérialisme est inhérent à une génération qui n'a puisé dans sa précédente existence que des jouissances basses, et qui, en astral, est restée dans des sphères d'une densité très épaisse. Elle est revenue à la vie avec des appétits mal assouvis.

« J'ai pensé que je devais puiser, dans ma conscience profonde, l'étincelle de foi ardente, de lumière pure, qui m'a été léguée par mon existence celtique, pour essayer de jeter sur certains humains un rayon inspirateur.

« Comme nous avons la facilité, dans l'espace, de nous remémorer nos existences, lorsque nous sommes dans une sphère de densité moyenne, nous nous groupons spirituellement, de même que dans notre vie terrestre les passions et les aspirations se groupent suivant leurs affinités. D'un côté les grands philosophes de l'antiquité, les initiés des vieilles religions, lorsqu'ils sont de retour à l'espace, nous aident. Les ascètes, les bouddhistes, sont des agents puissants pour aider à dissocier la matière qui pèse sur les êtres charnels de vos régions. Vous savez que certains d'entre eux avaient un pouvoir de rayonnement étendu.

« Les Druides ont laissé dans l'âme des générations primitives qui ont habité votre sol une étincelle qui est restée latente au fond de chaque conscience. Cela fait que tout espoir n'est pas perdu de raviver une flamme qui sommeille chez certains d'entre vous.

« Nous avons comme mission de grouper les véritables Celtes qui sont l'essence même de la France. Je puis vous en parler, car moi-même j'ai vécu en Bretagne, j'étais Druide à Huelgoat. Plus tard, au bord de la mer, par une faveur insigne, j'ai ressenti les forces émanées du cercle supérieur et ma foi est restée vivante et forte, elle m'a suivi dans mes existences ultérieures, jusqu'à celle où vous m'avez connu.

« Je fus récompensé, puisque les intuitions entretinrent suffisamment la petite flamme intérieure et, me souvenant des lois de la vie universelle, je crus devoir répandre la doctrine que vous connaissez et qui était restée inscrite au fond de mon super-esprit. »

Ce message nous démontre que le spiritualisme moderne n'est, en réalité, qu'un éveil du génie celtique qui sommeillait depuis des siècles et qui reparaît dans tout son éclat sous des formes appropriées aux besoins de l'évolution humaine.

Il se trouve analogue, d'ailleurs, sur bien des points, au Christianisme ésotérique, car les hautes vérités émanent toutes d'une source unique pour se diffuser en couleurs diverses, suivant les temps et les milieux, comme les rayons du prisme.

*

* *

Après un temps de séjour et de repos dans l'espace, l'âme, nous disent les Esprits, doit renaître dans la condition humaine. Elle apporte avec elle tout l'héritage du passé bon ou mauvais et revient pour acquérir de nouvelles puissances, de nouveaux mérites qui faciliteront son ascension, sa marche en avant. Et ainsi, de renaissances en renaissances l'esprit progresse, s'élève, monte vers cet idéal de perfection qui est le but de toute l'évolution universelle.

La Terre est un monde d'épreuves et de réparation où les âmes se préparent à une vie plus haute. Il n'est pas d'initiation sans épreuves, pas de réparation sans la douleur. Elles seules peuvent purifier l'âme, la sacrer, la rendre digne de pénétrer dans les mondes heureux. Ces mondes, ou systèmes de mondes, sont disposés dans l'univers en plans ou degrés successifs ; les conditions de la vie y sont d'autant plus parfaites et plus harmoniques que l'évolution des êtres qui les peuplent est plus accentuée. On ne s'élève à un degré supérieur que lorsqu'on a acquis, sur le degré qui précède, les perfections inhérentes à ce milieu.

Or, la variété presque infinie et l'inégalité des conditions d'existence sur la Terre, ne permettent pas de croire qu'on puisse y acquérir les qualités nécessaires au cours d'une seule existence. Il faut à l'immense majorité des humains toute une succession de vies bien remplies pour réaliser cet état de subtilité fluidique et de maturité morale qui leur permettront de pénétrer parmi les sociétés plus avancées.

Il en résulte que si toutes les âmes terrestres étaient indistinctement appelées à renaître au sein de sociétés supérieures, celles-ci en seraient contaminées, et le plan général de l'évolution se trouverait altéré, entièrement faussé.

Cette manière de voir, ce jugement est confirmé par les attestations de nombreux parents et amis défunts avec lesquels il m'a été donné de m'entretenir au cours de ma longue carrière.

On nous objecte qu'il n'en est pas de même ainsi partout. En Angleterre et dans l'Amérique du Nord, dit-on, certains esprits émettent des doutes et nient la nécessité des renaissances terrestres. Cette contradiction apparente est le principal argument des adversaires du spiritisme kardéciste.

Si nous examinons la question de près, un fait apparaîtra tout d'abord, c'est que tous ces esprits opposés à l'idée de réincarnation appartenaient, sur terre, au culte protestant. On sait que cette forme du christianisme donne à ses adeptes une éducation religieuse particulièrement forte et intense, une foi robuste dont les tendances et les vues se prolongent avec ténacité dans la vie de l'Au-delà. Le protestantisme enseigne qu'à la mort l'âme est jugée d'une façon définitive et fixée pour l'éternité au paradis ou dans l'enfer.

Le protestant ne prie pas pour les âmes des défunts, leur sort étant irrévocable. Doctrine rigide qui enlève à l'âme coupable toute possibilité de réparation et ôte à Dieu le prestige sublime de la miséricorde et du pardon. Avec elle, aucun moyen de retour sur la terre. Le catholicisme, lui, au moins, par la notion du purgatoire, ouvre une issue au rachat possible, et certains prêtres voient dans cette théorie un rapprochement éventuel avec le spiritisme, si l'Eglise arrive jamais à atténuer son intransigeance et à reconnaître que le purgatoire, ce lieu de réparation, c'est la terre elle-même, par le procédé des renaissances.

On peut donc expliquer par des préjugés dogmatiques invétérés l'opposition de certains esprits, dans les milieux protestants, à la loi des réincarnations.

Mais, dira-t-on, puisque tout le passé est écrit en nous, dans notre conscience profonde, ainsi que le démontrent les expériences d'extériorisation - la mort étant l'extériorisation complète et persistante - comment ces esprits peuvent-ils se tromper sur la nature de ce passé et la forme de leur avenir ?

Oui, sans doute, tout le passé est écrit en nous, comme dans un livre, dans les replis cachés de la mémoire subconsciente. Mais de même que pour lire dans un livre il faut tout d'abord l'ouvrir, puis vouloir et savoir y lire, pour explorer les profondeurs de l'être, il faut un acte de la volonté. C'est par ce procédé que l'hypnotiseur obtient du sujet la reconstitution de ses existences passées. Ne nous arrive-t-il pas à nous-mêmes d'être obligés de faire un effort mental, effort répété et prolongé, pour ressaisir dans la vie actuelle des souvenirs endormis ?

Beaucoup de gens se figurent que la mort est comme un voile qui se déchire et qu'une vive lumière se fait aussitôt sur tous les problèmes qui la concernent. Erreur grave, car c'est lentement, par tout un travail intérieur, par des observations, des comparaisons répétées que l'âme défunte se libère peu à peu des routines, des préjugés, des fausses notions, que l'éducation terrestre a accumulés en elle. Encore faut-il pour cela l'assistance, le concours d'esprits plus avancés.

Mais, comme nous le dit Allan Kardec, l'esprit, à son retour dans l'espace, y recherche les groupements d'âmes en vibration harmonique avec ses propres vues et ses sentiments, il s'associe à leur vie spirituelle et, dès lors, confiné dans cette ambiance particulière, il peut persister longtemps dans des erreurs et des habitudes communes. Tous les spirites connaissent cet état d'âme qui se révèle dans les communications d'outre-tombe, et leur procure parfois des preuves originales d'identité qui ne sont pas sans intérêt et sans profit au point de vue de la démonstration de la survivance.

Au cours de mes expériences, j'ai rencontré parfois des esprits de cette nature qui ne se souvenaient pas d'avoir vécu plusieurs fois sur notre globe, et qui niaient volontiers le principe des existences successives. Je les invitais alors à fouiller dans les replis cachés de leur subconscience et à rechercher les traces de leurs vies antérieures. Aux séances suivantes ils venaient me déclarer qu'ils avaient retrouvé ces traces et pouvaient ressaisir le fil de leurs multiples renaissances. J'ai remarqué que ces esprits étaient surtout d'ordre inférieur. Leurs antécédents peu brillants se résumaient en séries d'existences de passion, de violence, de désordre, sources d'amers regrets dans l'Au-delà.

Loin de moi la pensée d'assimiler à ces esprits arriérés ceux d'origine anglo-saxonne, dont j'ai parlé plus haut. Ceux-là possèdent peut-être des richesses cachées, intellectuelles et morales, dont ils ignorent l'importance. J'engage nos amis d'outre-mer à provoquer chez eux des recherches méthodiques, une analyse approfondie de leurs facultés et de leurs souvenirs. Alors l'enchaînement de leurs existences terrestres se reconstituera, et nous arriverons ainsi à l'unité de vues susceptible de donner à la doctrine des vies successives toute son autorité, toute son ampleur. Pour cela, il suffira de mettre en action ce levier incomparable : la volonté !

Remarquons d'ailleurs que, depuis un demi-siècle, la croyance à la pluralité des existences de l'âme sur la terre n'a cessé de progresser aux Etats-Unis et en Angleterre. Elle ne comptait, il y a une trentaine d'années, que quelques représentants isolés, tandis qu'aujourd'hui, de l'avis même des spirites anglais, une bonne moitié d'entre eux admettent le retour possible, parfois nécessaire, de l'âme sur la terre.

Voici, sur ce sujet, l'opinion de deux des représentants, les plus autorisés et les plus illustres, de la pensée spiritualiste britannique formulée en des ouvrages récents.

Le professeur Sir W. Barrett, de l'Université de Dublin, écrivait dans son livre : Au seuil de l'invisible, pages 214 et 215 :

« On a opposé à l'idée de réincarnation l'oubli total de nos existences passées, mais ceci peut n'être qu'une éclipse temporaire. Il est possible que le souvenir de nos vies antérieures nous revienne peu à peu au cours de nos progrès spirituels, à mesure que nous arrivons à une vie plus large, à une conscience plus étendue. »

Et il ajoute une citation de M. Massey, affirmative et explicative au sujet de la réincarnation sur la terre : « La raison de la réincarnation a sa source dans l'attirance qu'exerce notre monde. Ce qui nous a amené ici-bas une fois, nous ramènera sans doute encore tant que le mobile qui nous y pousse n'aura pas changé. La régénération, c'est-à-dire le renouvellement de notre nature, nous exempte seule de la réincarnation. »

Dans ses études sur les aspects multiples de la personnalité humaine, Sir Barrett disait aussi (p. 110) :

« Les cas d'invasion psychique rendent compréhensibles les réincarnations charnelles. »

De son côté, Sir Oliver Lodge, recteur de l'Université de Birmingham, écrit dans son Evolution biologique et spirituelle de l'homme, page 157 :

« On peut admettre, dans certains cas, la possibilité des incarnations, non seulement d'une succession d'individus ordinaires, mais aussi de véritables grands hommes. »

Il croit à la réincarnation fragmentaire qui lui semble applicable au cas du Christ.

Déjà Stainton Moses, alias Oxon, professeur à l'Université d'Oxford, qui fut un des instigateurs les plus estimés de l'idée spiritualiste dans son pays, écrivait dans ses Enseignements spiritualistes, page 51, les lignes suivantes, obtenues par sa propre médiumnité :

« L'enfant (l'être humain) ne peut acquérir l'amour et la science que par l'éducation acquise par une nouvelle vie terrestre. Une telle expérience est nécessaire et de nombreux esprits choisissent un retour à la terre afin de gagner ce qui leur manque. »

Frédéric Myers, dans son magistral ouvrage : Human Personality, chapitre X, exprime la même opinion, et dit, page 329 :

« La doctrine de la réincarnation ne renferme rien qui soit contraire à la meilleure raison et aux instincts les plus élevés de l'homme. »

Il revient encore (p. 407) sur l'évolution graduelle (des âmes) à nombreuses étapes, « à laquelle il est impossible d'assigner une limite ».

Quant à l'Amérique du Nord, nous pourrions citer nombre d'ouvrages édités en ce pays, qui démontrent que l'idée réincarnationiste y fait aussi son chemin, et que les messages d'Esprits affirmant les renaissances terrestres y sont de plus en plus fréquents, ainsi qu'on peut le voir dans la plupart des revues spiritualistes de langue anglaise. Le même mouvement d'opinion ressort de l'accueil fait à la traduction de mon livre : le Problème de l'Etre et de la Destinée par Mrs Vilcox sous le titre Life and Destiny, édité à la fois à Londres et à New-York[46].

Il est évident que cette grande vérité a été longtemps effacée par le lent et sourd travail des siècles, car chaque fois que nous l'affirmons nous nous heurtons à des objections qui dénotent un oubli complet.

Cependant, il ne faut pas perdre de vue que cette doctrine est toujours vivante en Orient. A l'heure présente, des Indes au Japon, huit cents millions d'Asiatiques connaissent et acceptent la loi des renaissances. Brahmanistes, Bouddhistes, Shintoïstes partagent cette même croyance, ce qui leur assure une certaine supériorité de vues. Le Coran, dans plusieurs surates, affirme aussi la réincarnation possible sur terre de maint adepte du Prophète.

Et sans chercher si loin, chez nous-mêmes et de nos jours, longue serait la liste des hommes illustres qui ont partagé cette croyance, depuis Victor Hugo, Ch. Bonnet, Pierre Leroux, Jean Reynaud, jusqu'à Mazzini et Flammarion. La plupart n'ont pas eu besoin de preuves expérimentales. L'usage de leur raison, affranchie des routines d'école et des sophismes, le tableau de la vie se déroulant autour d'eux, leur ont suffi pour en discerner les lois. Ils ont été séduits par la beauté et la grandeur de cette évolution qui fait de l'être l'artisan de ses propres destinées. L'âme, pensaient-ils, édifie elle-même son avenir au moyen des vies renaissantes, elle développe ses facultés, sa conscience par le travail, par l'épreuve, par la douleur, ciseau divin qui lui prête ses plus belles formes. Elle s'épure, s'élève, se pénètre des splendeurs de l'univers, s'initie à ses lois et participe, dans la mesure de sa puissance grandissante, à l'ordre et à l'harmonie universelle.

Pour ces précurseurs, comme pour nous, spirites, cette révélation, soit intuitive, soit venue d'en-haut, a dissipé comme un brouillard les hypothèses fantaisistes et les négations stériles. La vie et la mort ont changé d'aspect ; celle-ci n'est plus que la transition nécessaire entre les deux formes alternantes de notre existence, visible et invisible. La vie est la conquête des richesses impérissables de l'âme, des forces radiantes et des qualités morales qui assureront sa situation dans l'Au-delà, et lui prépareront des réincarnations meilleures sur la terre et les autres mondes. Par là, le sombre pessimisme s'évanouit pour faire place à la confiance, à la joie de vivre dans la tâche bien remplie, la satisfaction du devoir accompli avec les perspectives d'un avenir sans bornes et l'ascension graduée et radieuse de cercles en cercles, de sphères en sphères vers le foyer divin.

Or, ce que tant de religions ont enseigné et enseignent encore, ce que tant de penseurs anciens et modernes ont discerné au moyen de la réflexion profonde, le spiritisme vient le démontrer expérimentalement. Non seulement il a pour lui le témoignage universel du monde des Esprits, qui s'élève de tous les points du globe et sur lequel nous reviendrons plus loin, mais il a déjà réuni tout un faisceau de faits probants dont nous allons citer quelques-uns. Remarquons d'abord que chez un être suffisamment évolué, lorsque l'état normal conscient et l'état subconscient sont en équilibre, c'est-à-dire parvenus à une stabilité parfaite, quand ledit être se dégage des ambiances matérielles, il peut se souvenir de ses antériorités et percevoir en intuitions profondes, suscitées par des esprits désincarnés, la forme de ses vies passées.

De là les réminiscences de certains hommes célèbres, la reconnaissance des lieux où ils ont vécu. Par exemple, ce fut le cas de Lamartine dans son voyage en Orient, de Mery pour l'Inde et la Floride, et tant d'autres phénomènes analogues qu'on pourrait rappeler.

Mentionnons les témoignages publiés par certaines revues anglaises relatifs à des enfants indous qui, pendant la période de croissance, au cours de laquelle l'incorporation de l'âme n'étant pas complète, conservent l'usage de leur mémoire subconsciente et le souvenir de leurs antériorités[47]. Des cas analogues ne sont pas rares en Occident, mais on n'y prête que peu d'attention, considérant souvent à tort les récits des enfants comme imaginaires.

On m'a parfois demandé de faire connaître mes raisons de croire à mes vies antérieures et les preuves personnelles que j'en possède. Pour cela, il me suffit de descendre en moi-même, et, aux heures de calme et de silence, d'interroger les couches profondes de ma mémoire pour y retrouver certaines traces de mon passé. Si je me livre à une analyse sévère, rigoureuse, de mon caractère, de mes goûts, de mes facultés, je reconstitue l'enchaînement des causes et des effets au moyen desquels s'est édifiée ma personnalité, mon moi conscient à travers les âges.

Le détail des événements m'a été communiqué par mes guides, ma clairvoyance n'allant pas jusque là. C'est précisément ce sévère examen intérieur qui sert de vérification et de contrôle, car j'y retrouve la confirmation et la preuve de l'exactitude des révélations faites et qui comportent des noms, des dates, des identités, recueillis dans mes recherches bibliographiques.

Dans cet ordre d'études, ce que l'on ne peut obtenir à l'état de veille, on peut le provoquer par l'extériorisation complète du moi dans l'état hypnotique, c'est ce que j'ai souvent pu réaliser avec mon excellent médium Mme Forjet. Sous l'influence magnétique du guide, elle reconstituait ses personnalités antérieures avec des attitudes, un langage, tout un ensemble de détails qu'il lui aurait été impossible d'imaginer. Il faut remarquer cependant que les résultats obtenus, par leur nature intime, ne peuvent guère intéresser et convaincre que les expérimentateurs.

Mais rares sont les hommes de notre temps qui se livrent à ces examens. Leur vie est tout extérieure, et ils ignorent les ressources cachées de l'âme. Il y a là toute une psychologie mystérieuse qu'il faut explorer avec une extrême prudence, et qui réserve aux chercheurs avisés de grandes surprises.

Les expériences poursuivies par le colonel de Rochas, administrateur de l'Ecole Polytechnique, et relatées dans son livre : les Vies successives, ont été contestées ; cependant on aurait tort de les rejeter en bloc, car, si dans certains cas la supercherie fut évidente, d'autres présentaient un réel aspect de sincérité. Tel paraît être le cas de Joséphine, jeune femme de Voiron (Isère) qui, endormie par le Colonel, se retrouvait dans sa personnalité antérieure de Claude Bourdon, habitant jadis un village du département de l'Ain, où le sujet n'était jamais allé. On y retrouva l'acte de naissance dans le registre de la paroisse. Ce fait était agrémenté d'une foule de détails curieux constituant dans leur ensemble de bons éléments d'authenticité.

On peut joindre à ce cas celui de Mayo, jeune fille d'Aix-en-Provence qui, en se muant dans ses personnalités d'autrefois, revivait des scènes tragiques de ses existences. Par exemple, l'état de grossesse et l'asphyxie par immersion furent constatés par le docteur Bertrand, maire d'Aix, convaincu que ces états ne pouvaient être simulés par une personne de 18 ans. Faut-il voir là, comme certains le pensent, la révélation d'une loi physiologique peu connue, une corrélation du physique et du mental qui ouvre la voie à des investigations d'un ordre nouveau, à des découvertes biologiques d'une haute importance ? Quoi qu'il en soit, ces faits viennent confirmer nos assertions au sujet du pouvoir de la pensée sur les fluides et sur la matière concrète elle-même.

Un phénomène plus complexe encore par la variété des formes qu'il revêt, c'est la réincarnation, dans la même famille, de la petite Alexandrine, fille du docteur Samona de Palerme, revenue une seconde fois après une mort prématurée. On retrouve en elle toutes les particularités morales et physiques très caractéristiques de sa courte vie précédente. Alexandrine raconte plusieurs souvenirs de cette existence, par exemple une excursion à Montréal, où elle a rencontré des prêtres grecs habillés de rouge, ce qui est peu commun en Sicile.

Cette deuxième naissance annoncée à l'avance par des manifestations d'esprits, quoique considérée par les parents comme impossible pour des causes pathologiques, se réalisa à jour fixe. Ces faits s'appuient sur toute une série d'attestations de témoins et d'amis relatant toutes les phases de ce phénomène.

Aujourd'hui, Alexandrine a 13 ans, écrit G. Delanne dans son dernier ouvrage[48] et on peut suivre en elle tout le développement des prémices indiquées par les Esprits.

Nous ne pouvons énumérer ici tous les cas de réincarnation annoncés à l'avance, tous les phénomènes de réminiscence des vies antérieures chez les enfants et les adultes, et ceux se rattachant à la régression hypnotique des souvenirs.

Mais indépendamment des faits d'ordre expérimental, autour de nous, que d'anomalies ne s'expliquent que par la notion des antériorités ; sur bien des visages nous pourrions en lire la démonstration. Ces femmes de formes lourdes, aux gestes masculins, ces hommes aux manières efféminées, comme nous en connaissons tous, ne sont-ils pas des esprits qui ont changé de sexe en se réincarnant ? Au sein du peuple, en dépit de la loi d'hérédité, toutes ces intelligences, ces talents, voire ce génie, qui surgissent parmi des familles, plutôt matérielles et grossières, ne sont-ils pas la manifestation de travaux et d'aptitudes antérieurs ? Le même problème s'attache à ces natures délicates et affinées, issues d'êtres frustes et involués.

Par contre, chez tels anarchistes, fauteurs de grèves, avides de bouleversement et de désordre, ne reconnaît-on pas d'anciens bourgeois égoïstes, condamnés à renaître parmi ceux qu'ils exploitaient jadis et à qui un vague instinct rend leur situation nouvelle insupportable ? Et combien d'autres contrastes, de bizarreries inexplicables en apparence, s'éclairent par la loi des renaissances. On peut retrouver César dans Napoléon, Virgile dans Lamartine, Vercingétorix en Desaix. Certains Esprits ajoutent même : Pompée dans Mussolini. Il est des individualités qui reparaissent à la suite des siècles de telle façon qu'on peut les reconnaître par l'originalité de caractères qui se dessinent avec la netteté d'une effigie, comme le profil d'une médaille antique.

Mais n'insistons pas, car ces comparaisons pourraient être la source de nombreux abus. Etant donnée cette hypertrophie du moi, qui est une maladie si répandue, trop de gens seraient tentés de voir en eux la réincarnation de quelque célébrité d'autrefois.

A chaque renaissance, le voile de la chair retombe sur la mémoire subconsciente, l'amas des souvenirs replonge au plus profond de l'être. Il n'y a d'exception que pour certains cas d'enfants et de personnages évolués qui peuvent extérioriser leurs facultés psychiques, comme nous l'avons vu précédemment. Mais pour la généralité des humains, l'oubli des vies antérieures est une règle, et c'est peut-être un bienfait de la nature, car, dans les mondes inférieurs et arriérés comme celui que nous habitons, le panorama des vies primaires est loin d'être réconfortant pour l'âme, trop mêlé d'angoisses, d'impressions douloureuses et humiliantes, de regrets superflus dont l'intensité paralyserait souvent notre action, affaiblirait notre initiative alors que nous sommes revenus ici-bas pour réparer et pour évoluer. Le détail des événements devient inutile et ce qui importe c'est de connaître la grande loi qui relie toutes nos existences et les rend solidaires les unes des autres.

Cette conception palingénésique nous paraît offrir le remède indispensable à l'état d'esprit de beaucoup de nos contemporains. En effet, un vent de pessimisme souffle à certains moments sur notre pays. On va jusqu'à douter de l'avenir de la France, de la possibilité de son relèvement, semant ainsi le découragement dans les âmes. Ce pessimisme est le fruit morbide du scepticisme matérialiste qui ronge, depuis un siècle, la société contemporaine. Notre littérature en porte en partie la responsabilité. On écrit beaucoup à notre époque, mais, parmi les auteurs, la plupart ne sentent pas que c'est un redoutable honneur de parler aux foules ignorantes et impressionnables. Ces écrivains ne semblent rien connaître de ce vaste monde invisible qui nous enveloppe et nous domine, rien de ces immenses réserves de forces et d'âmes qui, par la réincarnation, viennent sans cesse alimenter, entretenir et renouveler les courants de la vie humaine. C'est pourquoi cette étude de la Réincarnation s'impose, car sans elle, on ne peut résoudre aucun des problèmes qui touchent à l'existence et à l'évolution des êtres et des sociétés.

Suivant les éléments que la réincarnation nous apporte, le niveau moral s'abaisse ou s'élève. Quand elle amène sur notre globe les contingents des mondes inférieurs, le trouble s'accentue et l'humanité semble reculer. Mais, par elle aussi, aux heures de détresse, des individualités puissantes peuvent surgir pour diriger dans des voies plus sûres les pas hésitants de la caravane en marche.

C'est là ce qui se produit en ce moment dans notre pays. Des esprits évolués et d'autres d'un ordre élevé viennent y prendre place, au moyen des renaissances, dans un but de régénération. Ce mouvement va se poursuivre, disent nos Instructeurs invisibles, et, dans une vingtaine d'années, on pourra assister à une oeuvre de relèvement des peuples Occidentaux et particulièrement de la France.

Rien n'est donc désespéré. Les sombres pronostics, les jugements pessimistes, les craintes, les alarmes proviennent d'une conception insuffisante de l'existence à laquelle une science routinière impose les bornes restreintes de notre courte durée et de notre petit globe, tandis qu'en réalité, la vie possède des ressources infinies, puisqu'elle se déroule au sein des espaces d'où elle inspire, stimule et féconde la vie terrestre.

Si notre littérature, notre philosophie, notre politique, continuaient à s'inspirer des règles d'une science étroite et vieillie, si une compréhension générale de la vie évolutive et de ses lois ne venait pénétrer, imprégner, transformer l'âme humaine, il y aurait moins d'espoir de voir changer la situation morale et sociale de notre pays. C'est surtout la notion d'une vie unique qui a tout altéré, tout obscurci, et rendu incompréhensibles l'évolution de l'être et la justice de Dieu. Si la vie terrestre était aussi restreinte, nos études, nos progrès seraient perdus, et pour l'individu et pour l'humanité, tandis que, par la réincarnation, tout se perpétue, tout se renouvelle. Nous travaillons pour tous, et en travaillant pour tous nous travaillons pour nous-mêmes. Ainsi, rien ne se perd, les individus et les générations sont solidaires entre eux, solidaires à travers les siècles.

*

* *

Par l'exposé qui précède, on peut voir que tous les grands courants de la pensée antique philosophique et religieuse, touchant les hautes destinées de l'âme, après des vicissitudes séculaires se réveillent, se synthétisent et fusionnent dans le spiritualisme moderne sous la forme de la loi d'évolution par les vies renaissantes.

Toutes les grandes religions de l'Orient, y compris le christianisme ésotérique, la philosophie platonicienne et les principes de l'école d'Alexandrie se retrouvent en lui pour y rejoindre la tradition sacrée de l'Occident, celle de nos pères, les Celtes. Une grande oeuvre s'accomplit par-dessus nos têtes dont nous ne pouvons mesurer l'importance, mais dont les effets vont se répercuter à travers les siècles. Cette oeuvre de synthèse, qui représente la foi élevée, la foi supérieure de l'humanité en marche, ne pouvait se réaliser au sein des religions actuelles, mais seulement en dehors d'elles et par la science.

Le Catholicisme a perdu de vue sa mission salvatrice et régénératrice. Par des interprétations spécieuses, il a dénaturé la pure doctrine du Christ, surtout en ce qui touche l'avenir de l'homme et la justice de Dieu. Et cependant, c'est parmi ses adeptes que se répand plus facilement la notion de la pluralité des existences. Car on l'a vu, le purgatoire, bien mal défini par l'Eglise, pourrait très bien se concilier avec le rachat des fautes du passé au moyen des vies d'épreuves. Le protestantisme, de son côté, en supprimant la notion du purgatoire, avait fermé toute issue au principe des vies renaissantes.

N'était-ce pas une chose douloureuse, effrayante même à certains égards, que cette constatation : après tant de siècles de civilisation, l'incertitude pesant encore sur le problème de la destinée humaine ? La lumière qui a brillé dès les premiers temps de notre histoire, s'était évanouie. Il semblait que l'homme, en s'éloignant de la nature et de ses origines, allait s'enfoncer dans la nuit. C'est seulement aujourd'hui, grâce aux travaux de quelques penseurs ardents, que les premières lueurs d'une aube nouvelle viennent effleurer l'âme celtique endormie.

Pour tous ceux qui considéraient la variété et l'inégalité des conditions humaines, soit au point de vue des différences de races, de culture, de civilisation, soit en ce qui concerne la durée des existences, l'énigme de la vie restait indéchiffrable ; mais voici que, par la succession des existences de l'âme, tout s'enchaîne et s'harmonise dans une rigoureuse logique.

Le terrible problème de la douleur trouve là aussi sa solution, et l'on s'explique mieux que certains êtres connaissent la souffrance dès le berceau et la subissent jusqu'à la tombe.

Toutes ces vies obscures, tourmentées, douloureuses, sont autant de creusets où l'âme se dégage de ses impuretés, où le fiel se consume, où les passions du mal, par une divine alchimie, se transmuent peu à peu en passions du bien.

Sans doute, le progrès n'est pas toujours sensible, et l'âme souvent se révolte devant la souffrance, mais quand le temps d'épreuve est passé, on constate qu'il n'a pas été stérile et que l'âme en a bénéficié.

Il en est de même du problème du mal qui dans son ensemble n'est qu'un des aspects de la même question. Ce problème qui a suscité tant de discussions stériles était facilement résolu par les Druides : Dieu donne à l'homme une part de liberté proportionnelle à son degré d'évolution, et la liberté humaine a enfanté le mal. La première Triade énonce parmi les trois unités primitives « le point de liberté où s'équilibrent toutes les oppositions ».

Dieu n'aurait pu supprimer le mal sans supprimer la liberté, ce qui aurait entièrement faussé la loi d'évolution, et avec elle le principe vital, la raison même de l'univers. Le libre arbitre seul assure le libre jeu de l'initiative, de la volonté d'où découlent les mérites nécessaires pour acquérir les biens spirituels, but suprême de l'évolution. L'être par ses efforts doit conquérir à la suite des temps la sagesse, la science, le génie, et par eux le bonheur, la félicité, c'est-à-dire tout ce qui fait la grandeur, la beauté de la vie, car on n'apprécie vraiment, on ne goûte que ce que l'on acquiert par soi-même.

Si le mal semble dominer sur la terre, c'est que celle-ci constitue un degré intérieur de l'échelle des mondes, et que la plupart de ses habitants sont des esprits jeunes, encore ignorants, enclins aux passions. Mais à mesure qu'on s'élève sur la grande échelle cosmique, le mal s'atténue peu à peu, puis s'évanouit, et le bien se réalise en vertu même de la loi générale d'évolution.

Cette loi, nous allons en exposer les règles et le but au moyen des Triades sous leur forme concise en ce qui est relatif à Abred le cercle des transmigrations, et Gwynfyd le cercle des vies célestes. Les Triades 1 à 14 étaient reproduites au chapitre V, celles qui suivent, de 15 à 45, en sont le complément. Les Triades manquantes figurent aux points essentiels de cette oeuvre, où elles trouvent leur application.

Abred : 15. Trois sortes de nécessités dans Abred : le moindre de toute vie, et de là le commencement. La substance de chaque chose, et de là la croissance, laquelle ne peut s'opérer dans un état autre. La formation de chaque chose de la mort, et de là la débilité de la vie.

16. Trois choses qu'on ne peut exécuter que par la justice de Dieu : Tout souffrir en Abred, car sans cela on ne peut acquérir une science complète d'aucune chose. Obtenir une part en l'amour de Dieu. Aboutir par le pouvoir de Dieu à l'accomplissement de ce qui est le plus juste et miséricordieux.

17. Trois causes principales de la nécessité d'Abred : Recueillir la substance de toute chose. Recueillir la connaissance de toute chose. Recueillir la force morale pour triompher de toute adversité et du principe de destruction et pour se dépouiller du mal. Et sans elles, dans la traversée de chaque état de vie, il n'y a ni vivant ni forme qui puisse parvenir à la plénitude.

20. Trois nécessités d'Abred : Le dérèglement, car il n'en peut être autrement. L'affranchissement par la mort devant le mal et la corruption. L'accroissement de la vie et du bien par le dépouillement du mal en s'affranchissant de la mort. Et cela par l'amour de Dieu concernant toute chose.

21. Trois moyens de Dieu dans Abred pour triompher du mal et du principe de destruction en s'évadant devant eux en Gwynfyd : La nécessité, l'oubli, la mort.

22. Trois premières choses simultanément créées : L'homme, la liberté, la lumière.

23. Trois nécessités de l'homme : souffrir, se renouveler (progresser), choisir. Et par le pouvoir que donne la dernière, on ne peut connaître les deux autres avant leur échéance.

24. Trois alternatives de l'homme : Abred et Gwynfyd, nécessité et liberté, mal et bien, toutes choses étant en équilibre et l'homme ayant le pouvoir de s'attacher à l'un ou l'autre, suivant sa volonté.

26. Par trois choses l'on tombe en Abred, nécessairement, bien que par ailleurs l'on soit attaché à ce qui est bon : Par l'orgueil, le long d'Annoufn. Par la fausseté, le long de Gabien. Par la cruauté, le long de Kenmil, et l'on retourne de nouveau à l'humanité comme auparavant.

27. Trois causes justificatives de l'état d'humanité : Acquérir d'abord la science, l'amour et la force morale avant que la mort ne survienne. Et l'on ne peut le faire que par la liberté et le choix, donc pas avant l'état d'humanité. Ces trois choses sont nommées les trois victoires.

28. Trois victoires sur le mal et sur l'esprit mauvais : science, amour, pouvoir, car la vérité, la volonté et la puissance accomplissent par l'union de leur force tout ce qu'elles désirent, elles commencent dans l'état d'humanité et durent ensuite toujours.

29. Trois privilèges de l'état d'humanité : l'équilibre du mal et du bien, et de là la comparaison. La liberté du choix, et de là le jugement et la préférence. Le commencement de puissance qui dérive du jugement et du choix, et ils sont nécessaires avant d'accomplir quoi que ce soit.

Gwynfyd : 30. Trois différences nécessaires entre l'homme, toute autre créature et Dieu : La limite de l'homme alors qu'on n'en saurait trouver à Dieu. Le commencement de l'homme alors qu'on n'en saurait trouver à Dieu. Les renouvellements (progrès) nécessaires de l'homme dans le cercle de Gwynfyd, du fait qu'il ne peut supporter l'éternité de Ceugant alors que Dieu supporte tout état avec félicité.

31. Trois formes suprêmes de l'état de Gwynfyd : Sans mal, sans besoin, sans fin.

32. Trois restitutions du cercle de Gwynfyd : Le génie primitif. L'amour primitif. La mémoire primitive, car sans cela il n'y a point de félicité.

33. Trois différences entre tout vivant et les autres vivants : Le génie. La mémoire. La connaissance, c'est-à-dire que tous trois sont pleins en chacun et ne peuvent lui être commun avec un autre vivant, chacun à sa mesure, et il ne peut y avoir deux plénitudes de nulle chose.

34. Trois dons de Dieu à tout vivant : La plénitude de sa race. La conscience de son humanité. Le dégagement de son génie primitif par rapport à tout autre, et par là chacun diffère des autres.

35. Par la compréhension de trois choses l'on diminue le mal et la mort et l'on triomphe : Celle de leur nature. Celle de leur cause. Celle de leur action. Et on les trouve au Gwynfyd.

36. Trois fondements de la science : le renouvellement de la traversée de chaque état de vie. Le souvenir de chaque transmigration et de ses incidents. Le pouvoir de traverser chaque état de vie pour expérience et jugement, et cela se trouve au cercle de Gwynfyd.

37. Trois distinctions de tout vivant dans le cercle de Gwynfyd : L'inclination (ou vocation). La possession (ou privilège), et le génie, et deux vivants ne peuvent être primitivement semblables en rien, car chacun est comble en ce qui le distingue et rien n'est comble sans qu'il n'eût sa mesure entière.

38. Trois choses impossibles, sauf à Dieu : Supporter l'éternité de Ceugant. Participer à toute condition sans se renouveler. Améliorer et renouveler toute chose sans le faire avec perte (à ses dépens).

39. Trois choses qui ne disparaîtront jamais à cause de la nécessité de leur puissance : La forme de l'être. La substance de l'être. La valeur de l'être, car par l'affranchissement du mal elles seront éternellement soit vivantes, soit inanimées, dans les divers états du beau et du bien dans le cercle de Gwynfyd.

40. Trois biens suprêmes résultant des renouvellements de la condition humaine dans le Gwynfyd : L'instruction. La beauté. Le repos par son inaptitude à supporter Ceugant et son éternité.

41. Trois choses en croissance : Le feu ou la lumière. L'intelligence (ou la conscience) ou la vérité. L'âme ou la vie. Elles triomphent de tout et de là la fin d'Abred.

42. Trois choses en décroissance : L'obscurité. Le mensonge. La mort.

43. Trois choses se renforcent de jour en jour, car la plus grande somme d'efforts va sans cesse vers elles : L'amour. La science. La Toute-justice.

44. Trois choses s'affaiblissent chaque jour, car la plus grande somme d'efforts va contre elles : La haine. La déloyauté. L'ignorance !

45. Les trois plénitudes du bonheur de Gwynfyd : Participer de toute qualité avec une perfection principale. Posséder toute espèce de génie avec un génie prééminent. Embrasser tous les êtres dans un même amour avec un amour en première ligne, savoir l'amour de Dieu, et c'est en cela que consiste la plénitude du ciel et de Gwynfyd.

(Traduction du gaëlique de Llevelyn Sion.)

On le voit, par leur forme concise et leur sens profond, ces Triades constituent une oeuvre originale et puissante qui ne peut être considérée comme l'invention de penseurs isolés, mais plutôt comme l'expression synthétique du génie d'une race entière. Elles se rattachent à des vérités d'ordre éternel, et peut-être fallait-il l'incubation des siècles pour en faire comprendre toute la portée. Elles surgissent de l'ombre à une heure historique où l'idéal s'affaiblit pour rendre à notre pays sa foi en lui-même, la confiance en sa destinée, et devenir ainsi l'instrument d'une civilisation plus haute, plus noble, plus digne.

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La loi des réincarnations, ce retour des âmes sur la terre, suscite des objections auxquelles il est nécessaire de répondre, des craintes qu'il importe de dissiper. Parmi ceux qui interrogent, les uns redoutent de ne plus retrouver dans l'au-delà les êtres qu'ils ont aimés ici-bas. On se demande si, en vertu de cette loi, nous serons séparés des membres actuels de nos familles et obligés de poursuivre isolément notre lente et pénible évolution. D'autres sont effrayés à la perspective de reprendre la tâche terrestre, après une vie laborieuse semée d'épreuves et de maux. Hâtons-nous de les rassurer !

La réincarnation est rapide, le séjour de l'esprit dans l'espace de courte durée, seulement dans les cas d'enfants morts en bas âge. Leur tentative pour reparaître sur la scène terrestre ayant échoué - presque toujours pour des causes physiologiques dues à la mère - cette tentative sera renouvelée dès que les conditions favorables se présenteront dans le même milieu. Au cas contraire, l'esprit se réincarnera à proximité de ce milieu, c'est-à-dire chez des parents ou amis, de façon à rester en rapports avec ceux qu'il avait choisis en vertu d'une attirance résultant de liens antérieurs, de forces affectives constituant une certaine affinité fluidique.

Les Esprits forment des familles nombreuses dont les membres se suivent à travers leurs multiples réincarnations. Tandis que les uns poursuivent sur le plan matériel leur éducation, leur évolution, les autres restent dans l'espace pour les protéger dans la mesure de leurs moyens, les soutenir, les inspirer, les attendre, afin de les recevoir à l'issue de la vie terrestre. Plus tard, ceux-ci renaîtront à la vie humaine et, à leur tour, de protecteurs redeviendront protégés. La durée du séjour dans l'espace est très variable, et, suivant le degré d'évolution, peut embrasser plusieurs siècles ou durer seulement quelques dizaines d'années pour les Esprits ambitieux de progresser.

Il y a toujours corrélation entre la vie terrestre et celle de l'espace. La famille visible est toujours liée à la famille invisible, même à son insu. Les affections, les sentiments provenant de liens établis au cours des existences successives, se transmettent d'un plan à l'autre avec d'autant plus d'intensité que l'état vibratoire des êtres qui composent ces familles est plus subtil. L'union parfaite qui règne dans certaines familles s'explique par de nombreuses vies communes. Leurs membres ont été rapprochés par une attraction spirituelle, une adaptation de pensée identique, des goûts et des aspirations de même ordre et cela à des degrés divers.

Il est facile de reconnaître dans une famille celui qui s'y incarne par exception et pour la première fois, soit pour s'y perfectionner intellectuellement et moralement au contact d'êtres plus avancés, soit, au contraire, pour servir d'exemple, de modèle, d'entraîneur à des esprits arriérés, et, en même temps, pour les aider à supporter les épreuves que la destinée leur réserve, ce qui devient une mission, une tâche méritoire. Dans certains cas, le contraste est si frappant entre les caractères, la manière de penser et d'agir, si frappant que des personnes non initiées en viennent à proférer ce jugement : Celui-là n'est pas de la famille, on pourrait croire qu'il a été changé en nourrice !

Dès la vie de l'espace, des engagements sont pris entre certains Esprits de se réincarner dans les mêmes milieux pour y poursuivre une évolution commune. D'autres âmes évoluées acceptent le rôle pénible de descendre dans les foyers matériels pour y dissiper, par leurs radiations, les éléments grossiers qui dominent dans ces milieux, et cet acte d'abnégation sera pour elles un nouveau mobile d'avancement.

On nous interroge sur les différences de races et leurs rapports avec l'évolution. Les Esprits disent, à ce sujet, que chaque région du globe attire de l'espace, des fluides en harmonie avec les effluves qui se dégagent du sol. Il en résulte que les Esprits qui renaissent dans ces régions auront des goûts, des aspirations différents. Par exemple, les noirs recevront des fluides propres à développer leur vitalité physique, car leur esprit primitif a besoin de se sentir dans une enveloppe solide.

Chez les Orientaux, les Japonais par exemple, l'évolution terrestre est plus achevée, les corps sont petits, la sensibilité plus développée, la perception de l'au-delà plus nette. Le mysticisme est né. Le périsprit du Japonais, d'une grande subtilité, vibrera plus puissamment que celui du Sénégalais.

Chez les Occidentaux, en général, l'évolution n'a pas toujours été uniforme. Elle a varié suivant les pays. Les montagnards et les marins, sous des formes plus rudes, ont gardé un certain fond d'idéalisme ou un esprit religieux. Ce sont là deux types humains dont les aspirations se portent plus directement vers le monde supérieur, parce qu'ils communient avec la nature.

Il ne faut pas s'étonner si un Esprit, dans sa courte évolution, éprouve parfois le besoin de changer de milieu pour acquérir les qualités ou les connaissances qui lui manquent encore. Mais, ces mêmes êtres, revenus dans l'espace, y retrouvent aussitôt les éléments spirituels dont ils s'étaient éloignés pour un temps et dont ils avaient gardé le souvenir. Déjà, dans le sommeil, l'être incarné se rapproche de ses amis de l'espace et revit quelques instants leur vie passée, mais, au réveil, cette impression s'efface, car elle serait de nature à le troubler et à diminuer son libre arbitre.

Si l'on s'écarte, pour un temps, de sa famille terrestre, on n'abandonne jamais sa famille spirituelle, et, lorsque la famille humaine a évolué et qu'elle est parvenue à un plan fluidique supérieur, l'action inverse se produira, et, c'est elle à son tour, qui attirera dans l'espace l'esprit moins avancé. La loi d'évolution de l'être à travers ses vies renaissantes est admirable, mais l'intelligence humaine n'en peut entrevoir qu'un pâle reflet.

Les enseignements contenus dans ces pages ne sont pas une oeuvre d'imagination. Ils émanent de messages d'esprits obtenus par tous les procédés médiumniques et recueillis en tous pays. Jusqu'ici, nous n'avions sur les conditions de la vie dans l'au-delà que des hypothèses humaines, soit philosophiques, soit religieuses. Aujourd'hui, ceux qui vivent cette vie nous la décrivent eux-mêmes et nous entretiennent des lois de la réincarnation. En effet, que sont les quelques exceptions signalées dans les milieux anglo-saxons, et dont le nombre se restreint chaque jour en présence de la masse énorme de documents, de témoignages concordants recueillis depuis l'Amérique du Sud jusqu'aux Indes et au Japon ?

Ce n'est plus, comme dans le passé, un penseur isolé ou même un groupe de penseurs, qui vient montrer à l'humanité la route qu'il croit vraie ; c'est le monde invisible tout entier qui s'ébranle et fait effort pour arracher la pensée humaine à ses routines, à ses erreurs, et lui révèle, comme au temps des druides, la loi divine d'évolution. Ce sont nos propres parents et amis décédés qui nous exposent leur situation, bonne ou mauvaise, et la conséquence de leurs actes au cours d'entretiens riches en preuves d'identités.

Je possède sept gros volumes de communications reçues dans le groupe que j'ai longtemps dirigé et qui répondent à toutes les questions que l'inquiétude humaine pose à la sagesse des invisibles. Les Esprits guides nous instruisaient au moyen de médiums divers qui ne se connaissaient pas toujours entre eux, et surtout par des dames peu lettrées, bourrées de préjugés catholiques et peu portées vers la doctrine des réincarnations. Or, tous ceux qui, depuis, ont consulté ces archives, ont été frappés par la beauté du style, ainsi que par la profondeur des idées émises.

Peut-être ces messages seront-ils publiés un jour. Alors, on verra que, dans mes oeuvres, je ne me suis pas inspiré seulement de mes propres vues, mais surtout de celles de l'au-delà. On reconnaîtra, sous la variété des formes, une grande unité de principes et une parfaite analogie avec les enseignements obtenus des Esprits guides en tous milieux, et dont Allan Kardec s'est inspiré pour tracer les grandes lignes de sa doctrine.

Depuis la guerre, nos Instructeurs ont continué à se manifester par différents médiums. A travers ces organismes divers, la personnalité de chacun d'eux s'est affirmée par son caractère propre, par une originalité tranchée, en un mot, de façon à écarter toute possibilité de simulation. On peut suivre d'année en année, dans la Revue spirite, la quintessence des enseignements qui nous furent donnés sur des sujets toujours substantiels et élevés.

Puis, aux approches du Congrès de 1925, ce fut le grand Initiateur lui-même qui vint nous assurer de son concours et nous éclairer de ses conseils. Aujourd'hui encore c'est lui, c'est Allan Kardec qui nous incite à publier cette étude sur la Réincarnation.

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Jusqu'ici nous n'avons pas beaucoup insisté sur le principal argument que l'on évoque contre la doctrine des préexistences, c'est-à-dire l'oubli des vies antérieures. Cet argument a été réfuté en détail dans presque tous nos ouvrages[49]. Cet oubli, nous l'avons vu, n'est pas aussi général qu'on le prétend et si la plupart des hommes se livraient à une étude attentive de leur propre psychologie, ils y trouveraient facilement des traces de leurs vies passées.

Ainsi que le démontre M. Bergson dans son beau livre l'Evolution créatrice, cet argument n'est pas concluant. Dès la vie actuelle, et surtout dans l'état somnambulique, opposé à l'état normal, il se produit des éclipses de mémoire qui rendent compréhensible l'effacement des souvenirs lointains. Tous les spirites savent que cet oubli de notre passé n'est que temporaire et accidentel.

Pour peu que l'esprit soit évolué, le souvenir intégral se reconstituera dans l'au-delà et même au cours de cette existence, pendant le sommeil. A l'état de dégagement il pourra ressaisir l'enchaînement des causes et des effets qui forme la trame de sa destinée. C'est seulement dans la période de lutte matérielle que le souvenir s'efface, précisément pour nous laisser la plénitude de notre libre arbitre, indispensable pour surmonter les difficultés, les épreuves terrestres et en recueillir tous les fruits.

En somme, l'oubli des vies passées doit être considéré comme un bienfait pour la majorité des âmes humaines au point peu élevé de leur évolution. Le souvenir serait souvent pour elle inséparable de révélations humiliantes et de regrets cuisants comme des brûlures. Au lieu de s'hypnotiser sur un mauvais passé, c'est vers l'avenir qu'il convient de fixer le but de nos efforts et l'élan de nos facultés.

Le proverbe ne dit-il pas qu'en mettant la main à la charrue on ne doit pas regarder en arrière ? En effet, pour tracer bien droit son sillon, c'est-à-dire pour affronter et poursuivre le combat de la vie avec quelque avantage, il ne faut pas être obsédé par le cortège des mauvais souvenirs.

C'est plus tard seulement, dans la vie de l'espace, et surtout sur les plans supérieurs de l'évolution, que l'âme humaine, affranchie du joug de la chair, délivrée du lourd capuchon de matière qui restreint ses perceptions, peut embrasser sans défaillance, sans vertige, le vaste panorama de ses existences planétaires. Alors elle a acquis la maturité nécessaire pour discerner, par sa raison et son savoir, le lien qui les relie toutes, les résultats recueillis, en dégager les enseignements qu'ils comportent. C'est ce que dit la Triade 19 :

Il y a trois premières nécessités avant de parvenir à la plénitude de la science : Traverser Abred, traverser Gwynfyd, se souvenir de toute chose jusque dans Annoufn.

Tel est le jugement particulier, l'inventaire moral de l'âme évoluée qui, à l'issue de ses existences, passe en revue la longue suite de ses étapes à travers les mondes. Dans sa sensibilité accrue, dans son expérience, sa sagesse, sa raison agrandies, elle juge de haut toutes choses. Et dans ses souvenirs, suivant leur nature, elle retrouve des causes de joie, ou de souffrance. Sa conscience affinée scrute les moindres replis de sa mémoire profonde. Devenue l'arbitre infaillible, elle prononce sans appel, approuve ou condamne, et parfois, à titre de réparation, sous l'inspiration divine, elle décide et s'impose les renaissances sur les mondes de la matière et de la douleur, c'est ce qu'atteste la Triade 18 : Trois calamités primitives d'Abred : la nécessité, l'oubli, la mort.

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En terminant ce chapitre nous insisterons encore sur l'importance du mouvement spiritualiste actuel qui n'est en réalité qu'un réveil des traditions de notre race celtique. Pour rendre sa vie pleine, entière, féconde, tout homme doit en comprendre le sens profond et en discerner le but, car, soit par la réflexion, soit par une sorte d'instinct, c'est l'idée qu'il s'en fait qui domine toute son existence, inspire ses actes, les oriente vers des objectifs bas ou élevés.

Il en résulte que cette notion essentielle devrait prendre place dans toute éducation humaine, mais ni l'école, ni l'Eglise, ne nous donnent sur ce sujet capital des indications nettes et précises. De là, en grande partie, le trouble moral et la confusion d'idées qui règnent dans notre société.

Si nous connaissions tous la règle souveraine des êtres et des choses, la loi et la conséquence des actes, leur répercussion sur la destinée, si nous savions que l'on récolte toujours ce que l'on a semé, les réformes sociales seraient plus faciles et la face du monde serait vite changée. Mais la plupart des hommes absorbés par des tâches, par des préoccupations matérielles, privés des loisirs nécessaires pour cultiver leur intelligence et leur coeur, parcourent la vie comme à travers un brouillard. La mort n'est à leurs yeux qu'un épouvantail, dont ils écartent avec effroi la pensée importune. Aussi quand viennent les jours d'épreuves, si le vent souffle en tempête, ils se trouvent vite désemparés.

C'est ce qui se produit à notre époque. Pour arracher l'homme aux lourdes influences matérielles qui l'oppriment il fallait de graves événements, des crises douloureuses, qui en lui montrant le caractère précaire, instable de la vie terrestre, devaient abattre son orgueil et l'obliger à porter plus loin ses regards, à fixer plus haut ses buts. Ce serait tout profit pour l'humanité, si les temps d'épreuves que traverse actuellement notre civilisation devaient l'éclairer sur ses tares et ses vices et lui apprendre à les guérir.

N'est-ce pas une coïncidence frappante, qu'au moment même où les croyances religieuses pâlissent de plus en plus, où le matérialisme étale sous nos yeux ses effets destructeurs, une révélation d'en haut se répande sur le globe par des milliers de voix, offrant une doctrine, un enseignement rationnel et consolateur à tous les chercheurs de bonne foi ?

Le spiritisme est le plus grand et solennel mouvement de la pensée qui se soit produit depuis l'apparition du Christianisme. Non seulement, par l'ensemble de ses phénomènes, il nous apporte la preuve de la survivance, mais, au point de vue philosophique, ses conséquences sont non moins vastes. Avec lui, l'horizon s'éclaire, le but de la vie se précise, la conception de l'univers et de ses lois s'élargit, le sombre pessimisme s'évanouit pour faire place à la confiance, à la foi en des destinées meilleures.

Le spiritisme peut donc révolutionner tous les domaines de la pensée et de la connaissance. Au lieu des compartiments étroits où ils se trouvaient confinés, il leur ouvre de larges issues vers l'inconnu, vers l'inexploré. Par l'étude de l'être dans son moi profond, dans ce monde interne où s'accumulent tant d'impressions et de souvenirs, le spiritisme crée une psychologie nouvelle autrement large et variée que la psychologie classique.

Jusqu'ici, nous ne connaissions que la partie la plus grossière, la plus superficielle de notre être. Le spiritisme nous le montre comme un réservoir de forces cachées, de facultés en germe que chacun de nous est appelé à mettre en valeur, à développer à travers les temps. Par les méthodes hypnotiques ou magnétiques il deviendra possible de remonter jusqu'aux origines de l'être en reconstituant l'enchaînement des existences et des souvenirs, la série des causes et des effets qui sont comme la trame de notre propre histoire. Nous apprendrons que l'être crée lui-même sa personnalité, sa conscience au cours d'une évolution qui le porte de vie en vie vers des états meilleurs. Et par là s'affirme notre liberté qui grandit avec notre élévation et fixe les causes déterminantes de notre destinée, heureuse ou malheureuse, suivant nos mérites. Dès lors, plus de ces débats stériles auxquels nous assistons depuis longtemps, et qui proviennent de l'insuffisance de nos vues et du champ trop restreint de nos observations dans cette vie fugitive et sur ce monde chétif, parcelle infinie du Grand Tout.

En un mot, l'être nous apparaît sous des aspects plus nobles et plus beaux portant en lui tout le secret de sa grandeur future et de sa puissance radiante. Avec la culture de cette science, un jour viendra où tout homme pourra lire clairement en lui-même la règle souveraine de sa vie et de son avenir. Et de là découleront de vastes conséquences sociales. La notion des devoirs et des responsabilités se précisera. A la place des doutes, des incertitudes et du pessimisme actuels, l'espérance se dégagera de la connaissance de notre nature impérissable et de nos destinées sans fin.

On peut donc dire que l'oeuvre du spiritisme est double : sur le plan terrestre elle tend à réunir et à fondre dans une synthèse grandiose toutes les formes, jusqu'ici disparates et souvent contradictoires, de la pensée et de la science. Sur un plan plus large il unit le visible à l'invisible, ces deux formes de la vie, qui, en réalité, se pénètrent et se complètent depuis le principe des choses. Dans ce but il démontre que notre monde et l'Au-delà ne sont pas séparés, mais sont l'un dans l'autre, constituant ainsi un tout harmonique.

CHAPITRE IX
-
RELIGION DES CELTES, LE CULTE, LES SACRIFICES, L'IDEE DE
LA MORT

L'oeuvre des Druides, dont nous venons de tracer les grandes lignes, démontre déjà toute l'étendue de leur science, de leur érudition. Mais ce n'est pas seulement dans leur doctrine que court le souffle puissant de l'inspiration, c'est aussi leur religion, leur culte qui révèle un sens profond du monde invisible et des choses divines. A ce point de vue il importe de réfuter les critiques et les erreurs sous lesquelles on a voulu submerger le druidisme.

Comme l'attestent des historiens tels que A. Thierry, Henri Martin, Jean Reynaud, toute la grandeur du génie celtique se montre dans cette oeuvre. A la base de l'institution druidique on retrouve ces deux principes qui rayonnent sur la société gauloise et en font mouvoir tous les rouages : l'égalité, le droit électoral.

Tout Gaulois pouvait devenir druide, la naissance ne donnait aucun droit à ce titre - car l'ancienne Gaule n'a jamais connu l'hérédité. Pour l'acquérir, pour obtenir l'initiation, il fallait justifier de mérites personnels et de lentes et patientes études, car les Celtes plaçaient l'instruction au premier rang social et cela seul suffirait à écarter l'accusation de barbarie que l'on adresse si légèrement à nos ancêtres.

Les renseignements que nous donnons sur l'organisation du Druidisme proviennent en grande partie des auteurs latins et grecs au nombre de dix-huit, soit philosophes, historiens, soit géographes et poètes.

En dehors de César, dont nous avons déjà parlé, citons Aristote et Cétion, Diogène Laërce, Posidonius, Cicéron, vers l'an 44[50], Diodore de Sicile (en 30), Timogène vers l'an 14 dans une Histoire de la Gaule dont Ammien Marcellin nous a conservé un extrait. Strabon 20 ans après Jésus-Christ ; Pomponius Mela, 20 ans plus tard ; Lucain entre 60 et 64 ; Pline le naturaliste vers l'an 77 ; Tacite vers 95 ; Suétone, fin du I° siècle ; Dion Chrysostome, au commencement du II°. Nous compléterons par les indications de ceux de nos guides spirituels qui ont vécu à l'époque celtique.

Le chef des Druides était élu par la corporation entière et investi d'un pouvoir absolu. C'est lui qui tranchait les différends entre les tribus turbulentes, agitées, souvent prêtes à recourir aux armes. Au-dessus des rivalités de clans cette institution représentait la véritable unité de la Gaule. Toute l'élite juvénile de la nation se groupait autour de ces philosophes, avide de recevoir leurs enseignements qui se donnaient loin des villes, au sein des enceintes sacrées.

Non seulement les Druides rendaient la justice dans les tribus, mais ils prononçaient encore sur les causes graves dans une assemblée solennelle qui se réunissait tous les ans au pays de Chartres. Cette assemblée avait en même temps un caractère politique. Chaque république gauloise y envoyait ses délégués.

Le génie religieux des Celtes avait établi trois formes superposées de croyances et de culte en rapport avec le degré d'aptitude et de compréhension des Gaulois. C'était d'abord le culte des Esprits des morts, à la portée de tous et que tous pratiquaient, car les voyants et médiums étaient nombreux à cette époque. Puis le culte populaire des demi-dieux ou esprits protecteurs des tribus, symboles des forces de la nature ou des facultés de l'esprit, ce culte avait surtout un caractère local. Enfin le culte de l'esprit divin, source et créateur de la vie universelle qui domine et régit toutes choses, et dont les oeuvres sont le principal objet des études et recherches des Druides et des initiés.

En réalité, le polythéisme gaulois, qu'on leur reproche comme une idolâtrie, n'était que la représentation d'esprits tutélaires, guides, protecteurs des familles et des nations dont nous pouvons constater aujourd'hui, par des faits, l'existence et l'intervention aux heures nécessaires. Il en fut de même dans toutes les religions antiques et les croyances des peuples qui plaçaient au rang des dieux les esprits de ceux qui s'étaient distingués par leurs mérites et leurs vertus. La foule a besoin de croire à des intermédiaires entre elle et le Dieu infini et éternel qu'elle se figure bien éloigné, alors que nous sommes tous plongés en Lui, suivant la parole de saint Paul. En tous pays, d'innombrables êtres symboliques enfantés par l'imagination des premiers hommes sont, sous des formes matérielles, gracieuses ou terribles, l'expression vivante de leurs craintes et de leurs espérances.

Les druides, disions-nous, enseignaient l'unité de Dieu. Les Romains, pervertis en ces choses, ont confondu les personnages secondaires du ciel gaulois, les personnifications symboliques des puissances naturelles et morales avec leurs propres dieux. Le Panthéon gaulois présente plus de fraîcheur et de beauté que les dieux fanés de l'Olympe. Le Teutatès gaulois n'était qu'une représentation des forces supérieures. Gwyon, celle de la science et des arts ; Esus, le symbole de la vie et de la lumière. D'autres, comme Hu-Kaddarn, chef de la grande migration Kymris, n'étaient que des héros glorifiés. Mais dans ce Panthéon on ne rencontrait pas les dieux du mal, les idoles d'Egypte et de Rome. On n'y voyait pas de dieux infâmes, de Jupiter adultère, de Vénus impudique, de Mercure corrompu. On n'y rencontrait point ce cortège immonde des Bacchus, des Priape, c'est-à-dire des vices déifiés. On n'y connaissait que la sagesse, la vertu, la justice. Et plus haut, au-dessus de ces forces intellectuelles et morales, resplendissait le foyer d'où elles émanent toutes, la puissance infinie et mystérieuse que les Druides adoraient au pied des monuments de granit dans la solitude des forêts. Ils disaient que l'ordonnateur de l'immense univers ne saurait être enfermé entre les murailles d'un temple, que le seul culte digne de lui devait s'accomplir dans les sanctuaires de la nature, sous les voûtes sombres des grands chênes, au bord des vastes océans. Ils affirmaient que Dieu était trop grand pour être représenté par des images, sous des formes façonnées par la main de l'homme. C'est pourquoi ils ne lui consacraient que des monuments de pierre brute, ajoutant que toute pierre taillée était une pierre souillée.

Ainsi, tous les symboles religieux des Druides étaient empruntés à la nature vierge, libre. Le chêne était l'arbre sacré, son tronc colossal, ses puissants rameaux en faisaient l'emblème de la force et de la vie. Le gui, que l'on en détachait avec pompe, le gui, toujours vert, même quand la nature sommeille, lorsque les végétaux semblent morts, le gui était à leurs yeux l'emblème de l'immortalité et en même temps un principe régénérateur et curatif.

Ces rites du Druidisme, ce culte sobre et grand n'avaient-ils pas quelque chose d'imposant ? Les hautes futaies de chênes, le gui renaissant sur les troncs vermoulus, les grands rocs debout au bord de l'Océan étaient autant de symboles de l'éternité des temps et de l'infini des espaces.

Le catholicisme semble avoir emprunté au culte druidique ce qu'il a de plus noble et de plus beau. Les piliers et les nefs des cathédrales gothiques sont l'imitation des troncs élancés et des rameaux des géants de la forêt ; l'orgue, par ses sons, rappelle le bruit du vent dans le feuillage ; l'encens c'est la vapeur qui s'élève des plaines et des bois aux premiers rayons du soleil.

Le druidisme était le culte de l'immuable, de ce qui demeure, en un mot le culte de la Nature infinie, de cette nature féconde dans le sein de laquelle tout esprit se retrempe, se virilise, retrouve des forces nouvelles.

Pour nous, comme pour nos pères, les spectacles qu'elle offre sont autant de sources de méditations salutaires, d'enseignements par lesquels se révèle le Dieu immense, éternel, que les Celtes ont adoré, Dieu, âme du Monde, Moi conscient de l'Univers, foyer suprême vers qui convergent tous les rapports et d'où rayonnent à travers les espaces sans limites et les temps sans bornes toutes les puissances morales : l'Amour, la Justice, la Vérité, l'infinie Bonté !

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Pourtant, une ombre s'étend sur le druidisme. L'histoire nous apprend que des sacrifices humains s'accomplissaient sous les grands chênes, le sang coulait sur les tables de pierre. Peut-être est-ce là l'erreur capitale, le côté imparfait de ce culte, si grand à d'autres points de vue. N'oublions pas cependant que toutes les religions, à leur origine, tous les cultes primitifs trempent dans le sang.

Encore aujourd'hui, chaque matin et sur tous les points du monde catholique, est-ce que le sang du Christ ne jaillit pas sur l'autel à la voix du prêtre ? En effet, aux yeux des croyants, ce n'est pas là une simple image, c'est le corps même et le sang du grand crucifié qui leur sont offerts. Le dogme de la présence réelle est pour eux absolu. Si quelque doute subsiste dans certains esprits, méditons ces paroles de Bossuet :

« Pourquoi les Chrétiens ne connaissent-ils plus la sainte frayeur dont on était saisi autrefois à la vue du sacrifice ? Est-ce qu'il a cessé d'être terrible ? Est-ce que le sang de notre victime n'y coule pas encore aussi véritablement que sur le Calvaire[51] ? »

En dehors du sanglant sacrifice de la messe, faut-il rappeler aussi les supplices et les bûchers de l'Inquisition, toutes ces immolations qui ne sont pas seulement des attentats à la vie, mais aussi des outrages à la conscience ?

Ces sacrifices ne sont-ils pas plus odieux que ceux des Druides où ne figuraient que des criminels et des victimes volontaires ? Il faut se rappeler que les Druides étaient à la fois magistrats et justiciers. Les condamnés à mort, les meurtriers étaient offerts en holocaustes à Celui qui était pour eux la source de la justice.

C'était un acte sacré et, pour le rendre plus solennel, pour permettre au condamné de rentrer en lui-même et de s'y préparer par le repentir, ils laissaient toujours un intervalle de cinq ans entre la sentence et l'exécution. Ces cérémonies expiatoires n'étaient-elles pas plus dignes que les exécutions de nos jours où nous voyons un peuple qui se prétend civilisé passer les nuits autour des échafauds, attiré par l'appât d'un spectacle hideux et d'impressions malsaines ?

Les sacrifices volontaires chez les Gaulois revêtaient aussi un caractère religieux. Leurs sentiments profonds de l'immortalité les rendaient faciles à nos pères. L'homme s'y offrait comme une vivante hostie pour la famille, pour le pays, pour le salut de tous. Mais tous ces sacrifices étaient tombés en désuétude et devenus bien rares au temps de Vercingétorix. On se contentait au lieu de donner la mort de tirer quelques gouttes de sang aux fidèles étendus sur la pierre des dolmens.

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Une des caractéristiques de la philosophie celtique, c'est l'insouciance de la mort. A ce point de vue, la Gaule était un objet d'étonnement pour les peuples païens, lesquels ne possédaient pas au même degré la notion de l'immortalité. Nos pères, ne redoutant pas la mort, assurés de revivre au-delà du tombeau, étaient affranchis de toute crainte.

Dans aucune croyance, on ne trouve un sentiment aussi intense de l'invisible et de la solidarité qui relie le monde des vivants à celui des esprits. Tous ceux qui quittaient la terre étaient chargés de messages destinés à des défunts. Diodore de Sicile nous a conservé ce trait précieux : « Dans les funérailles ils déposent des lettres écrites aux morts par leurs parents afin qu'elles leur soient transmises. » La communication des deux mondes était chose courante. Pomponius Méla, Valère Maxime et tous les auteurs latins que nous avons cités disent que chez les Gaulois « on se prêtait de l'argent à se rembourser dans l'autre monde ».

Si, à l'exemple de nos ancêtres, nous considérions la mort comme un voile, un simple rideau qui descend sur la route que nous parcourons, voile d'un grand effet pour notre regard qu'il arrête, mais impuissant à suspendre notre marche qui continue toujours, si nous comprenions qu'il ne s'agit que d'abandonner ce corps usé pour nous retrouver dans notre enveloppe fluidique permanente, cette mort, si redoutable pour ceux qui voient en elle le néant, n'aurait plus rien d'effrayant pour nous.

Les Druides, disions-nous, avaient une connaissance étendue de la pluralité des mondes. Leur foi en l'immortalité leur montrait les âmes, délivrées des liens terrestres, parcourant les espaces, rejoignant les amis, les parents partis avant elles, visitant avec eux les archipels stellaires, les sphères sans nombre où s'épanouissent la vie, la lumière, la félicité.

Quels spectacles, quelles merveilles, s'offrent à la vue sur ces mondes lointains, quelles variétés de sensations à recueillir dans ces Univers ! Et ces âmes poursuivent leur voyage dans l'immensité, jusqu'à ce que, soumises à l'éternelle loi, reprenant des organes nouveaux, elles se fixent sur un de ces mondes pour coopérer par le travail à son avancement, à ses progrès. En face de ces horizons immenses, comme notre terre se rapetisse, et peut-on redouter la mort devant de telles perspectives ?

Les Gaulois ne connaissaient donc pas les enfers sinistres, ni les paradis tout d'immobilité. Les vies d'outre-tombe étaient pour eux pleines d'activité, fécondées par un constant labeur, des vies où la personnalité, la liberté de l'être se développaient et se perfectionnaient sans cesse.

C'est ce que dit Lucain aux Druides, dans le premier chant de la Pharsale : « Pour vous les ombres ne s'ensevelissent pas dans les sombres royaumes de Pluton, mais l'âme s'envole animer d'autres membres dans des mondes nouveaux. La mort n'est que le milieu d'une longue vie. Heureux les peuples qui ne connaissent pas la crainte du trépas. De là leur héroïsme au milieu des sanglantes mêlées et leur mépris de la mort. »

Horace définissait la Gaule en ces termes : « La terre où l'on n'éprouve pas la terreur de la mort. »

N'y a-t-il pas un contraste frappant entre cette mâle et fortifiante croyance et l'idée de l'éternité des supplices ou celle non moins accablante de l'anéantissement absolu ? La foi en la survivance était l'essence même du druidisme, et de cette vue découlait tout un ordre social et politique fondé sur les principes d'égalité, de liberté morale.

Cette même foi inspirait aussi des pratiques, des cérémonies funéraires assez différentes des nôtres. Nous, modernes, nous avons pour notre corps une complaisance infinie ; les Gaulois, eux, considéraient les cadavres comme des outils brisés, s'empressaient de les faire disparaître. Souvent ils brûlaient les corps, en recueillaient la cendre dans des urnes. Nous poussons la crédulité jusqu'à croire avec le catholicisme que notre âme est liée à ces résidus et qu'un jour elle ressuscitera avec eux !

Mais le temps se rit de notre aveuglement, que nos restes soient ensevelis sous le marbre ou sous la pierre, il arrive toujours une heure où poussière ils retournent à la poussière, où la grande loi circulaire en disperse les atomes.

Un jour prochain, mieux éclairés sur nos destinées, nous ne supporterons plus cet appareil et ces chants lugubres, toutes ces manifestations d'un culte qui répond si peu à la réalité des choses.

Pénétrés comme nos pères de l'idée que notre vie est infinie, qu'elle se renouvelle sans cesse dans des milieux divers, nous ne verrons dans la mort qu'une transformation nécessaire, une des phases de l'existence progressive.

C'est des Gaulois que nous vient la commémoration des morts, cette fête du 2 novembre qui caractérise notre peuple entre tous. Seulement, au lieu de la célébrer comme nous dans les champs funèbres, parmi les tombes, c'était au foyer domestique qu'ils rappelaient les souvenirs des amis éloignés, mais non perdus, qu'ils évoquaient la mémoire des esprits aimés qui, parfois même, se manifestaient par l'intermédiaire des Druidesses et des Bardes inspirés.

Henri Martin, dans son Histoire de France, tome I, page 71, s'exprime ainsi :

« Tout ce qui se rapporte à la doctrine de la mort et de la renaissance périodique du monde et de tous les êtres paraît être concentré dans la croyance et les rites du 1° novembre.

« Nuit pleine de mystères que le Druidisme a léguée au Christianisme et que le glas des morts annonce encore aujourd'hui à tous les peuples catholiques oublieux des origines de cette antique commémoration. Chacune des grandes régions du monde gallo-kimrique avait un centre ou milieu sacré auquel ressortissaient toutes les parties du territoire confédéré. Dans ce centre brûlait un feu perpétuel qu'on nommait le père feu. La nuit du 1° novembre, selon les traditions irlandaises, les Druides se rassemblaient autour du père feu gardé par un pontife forgeron et l'éteignaient. A ce signal, de proche en proche s'éteignaient tous les feux ; partout régnait un silence de mort, la nature entière semblait replongée dans une nuit primitive. Tout à coup le feu jaillissait de nouveau sur la montagne sainte et des cris d'allégresse éclataient de toutes parts. La flamme empruntée au père feu courait de foyer en foyer d'un bout à l'autre et ranimait partout la vie. »

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A la question du culte des morts chez les Celtes, se rattache le souvenir de Carnac avec ses monuments mégalithiques.

Tous les celtisants connaissent cette immense nécropole qui s'étendait sur plusieurs lieues de longueur depuis lockmariaker jusqu'à Erdeven. Les alignements de menhirs, aujourd'hui en partie détruits, comptaient encore des milliers de pierres levées au moyen âge. Faut-il voir dans ces longues files sombres autant de monuments funéraires ? On en a douté, car, dans les fouilles pratiquées au pied des menhirs, on n'a trouvé que de rares fossiles humains. L'esprit d'Allan Kardec nous assure qu'en fouillant plus profondément on aurait retrouvé beaucoup plus d'ossements. Les grottes sépulcrales de Lockmariaker, les dolmens d'Erdeven et autres lieux, ne laissent aucun doute sur la destination de ce vaste champ funèbre. Les menhirs étaient autant de tombes de chefs politiques ou religieux, tandis que les grottes et les dolmens recevaient les restes de personnages moins élevés dans l'ordre social.

Dans son Histoire de 1a Gaule, Camille Jullian écrit que des convois mortuaires s'acheminaient vers cette région de tous les points de la Gaule.

Quelle était donc la pensée maîtresse qui groupait tous ces morts à l'extrémité du continent ? Beaucoup d'écrivains ont cherché à la discerner sans y réussir. Cependant l'explication paraît être la suivante :

Devant les horizons infinis de la mer et du ciel, on croyait alors que l'envol des âmes était plus facile vers ces mondes qui brillent là-haut, au sein des nuits, ou bien vers ceux qui s'estompent au large le soir dans les brumes du couchant ; ces plages balayées par les flots, ces frontières d'un vaste inconnu avaient pour nos ancêtres un caractère mystérieux et sacré.

Camille Jullian et d'autres historiens attribuent l'érection des monuments mégalithiques à des peuples antérieurs aux Celtes et particulièrement aux Ligures, peuple méridional aux cheveux bruns et de petite stature. Or, ces écrivains oublient que ces monuments s'élèvent dans tout l'occident de l'Europe jusque dans les îles Orcades et Shetland, situées à la pointe extrême de l'Ecosse, dans les brumes de la mer du Nord. On en compte 145 dans tout l'archipel. La groupe de Stonehenge, en Cambrie, comprend 144 pierres levées formant un ensemble qui paraît être le pendant des alignements de Carnac.

On pourrait signaler aussi « le tombeau de Taliésin », situé à la base du massif du Plynlimmon, et entouré de deux cercles de pierres. Le grand dolmen de la péninsule de Gower, dans le Pays de Galles. A l'entrée de la Clyde tous les sommets sont couronnés par des mégalithes. Mentionnons encore ceux de l'Ecosse appelés « Maison des Pictes ». Et en Irlande, dans le Donegal, 67 pierres levées forment un groupe comparable à celui de Stonehenge.

Dans ces sépultures : dolmens, grottes funéraires et tumulus de toutes dimensions, on retrouve des objets divers mêlés à des restes humains calcinés ou à des squelettes entiers. Ce sont des silex bruts ou polis, des urnes, des armes et jusqu'à des faucilles d'or servant au culte. Ces objets appartiennent donc à toutes les époques depuis les temps les plus reculés : paléolithiques, néolithiques, âges du bronze et du fer. Il faut donc attribuer ces vestiges aux Celtes plutôt qu'aux Ligures ou Pélages, peuples peu connus, dont on ignore la langue et même l'emplacement exact. Croire que ces monuments sont leur oeuvre serait prétendre que les Gaulois, si industrieux et ingénieux en d'autres matières n'ont laissé aucune trace dans le pays qu'ils habitèrent pendant des siècles.

Les mégalithes ne consistent pas seulement en sépultures, mais aussi en monuments consacrés au culte. Les plus importants sont les cromlechs ou cercles de pierres au centre desquels s'élevait généralement un grand menhir. Quelques-uns sont doubles et triples et représentent alors les trois cercles de la vie universelle suivant l'indication des Triades. Dans ces enceintes, on pratiquait les rites divins et l'on évoquait les âmes des défunts.

Parmi ces pierres, certaines jouaient le même rôle que les tables parlantes de nos jours et répondaient par leurs mouvements aux questions des assistants. Ainsi, le Manuel pour servir à l'étude de l'antiquité celtique, page 253, parle de la pierre parlante cloch labhrais qui donnait des réponses comme la lech lavar des Gallois.

Ajoutons pour mémoire que les auteurs anciens attribuaient aux Druides une puissance magique complètement perdue de nos jours et dont on retrouve à peine la trace dans les pratiques de l'hypnotisme, du magnétisme et du fakirisme. Pline appelait les Druides des Magi, nom qui leur est constamment donné dans les textes latins et irlandais, dit Dom Gougaud, bénédictin anglais, dans son livre les Chrétientés celtiques[52]. D'après cet auteur, les Druides jouissaient des pouvoirs suivants : « condensations de brouillard, précipitations atmosphériques, tempêtes sur mer et sur terre, etc. ». Il ajoute que « le druide Fraechan Mac Tenuisain protégea l'armée du roi d'Irlande, Diarmait Mac Cerbaill, contre l'ennemi par une barrière magique (airbe druad) qu'il traça en avant d'elle. Tous ceux qui franchissaient ce rempart fluidique étaient frappés de mort. Tous les vieux textes irlandais sont remplis de faits semblables ».

Presque toujours, les cercles de pierres dont nous venons de parler étaient disposés dans les clairières des forêts, car, en matière religieuse, la forêt garde toujours pour les Celtes son prestige auguste et sacré.

A l'époque druidique la nature n'était pas encore altérée par l'influence nocive, par le courant destructeur des passions. Elle était comme le grand médium, l'intermédiaire puissant entre le ciel et la terre. Les Druides, sous la voûte des arbres séculaires, dont les cimes étaient autant d'antennes qui attiraient les radiations de l'espace, recevaient plus facilement les intuitions, les inspirations, les enseignements d'en haut. Encore aujourd'hui, malgré tant de ravages subis, la forêt ne nous procure-t-elle pas une impression salutaire et réconfortante par ses effluves, une sorte de dilatation de l'âme ? C'est du moins ce que j'ai éprouvé moi-même tant de fois.

Certaines personnes, privées de facultés médiatrices, me demandent parfois comment s'y prendre pour entrer en rapport avec l'invisible. A cette question, je réponds : « Eloignez-vous du bruit des villes, enfoncez-vous dans la forêt, c'est dans la solitude des grands bois que l'on juge mieux la vanité des choses humaines et la folie des passions. A ces heures de recueillement, il semble qu'un dialogue intérieur s'établisse entre l'âme humaine et les puissances de l'Au-delà. Toutes les voix de la nature s'unissent, les murmures que la terre et l'espace chuchotent à l'oreille attentive, tout nous parle des choses divines, nous éclaire des conseils de la sagesse et nous enseigne le devoir. C'est ce que disait Jeanne d'Arc à ses interrogateurs de Rouen lui demandant si elle entendait toujours ses voix : « Le bruit des prisons m'empêche de les percevoir, mais si on me conduisait dans quelque forêt je les entendrais bien. »

Il en est de même de la science des mondes ; c'est une source incomparable d'élévation, car elle nous révèle tout le génie du Créateur. Au sein des enceintes sacrées, les Druides se livraient à des observations attentives et dans ce but possédaient des moyens qui faisaient l'étonnement des anciens.

Il est vrai que le défilé imposant des astres pendant les claires nuits d'hiver est un des spectacles les plus impressionnants que l'âme puisse goûter. Une paix sereine descend des espaces, on se sent comme dans un temple immense, la pensée s'élève alors d'un élan plus rapide vers ces régions supérieures, elle interroge ces milliers de mondes, il lui semble que leurs subtiles radiations répondent à ses appels. L'application des forces radiantes aux usages terrestres permet de croire qu'une transmission, même physique, n'est pas impossible à travers les abîmes de l'espace.

Les voies de la destinée qui nous sont ouvertes nous lient étroitement à ce splendide univers dont nous sommes comme esprits un élément impérissable, son avenir est le nôtre, nous poursuivrons avec lui et en lui notre évolution, nous participerons à son oeuvre, à sa vie, dans une mesure toujours grandissante.

CHAPITRE X
-
CONSIDERATIONS POLITIQUES ET SOCIALES. ROLE DE
LA FEMME. L'INFLUENCE CELTIQUE. LES ARTS. LIBERTE ET LIBRE ARBITRE

Au début de cet ouvrage, nous avons esquissé à grands traits l'organisation sociale de la Gaule. Nous avons souligné les empiétements de l'aristocratie, la division des chefs, la rivalité des tribus, les causes diverses qui amenèrent la perte de l'indépendance.

Les Druides qui, nous l'avons vu, vivaient loin des villes bruyantes, dans les sanctuaires de la nature, avaient, par cela même, plus de facilité d'entrer en rapport avec le monde occulte et d'en recevoir les inspirations. C'est ce qui leur faisait dire que ce ne sont pas les choses visibles qui nous mènent, mais plutôt les choses invisibles. Mais par cela même qu'ils recherchaient celles-ci, ils s'éloignaient parfois du monde réel et des contingences humaines. Leur influence ne suffisait pas toujours à comprimer la fougue des passions chez cette race gauloise, jeune, ardente, dénuée d'expérience, emportée par l'excès même de sa vitalité.

La liberté et le droit électoral étaient pourtant les bases mêmes de l'ordre social, mais les chefs élus s'entouraient d'une clientèle d'hommes armés, chevaliers, écuyers, qui s'attachaient à leur fortune et, s'ils étaient tués, mouraient avec eux. Grâce à cette force, l'aristocratie jouissait d'une autorité qui dégénérait parfois en oppression sur les classes populaires. Nous avons vu plus haut comment la discorde, l'indiscipline, amenèrent la chute de la Gaule et nous n'y reviendrons pas. Il nous reste à parler de la femme et de son rôle social qui était grand.

Elle était honorée, respectée chez les Gaulois ; considérée comme l'égale de l'homme, elle pouvait choisir son époux et jouissait de la moitié des biens communs. L'éducation des enfants lui était confiée jusqu'à ce que ceux-ci fussent en âge de porter les armes. Parfois, chargée de fonctions officielles, elle faisait oeuvre de diplomatie et parvenait à résoudre des problèmes ardus, à régler de graves conflits, comme l'histoire se plaît à le relater. Leur chasteté égalait leur courage ; on sait que les femmes gauloises n'hésitèrent pas à se donner la mort après la défaite des Kimris à Pourrières afin de ne pas tomber aux mains des soldats de Marius et devenir victimes de leurs débauches.

Mais ce qui donne toute la mesure du respect dont la femme était entourée en Gaule, c'est la part qui lui était faite dans le sacerdoce. Les Druidesses rendaient des oracles et présidaient aux cérémonies du culte. Tandis que telle autre religion, par le dogme du péché original, a flétri la femme pendant des siècles, en la rendant responsable de la déchéance du genre humain, les Druides voyaient en elle ses dons de divination et en faisaient l'interprète naturel du monde des Esprits[53].

Les îles de l'Océan étaient autant de sanctuaires où se pratiquait l'évocation des morts. Il a fallu de longs siècles pour réhabiliter la femme et la rendre à son rôle prédestiné ; Jeanne d'Arc et tant d'autres illustres inspirées ont dû monter sur le bûcher pour avoir reçu les dons du ciel. Il appartenait au spiritualisme moderne de reconnaître les facultés psychiques de la femme et - malgré certains abus inhérents aux choses humaines - la mission qu'elle peut remplir dans le domaine expérimental et les révélations du monde invisible.

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Il serait puéril d'assigner à l'influence celtique les limites des territoires habités par des hommes de cette race. La question de la frontière n'a rien à faire ici, car il s'agit du rayonnement d'une grande pensée à travers le monde sous des formes diverses, d'une collaboration efficace à l'oeuvre générale de civilisation et de progrès.

D'abord c'est une doctrine puissante susceptible de régénérer toute la philosophie en résolvant les problèmes ardus de la vie et de la mort et en ouvrant à l'âme les perspectives d'un avenir sans bornes. Mais le génie celtique se manifeste aussi sous les formes de l'art et surtout dans la poésie et la musique. Dans ce dernier domaine les étrangers, et surtout les Allemands, lui ont fait de nombreux emprunts, comme l'a établi M. Le Goffic.

La musique galloise exprime un sentiment profond de la nature. Elle est empreinte d'une mélancolie pénétrante qui lui donne une originalité, une saveur particulière. Quant à la poésie, on n'a qu'à consulter l'oeuvre touffue de M. H. de la Villemarqué[54] pour se rendre compte de sa richesse et de sa variété. En ce moment, il règne outre-Manche toute une floraison d'art celtique qui a ses répercussions sur le continent.

En poésie, les Gaulois paraissent avoir été les inventeurs de la rime, si l'on s'en rapporte aux témoignages irlandais. Leurs chants de guerre et d'amour sont empreints d'une mâle grandeur.

Bosc et Bonnemère, dans leur Histoire des Gaulois, énumèrent les oeuvres théâtrales et lyriques qui doivent leur être attribuées. Leurs poteries, leurs armes, leurs bijoux constituent un art réel. On en a eu la preuve dans le résultat des fouilles et recherches faites dans les dolmens et tumulus qui ont révélé un grand nombre d'objets d'un travail délicat.

Lorsqu'on voudra faire la part du celtisme dans tout ce qui a illustré l'Angleterre aussi bien dans le domaine de la pensée que dans celui de l'action, on sera surpris de l'importance des apports venus de ce côté. Parmi les Anglais célèbres, beaucoup n'ont pas eu d'autre origine. On assure que son plus grand génie, Shakespeare, était fortement imprégné de celtisme, étant né et ayant vécu longtemps à Strafford-sur-Avon, c'est-à-dire sur les confins de la Cambrie (pays de Galles).

Si, malgré toutes les oppressions et les persécutions subies, le génie celtique a pu s'épanouir en tant d'oeuvres fortes ou gracieuses, que ne doit-on pas attendre de lui lorsque, ayant recouvré sa pleine indépendance, il pourra donner un libre essor à ses espérances et à ses rêves ?

La plus grande gloire du Celtisme sera, après avoir gardé silencieusement, pendant des siècles, le contact avec le monde invisible, de révéler à nos sociétés décadentes l'existence de cet immense réservoir de force et de vie qui nous entoure et les moyens d'y puiser avec sagesse et mesure. Car c'est seulement par la mise en commun des ressources, des puissances des deux mondes, le visible et l'invisible, que s'ouvrira une ère nouvelle et qu'une civilisation plus haute et plus belle luira pour l'humanité !

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Nos pères, disions-nous, avaient fait du principe de liberté la base de leurs institutions sociales et, en même temps, le couronnement de leur philosophie, car la liberté sociale entraîne logiquement la liberté morale, celle de l'âme sur la terre et dans l'espace. Ici se pose la question, si controversée, de la liberté et du libre arbitre, deux mots pour une même idée, car le libre arbitre n'est que l'application individuelle du principe de liberté.

La liberté est la condition essentielle du développement, du progrès, de l'évolution de l'homme. La loi d'évolution, en nous laissant le soin d'édifier nous-mêmes, à travers les temps, notre personnalité, notre conscience et par suite notre destinée, doit nous en fournir les moyens en assurant l'exercice de notre libre choix entre le bien et le mal, puisque les mérites acquis sont le prix de notre élévation.

Il en est de même de la conséquence des actes, de l'enchaînement des causes et des effets retombant sur nous. De là notre responsabilité inséparable de notre libre arbitre sans lequel l'être ne serait plus qu'un jouet, une sorte de marionnette aux mains d'une puissance extérieure, par conséquent un être dépourvu d'originalité et sans grandeur.

En vue de l'immense trajectoire que l'âme doit effectuer à travers le temps et l'espace, elle doit posséder le libre exercice de ses facultés, l'entière disposition des énergies que Dieu a placées en elle, avec les moyens de les développer. Quelle confiance pourrions-nous avoir dans l'avenir, si nous nous sentions les jouets aveugles d'une force inconnue, sans volonté, sans ressort moral ?

C'est pourquoi les Druides affirmaient le principe de liberté dès la première Triade et, plus explicitement, dans les Triades 22, 23 et 24 :

Trois premières choses simultanément créées, l'homme, la liberté, la lumière.

Trois nécessités de l'homme, souffrir, se renouveler (progresser), choisir.

Trois alternatives de l'homme : Abred et Gwynfyd, nécessité et liberté, mal et bien, toutes choses étant en équilibre et l'homme ayant le pouvoir de s'attacher à l'un ou à l'autre suivant sa volonté.

On m'objectera, sans doute, la diversité chez des êtres humains des facultés, des volontés, des caractères, la force morale des uns et la faiblesse des autres. En face d'un acte déloyal mais avantageux, ou bien devant l'entraînement des passions tel homme se laissera séduire tandis qu'un autre restera ferme, inébranlable. Comment mesurer la part de liberté attribuée à chacun, comment concilier le problème du libre arbitre avec les théories du déterminisme ?

En cette matière comme pour tout ce qui touche à la nature intime de l'être, il faut s'élever au-dessus des horizons étroits de la vie présente et considérer les vastes perspectives de l'évolution de l'âme. C'est ce que les Druides avaient su faire par leur doctrine et c'est ce que redisent à leur exemple les spiritualistes modernes, du moins ceux de l'école d'Allan Kardec.

Le cercle étroit des connaissances, l'exiguïté de notre champ d'observation, l'ignorance générale des origines et des fins, sont autant d'obstacles à la solution des grands problèmes. Il faut, pour les résoudre, s'élever assez haut par la pensée et considérer l'ensemble des existences de l'âme, sa lente ascension à travers les siècles ; alors tout ce qui paraissait confus, obscur, inexplicable, s'éclaire, se fond.

Nous comprendrons comment notre personnalité s'accroît peu à peu par les rapports successifs de nos vies, comment l'expérience et le jugement se développent, et comment notre liberté s'affirme de plus en plus à mesure que notre évolution s'accentue et que nous participons plus intimement à la communion universelle.

Au début de son immense trajectoire, l'être ignorant, inexpérimenté, est soumis étroitement aux lois universelles qui compriment et limitent son action. C'est la période inférieure. Mais, à mesure qu'il s'élève sur l'échelle des mondes, son libre arbitre prend une ampleur toujours plus grande jusqu'à ce que, ayant atteint les hauteurs célestes, sa pensée, sa volonté, ses vibrations fluidiques se trouvent en harmonie parfaite, c'est-à-dire, ce qu'on appelle en synchronisme avec la pensée et la volonté divines ; son libre arbitre est définitif, car il ne peut plus faillir.

A ceux qui exigent des axiomes ou formules scientifiques on pourrait dire : le libre arbitre est pour chacun de nous en rapport direct avec les perfections conquises, le déterminisme est en raison inverse du progrès d'évolution.

On nous oppose la prévision de l'avenir chez certains sujets. En plongeant jusqu'aux causes du passé, il est possible de déduire l'avenir et de prédire les événements futurs dans la mesure où ils sont la résultante logique des actes librement accomplis, le faisceau des faits antérieurs se déroulant à travers les temps dans leur logique implacable. Or, la reconstitution du passé peut être obtenue dans les phénomènes d'extériorisation[55] ainsi que par les révélations des Esprits assez évolués pour retrouver dans la mémoire subconsciente des sujets, l'enchaînement de leurs vies antérieures.

C'est ainsi que le spiritualisme expérimental nous démontre par des faits l'existence du libre arbitre et la preuve que, sur ce point comme sur tant d'autres, nos ancêtres ne se sont pas trompés.

Il faut reconnaître, cependant, que notre planète, occupant un degré peu élevé de l'échelle d'évolution, l'être humain, tout en jouissant d'une part de liberté suffisante pour entraîner la responsabilité de ses actes, n'y saurait posséder un libre arbitre absolu. C'est ce que les Druides définissaient en ces termes dès la première Triade en faisant figurer parmi les trois unités primitives : « Un point de liberté où s'équilibrent toutes les oppositions. »

Cette formule exprime l'action des lois universelles qui compriment et restreignent nos moyens d'action. Aucun être n'est abandonné à lui-même, l'influence providentielle agit sur lui de deux manières ; par la conscience elle nous communique les inspirations, les intuitions nécessaires d'autant plus claires et précises que nous sommes plus aptes à les recevoir par l'orientation de notre pensée et de notre vie. Puis, c'est l'action des invisibles qui s'étend sur nous assez intense parfois pour qu'on ait pu dire que ce sont les morts qui gouvernent les vivants.

Chacun de nous appartient à un groupe spirituel, à une famille d'âmes dont tous les membres sont solidaires et évoluent en commun. Tous ces esprits, incarnés ou désincarnés, jouent, les uns vis-à-vis des autres, alternativement le rôle de protecteurs ou celui de protégés. Ceux qui sont restés dans l'espace aident, inspirent, soutiennent ceux qui vivent, et souffrent sur la terre. Si les hommes savaient quelle assistance leur vient d'en haut et quelle douce sollicitude les enveloppe, ils auraient plus d'assurance, plus de confiance dans la loi supérieure de justice et d'harmonie qui régit les êtres et les mondes. Ils prêteraient plus d'attention aux suggestions bienfaisantes dont ils sont l'objet au lieu d'y rester insensibles et indifférents par l'effet d'une liberté mal employée. Ces suggestions ont été telles que l'on a pu affirmer que par le fond de notre conscience nous touchons aux choses divines.

Chaque groupe d'âmes est dirigé, inspiré par un ou plusieurs esprits éminents que leurs mérites ont fait parvenir aux hauteurs célestes, au cercle de Gwynfyd d'où le rayonnement de leur sagesse et de leur expérience s'étend à travers les distances jusqu'aux membres de leur famille encore attardés sur les mondes de la matière.

Nous avons décrit ailleurs, d'après les enseignements de nos guides, les conditions de la vie céleste, les grandes tâches, les nobles missions qu'elle comporte, l'accroissement graduel des perceptions et des sensations, la participation toujours plus intense à l'oeuvre éternelle de puissance et de beauté qu'est l'univers et les félicités obtenues au prix de nombreuses existences de travail, d'études et d'épreuves.

Dieu, disent les Triades, attribue à chaque âme nouvelle l'Awen, parcelle de génie qu'elle est appelée à développer à la suite des temps de façon à faire peu à peu de cette étincelle primitive un foyer radiant qui dote l'esprit d'une lumière impérissable.

TROISIEME PARTIE
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LE MONDE INVISIBLE

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CHAPITRE XI
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L'EXPERIMENTATION SPIRITE

Nous avons vu que les Druides n'accordaient l'initiation qu'à des élèves choisis, soumis à un entraînement intellectuel et moral prolongé. Ces études pouvaient embrasser plusieurs années, si l'on en croit les assertions d'auteurs anciens, disant qu'elles comportaient la connaissance de 20.000 vers. En effet, le vers, par son rythme, se fixe plus facilement dans la mémoire, mieux que la prose il échappe aux altérations, aux déformations et garde plus longtemps son sens exact, son originalité première.

C'était donc seulement après une longue et patiente préparation que les disciples étaient admis à participer aux rites sacrés, lesquels n'étaient au fond que la communication avec les Esprits supérieurs et la pratique de leurs enseignements. Ceux-ci étaient transmis au peuple sous une forme, plus concrète et parfois imagée, toujours acceptée avec respect, car le Druide était l'objet d'une grande vénération.

Aujourd'hui, il en est tout autrement, les premiers venus sans préparation, sans études, sans précautions, croient pouvoir entrer en rapport avec les êtres invisibles qui les entourent. On ne craint pas de s'aventurer sans guide, sans boussole sur cet océan de forces et de vie qui nous enveloppe. On ignore trop qu'une foule d'esprits inférieurs plane dans l'ambiance terrestre à laquelle elle est liée par ses fluides matériels. Ce sont eux qui répondent plus volontiers aux appels des humains dans un but de divertissement et dès lors il y a peu à attendre de cet élément où règnent les influences les plus diverses, parfois mauvaises comme celles trop connues des mystificateurs et des obsesseurs. Et de là le discrédit qui rejaillit en certains cas sur des pratiques dépourvues de règle, de méthode, de gravité.

Sans doute on ne doit pas rester indifférent aux appels mystérieux, aux bruits, aux coups qui se font souvent entendre la nuit dans nos demeures et qui semblent être autant de promesses d'une assistance, d'une protection parfois bien nécessaires. Oui, nous devons nous prêter aux invitations de ce genre, car elles peuvent émaner d'amis invisibles qui nous demandent secours, ou bien être le prélude de conseils, de révélations, d'enseignements précieux dans les temps d'épreuves où nous vivons. Mais, aussitôt que nous avons trouvé un moyen de communication s'adaptant à nos possibilités psychiques, nous ne devons pas hésiter à exiger des manifestants des preuves formelles d'identité et apporter dans tous nos rapports avec l'Au-delà ce rigoureux esprit de contrôle et d'examen scrupuleux qui ne laisse aucune place aux supercheries des esprits légers[56].

Les spirites ont en garde une idée régénératrice belle et féconde qu'ils ne doivent pas laisser voiler, déprécier sous l'accusation de crédulité qui leur est prodiguée. Les hautes vérités ne s'acquièrent pas sans peine. C'est par nos efforts répétés pour nous dégager des incertitudes, des ténèbres que les rideaux de la matière se soulèvent et que des issues s'ouvrent sur la vie spirituelle, la vie infinie !

Le spiritisme, après trois quarts de siècle d'expérimentation et de travaux, est devenu une source de lumière et d'enseignement. Sa doctrine résulte de messages d'esprits obtenus par tous les procédés médiumniques en tous pays et se complétant, se contrôlant les uns par les autres. Jusqu'ici les religions et les philosophies ne nous donnaient sur les conditions de la vie dans l'au-delà, que de simples hypothèses.

On reproche souvent aux spirites de donner plus d'importance à la théorie qu'à la pratique expérimentale. Au Congrès officiel de psychologie de 1900, un savant nous objectait : Le spiritisme n'est pas une science, c'est une doctrine. Certes nous considérons toujours le fait comme étant la base, le fondement même du spiritisme.

Nous savons que la science voit dans l'expérimentation le plus sûr moyen de parvenir à la connaissance des causes et des lois ; mais celles-ci restent obscures, inaccessibles dans beaucoup de cas, sans une théorie qui les éclaire et les précise. Combien d'expérimentateurs se sont égarés dans le dédale des faits, perdus dans le labyrinthe des phénomènes et ont fini par se rebuter et renoncer à toutes recherches, faute d'une donnée générale qui relie et explique ces faits. L'éminent Ch. Richet, après avoir expérimenté toute sa vie, a consigné les résultats de ses recherches dans un gros volume, sans aboutir à aucune conclusion.

Pourrait-on arriver, par l'étude des infiniment petits, à une conception générale de l'univers ? Pourrait-on, par des manipulations de laboratoire, parvenir à la compréhension de l'unité substance ? Si Newton n'avait eu l'idée préalable de la gravitation, aurait-il attaché quelque importance à la chute d'une pomme ? Si Galilée n'avait eu l'intuition du mouvement de la terre, aurait-il prêté quelque attention aux oscillations de la lampe de bronze de la cathédrale de Pise ? La théorie nous semble inséparable de l'expérience, elle doit même la précéder, afin de guider l'observateur pour qui l'expérience servira de contrôle.

On nous reproche de conclure trop hâtivement ! Or, voici des phénomènes qui se produisent depuis les premiers siècles de l'histoire. On les constate expérimentalement et scientifiquement depuis près de cent ans et l'on trouve nos conclusions prématurées ! Mais dans mille ans, il y aura encore des attardés qui trouveront qu'il est trop tôt pour conclure. Or, l'humanité éprouve un besoin impérieux de savoir et le désordre moral qui sévit à notre époque est dû, en grande partie, à l'incertitude qui plane encore sur cette question essentielle de la survivance.

Lorsque, dans ma lointaine jeunesse, je vis un jour, à l'étalage d'une librairie, les deux premiers ouvrages d'Allan Kardec, j'en fis aussitôt l'acquisition et en absorbai le contenu ; j'y trouvai une solution claire, complète, logique, du problème universel, ma conviction fut assurée.

Cependant, malgré ma jeunesse, j'étais déjà passé par les alternatives de la croyance catholique et du scepticisme matérialiste, mais nulle part je n'avais trouvé la clé du mystère de la vie. La théorie spirite dissipa mon indifférence et mes doutes. Comme tant d'autres, je recherchai des preuves, des faits précis, venant appuyer ma foi ; mais ces faits furent longs à venir. D'abord insignifiants, contradictoires, mêlés de supercheries et de mystifications, ils furent loin de me satisfaire et j'aurais renoncé plus d'une fois à toute investigation si je n'avais été soutenu par une théorie solide et des principes élevés.

Il semble, en effet, que l'invisible veuille nous éprouver, mesurer notre degré de persévérance, exiger une certaine maturité d'esprit, avant de nous livrer ses secrets. Tout bien moral, toute conquête de l'âme et du coeur semblent devoir être précédés d'une initiation douloureuse. Enfin, les phénomènes sont venus, probants, éclatants. Ce furent des apparitions matérialisées, en présence de plusieurs témoins, dont les sensations concordaient ; des apports d'écriture directe, en pleine lumière, tombant dans le vide hors de la portée des assistants et qui contenaient des prédictions qui se sont, depuis lors, réalisées.

Puis, ce furent des Entités de valeur qui se manifestèrent par tous les moyens à leur disposition, par la table d'abord, par l'écriture automatique, enfin et surtout par des incorporations, procédé à l'aide duquel je m'entretiens avec mes guides spirituels, comme avec des êtres humains. Leur collaboration m'a été précieuse pour la rédaction de mes ouvrages, par les renseignements recueillis sur les conditions de la vie dans l'Au-delà et sur tous les problèmes que j'ai abordés.

Ces Esprits se sont communiqués par différents médiums, qui ne se connaissaient pas. Quel que fût l'intermédiaire choisi, ils présentaient toujours des caractères personnels très tranchés, quelques-uns d'une originalité frappante, quoique d'une grande élévation, avec des détails psychologiques, des preuves d'identité constituant le critérium de certitude le plus absolu. Comment ces médiums, qui s'ignoraient les uns les autres, ou bien leurs subconscients, auraient-ils pu s'entendre pour imiter et reproduire des caractères aussi distincts et pourtant toujours identiques à eux-mêmes, avec une constance, une fidélité qui persistent depuis cinquante années ? Car voilà près d'un demi-siècle que ces phénomènes se déroulent autour de moi avec une régularité mathématique, sauf quelques lacunes, par exemple lorsqu'un des médiums vient à disparaître et qu'il faut un certain temps pour retrouver un autre sujet approprié.

Je possède sept gros volumes de communications reçues dans le groupe que j'ai longtemps dirigé, et qui répondent à toutes les questions que l'inquiétude humaine pose à la sagesse des Invisibles. Or, tous ceux qui, depuis, ont consulté ces archives, ont été frappés par la beauté du style ainsi que par la profondeur des idées émises. Peut-être ces messages seront-ils publiés un jour. Alors, on verra que dans mes oeuvres, je ne me suis pas inspiré seulement de mes propres vues, mais surtout de celles de l'Au-delà. On reconnaîtra, sous la variété des formes, une grande unité de principes et une parfaite analogie avec les enseignements obtenus des Esprits guides en tous milieux et dont Allan Kardec s'est inspiré pour tracer les grandes lignes de sa doctrine.

Depuis la guerre nos Instructeurs ont continué à se manifester par différents médiums. A travers ces organismes divers la personnalité de chacun d'eux s'est affirmée par son caractère propre de façon à écarter toute possibilité de simulation. On peut suivre d'année en année, dans la Revue Spirite, la quintessence des enseignements qui nous furent donnés sur des sujets toujours substantiels et élevés.

Puis, aux approches du Congrès de 1925 ce fut le grand Initiateur lui-même qui vint nous assurer de son concours et nous éclairer de ses conseils. Aujourd'hui encore, c'est lui, c'est Allan Kardec, qui nous incite à publier cette étude sur le génie celtique et la réincarnation, ainsi qu'on le verra par les messages publiés plus loin.

Je m'excuse auprès des lecteurs de faire intervenir aussi longtemps ma propre personnalité, mais comment pourrais-je me livrer à une analyse de cette nature, si ce n'est sur moi-même et sur mes travaux.

J'en suis arrivé maintenant à vivre avec les Esprits presque autant qu'avec les humains, à ressentir leur influence, à distinguer leur présence par les sensations fluidiques éprouvées. Je sais que ces âmes constituent ma famille spirituelle. Des liens bien anciens m'unissent à elles, liens qui se fortifient tous les jours, par la protection qu'elles m'accordent et la reconnaissance que je leur ai vouée.

Le poids des ans se fait sentir et ma tête blanche se penche vers la tombe, mais je sais que la mort n'est qu'une issue qui s'ouvre sur la vie infinie. En franchissant ce seuil, je suis certain de retrouver ces chères âmes protectrices, ainsi que les nombreux amis avec lesquels j'ai lutté ici-bas pour une cause sacrée. Nous irons ensemble visiter ces mondes merveilleux, que j'ai contemplés, admirés si souvent dans le silence des nuits et qui sont pour moi autant de témoignages de la puissance, de la sagesse et du génie du Créateur.

Dans son Evolution biologique et spirituelle de l'homme (p. 126), Oliver Lodge parle avec enthousiasme de « ces étoiles géantes qui sont un million de fois plus grandes que le soleil, théâtres de phénomènes prodigieux ».

Plus tard, nous revivrons ensemble sur ces mondes, afin de poursuivre nos travaux, notre ascension commune vers les régions sereines de la paix et de la lumière.

Et quand je repasse en moi-même toutes les beautés de cette révélation, toutes les promesses d'un avenir sans fin, je me sens envahi par une immense pitié pour tous ceux qui, dans leurs épreuves, ne sont pas soutenus par la perspective des vies futures, et dont l'étroit horizon se borne à notre monde de sang, de boue et de larmes.

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* *

Doit-on s'étonner si le nombre des savants officiels qui admettent la réalité des faits spirites est restreint ? Non, si l'on considère que le parti pris et l'esprit de routine tiennent une grande place chez la plupart d'entre eux. Tous ceux qui ont su s'en affranchir ont reconnu l'intervention des esprits dans les phénomènes et l'existence d'un monde invisible. Tels William Crookes, Russell Wallace, Myers, Oliver Lodge, le professeur Barrett, Lombroso, etc.

Les spirites non scientifiques possèdent un précieux avantage sur les savants de carrière. S'ils sont parfois dépourvus de connaissances techniques, en revanche ils ont gardé cette liberté de pensée, cette indépendance d'esprit si nécessaires dans l'interprétation des faits. Car ces faits, ils les considèrent en eux-mêmes et non à la lueur diffuse de théories préconçues. S'ils ont éprouvé quelques déceptions dans leurs recherches, c'est de ces déceptions que leur expérience s'est formée. On ne peut méconnaître leur mérite d'avoir, dès le principe, exploré des domaines de la vie que d'autres, bourrés de formules et de théories, déclaraient inexistants. Par là ils ouvraient la voie à des découvertes qui amènent une véritable révolution dans toutes les régions de la science.

Lorsque l'histoire recherchera les origines du mouvement spirite, après avoir glorifié les savants dont nous citons les noms avec respect, elle rendra justice à cette foule anonyme, à ces chercheurs obscurs qui, dans le monde entier, ont exploré les sentiers de la vie invisible et rétabli le contact entre deux humanités, contact qui était perdu depuis des siècles. C'est le travail patient et désintéressé de ces observateurs inconnus, qui a contraint les officiels à s'occuper d'une question aussi capitale que la preuve de la survivance et la collaboration du visible et de l'invisible. Ce sont eux qui procurent aux techniciens les intermédiaires nécessaires, médiums et sujets, sans lesquels ils ne pourraient rien, car ce n'est guère parmi eux que l'on trouve les facultés psychiques, les sens spéciaux qui ouvrent ces vastes domaines à nos investigations.

On comprendra nos réserves au sujet du mouvement psychiste officiel en France. Après des années de tâtonnements et la création de centres, d'instituts spéciaux, nous devons constater la médiocrité des résultats obtenus. Nous ne pouvons encore citer à l'heure actuelle, dans notre pays, un seul nom de savant officiel qui ne soit rallié aux hautes vérités psychiques, tandis qu'en Angleterre et en Amérique on les compte par dizaines.

Certains psychistes et métapsychistes s'évertuent à ramener l'ensemble des phénomènes spirites à une extension anormale des facultés médianimiques. C'est là une explication arbitraire, aussi abusive que la théorie spirite qui consisterait à attribuer tous les faits d'ordre occulte à l'intervention des Esprits. Il y a exagération d'un côté comme de l'autre et la vérité se trouve dans un terme moyen. Pour tous ceux qui ont approfondi la question, les faits d'animisme, aussi bien que les manifestations des défunts, se relient et se complètent les uns par les autres et jettent une lumière égale sur les côtés obscurs et mystérieux de la nature humaine.

La théorie de la subconscience, dont on a tant usé et abusé dans certains milieux, n'est pas autre chose qu'un domaine plus vaste de la mémoire, embrassant les souvenirs des antériorités de l'âme et les acquisitions de ses vies passées, ainsi que nous l'avons démontré amplement en d'autres pages[57].

Au cours des siècles, la science s'est longtemps inspirée des principes supérieurs de la connaissance qui la dominaient et la dirigeaient. Les contingences ne l'intéressaient que dans la mesure où elles venaient confirmer ces principes. Aujourd'hui, la science préfère étudier le phénomène en lui-même d'une façon toute terre à terre et matérielle. Ce n'est plus par les hautes facultés de l'être qu'elle cherche à acquérir la vérité, c'est-à-dire par ce qu'il y a de plus noble en nous : la raison, l'intuition, le jugement, mais par le témoignage des sens, c'est-à-dire par ce qu'il y a de plus inférieur, car le témoignage des sens est trompeur, comme l'ont prouvé tant de découvertes du génie.

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La force du spiritisme est à la fois dans son enseignement et dans les preuves qui lui servent d'appui. Il montre à tous les hommes le but de la vie terrestre, les moyens de préparer la vie spirituelle qui en est la suite. Ce but, ces moyens sont communs à tous les habitants de la terre et ce sera là un nouveau lien qui les unira, lien plus puissant que tous les autres, car la solidarité, la paix et l'harmonie entre les peuples ne pourront s'établir que par la solidarité des idées, des croyances, des aspirations. Les hommes, avant tout, sont esprits et le spiritisme seul leur révèle les lois supérieures de l'esprit : son enseignement résume les principes essentiels de toutes les religions, les éclaire, les complète et les adapte aux besoins des temps modernes.

Par la coopération du monde invisible qui se manifeste par toute la terre, il offre une base morale, une base commune à l'éducation universelle. La Société des Nations est qualifiée pour poser les premiers jalons de cette rénovation immense. Elle a créé sous le nom de Bureau de la coopération intellectuelle internationale, une oeuvre tout indiquée pour la réalisation de ce vaste programme, oeuvre que dirigent ou ont dirigé des spiritualistes éminents comme MM. Bergson, de Jouvenel et Mme Curie.

Si pour des raisons politiques ces deux institutions ne pouvaient ou ne voulaient s'attacher à cette oeuvre grandiose de relèvement moral, ce qu'elles ne réussiraient pas à faire, les spirites sauraient l'accomplir.

Un Congrès spirite international composé d'un millier de personnes représentant les nombreux groupes et sociétés parmi lesquelles, les délégués d'une trentaine de nations étrangères, s'est réuni à Paris, en 1925, du 6 au 12 septembre, salle des Sociétés savantes, pour constituer la Fédération spirite et spiritualiste internationale. Celle-ci, qui possède des représentants sur tous les points du globe, est déjà une organisation qui se développera avec le temps et deviendra un levier capable de soulever le monde de la pensée et de la science.

C'était un spectacle impressionnant que de voir défiler à la tribune des hommes de toutes races et de toutes couleurs : des Indous en turban, des noirs, dont l'un était docteur en droit, des Anglais, porte-paroles d'une centaine d'assistants de leur nation ; des Américains du Nord et du Sud, représentant des associations spiritualistes qui comptent des centaines de mille adhérents, des Espagnols, des Grecs, des Roumains, etc. Tous venaient affirmer en des langues diverses, la même foi en la survivance et dans l'évolution indéfinie de l'être, dans l'existence d'une cause suprême dont la pensée radiante anime l'univers. Des hommes éminents dans les sciences et dans les lettres tels que sir Oliver Lodge, sir Conan Doyle, le procureur général Maxwell, ont ajouté leurs adhésions formelles aux vibrants discours des orateurs. On sentait passer sur l'assistance le souffle inspirateur d'une foule invisible, et les voyants attestaient la présence de défunts illustres qui prenaient une part active à l'élaboration d'une grande oeuvre.

Cette coopération occulte devient générale. Même dans les milieux les plus réfractaires, le monde invisible est à l'oeuvre. Malgré le soin que l'on met au Vatican à étouffer le bruit que font les apparitions de Pie X, les indiscrétions des ecclésiastiques démontrent que ces phénomènes n'ont pas cessé. L'Eglise reviendra-t-elle à cette conception plus juste de la médiumnité qui lui faisait placer, en pleine chapelle sixtine, les sibylles au même rang que les prophètes sous le pinceau prestigieux de Michel-Ange ? Un grand écrivain catholique : Maurice Barrès, disait : « Les sibylles vivent encore, car elles représentent la faculté éternelle et méconnue d'atteindre l'invisible et de nous unir à lui[58]. »

Partout, l'idée est en marche et la communion se resserre peu à peu entre les deux mondes, entre les deux humanités : celle de la terre et celle de l'espace. Un jour viendra où les intelligences et les coeurs vibreront sous l'action d'une foi commune. Les trois grands courants de la pensée supérieure répandus sur la terre : bouddhisme, christianisme, druidisme, vont se rencontrer et se fondre au sein du spiritualisme moderne.

Alors seulement le flot des passions et des intérêts matériels sera comprimé, une ligue de fraternité s'établira entre les peuples. La paix et l'harmonie régneront sans partage sur la terre régénérée.

CHAPITRE XII
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RESUME ET CONCLUSION

En résumé on peut dire que, sous son double aspect philosophique et expérimental, le spiritisme ou spiritualisme répond aux deux tendances qui caractérisent l'homme moderne : idéalisme ou réalisme. Les uns, c'est-à-dire tous ceux qui savent que le but de la vie est l'amélioration, le perfectionnement de l'être, s'attachent de préférence à la doctrine, car elle leur apporte consolations, espérance et force morale. Les autres préfèrent l'expérimentation ; mais celle-ci, on l'a vu, nécessite des conditions multiples et des qualités rares : c'est-à-dire une ambiance fluidique favorable, la patience et la persévérance, l'habitude du contrôle et surtout une connaissance anticipée des forces et des causes en action dans les phénomènes ; connaissance qui ne s'acquiert qu'au moyen d'études sérieuses et approfondies.

Par ces études, une grande clarté se fait sur les conditions de l'existence dans l'au-delà. La certitude s'établit que l'être humain n'est pas seulement un agrégat d'atomes qui se dispersent à la mort, mais surtout un esprit immortel pourvu d'une forme invisible à nos sens, d'une enveloppe fluidique qui est le canevas du corps matériel appelé à évoluer et à se perfectionner à travers ses vies successives et renaissantes. L'enseignement des Esprits, en élargissant nos horizons, nous amène à comprendre l'ordre et l'équilibre parfaits qui règnent en toutes choses. La vie visible et la vie invisible forment un tout inséparable et l'une ne s'explique pas sans l'autre. La révélation nouvelle apporte donc un élément puissant, une extension illimitée dans le domaine des connaissances humaines. Tous les penseurs qui voudront bien réfléchir en sentiront l'importance et la nécessité.

Dans l'ordre expérimental on n'obtient des résultats importants qu'avec l'assistance et la protection d'Esprits élevés. Or, ceux-ci n'interviennent qu'à bon escient et seulement lorsque nous leur présentons des dispositions qui leur conviennent.

Il est démontré maintenant[59], que chacun de nous est enveloppé d'une atmosphère fluidique formée par les radiations de nos pensées et de notre volonté et qui varie de nature et d'éclat de façon à représenter exactement notre degré d'évolution et notre valeur d'âme. Ces radiations échappent à nos sens, mais les voyants les perçoivent et la photographie en reproduit les effluves.

La communication ne devient possible et l'action des Esprits n'est réalisable que dans la mesure où notre état fluidique vibre en harmonie avec celui des manifestants invisibles.

Il faut un entraînement spirituel, un long et persévérant effort de volonté, pour mettre nos radiations psychiques dans des conditions de synchronisme permettant d'entrer en rapports avec les Entités d'un certain ordre et d'obtenir les phénomènes intellectuels qui sont la quintessence du spiritisme.

Ce fut le cas pour les druides, les druidesses, les bardes dont la foi ardente facilitait les relations avec les mondes supérieurs et leur procurait des révélations qui servaient de base à leurs enseignements.

De nos jours, il n'en est plus de même. Des siècles de criticisme, de scepticisme, ont ôté à la pensée sa puissance de rayonnement. La foi s'est repliée sur elle-même. Au milieu du chaos des idées et des contradictions, il est devenu plus difficile de trouver un point d'appui à toute croyance.

La plupart des psychistes ne semblent pas se douter que leur état d'esprit, souvent imprégné de scepticisme, de méfiance, de négation est une cause majeure de stérilité dans les expériences. Comment obtiendraient-ils l'assistance, la protection des Invisibles s'ils commencent par nier leur existence et se livrent à leur égard à des critiques peu opportunes ?

Sans doute il ne faut pas négliger les phénomènes d'ordre inférieur, rien de ce qui concourt à établir la réalité de la survivance et les conditions variées de la vie dans l'au-delà ; nous devons encourager toutes les recherches faites dans ce but.

Dans la confusion des théories et des systèmes qui règne à notre époque, le fait reste aux yeux de beaucoup de chercheurs la seule base solide de toute certitude.

*

* *

Parvenu au terme de cet ouvrage, nous en rappellerons l'objectif essentiel. Depuis la guerre, la pensée française explore l'horizon intellectuel, le plus souvent elle ne voit qu'incertitudes, obscurité, contradictions, et, dans son angoisse, elle s'est demandé d'où viendra la lumière qui doit éclairer le chemin et montrer le but de la vie ? Qui donc nous donnera la foi élevée qui soutient, console et relève, la force d'âme qui fait supporter avec courage les épreuves et les maux, et permet de triompher dans la lutte de l'existence ?

Ni la culture universitaire, ni l'Eglise ne sont parvenues jusqu'ici à donner à la France la pleine conscience de son rôle et de son destin, l'idéal moral qui offre un but aux efforts de tous. En bien des cas elles ont arrêté son essor, comprimé son génie. Notre nation devra-t-elle sombrer dans l'anarchie et la confusion ? Non ! ce que les vivants n'ont pu faire, les soi-disant morts l'accompliront. Leurs voix s'élèvent de toutes parts pour nous rappeler au sentiment de nos origines, de nos traditions sacrées.

Les Esprits des anciens Druides, Allan Kardec en tête, viennent nous affirmer que le spiritisme n'est qu'une résurrection de leurs doctrines et qu'ils vont travailler à les répandre dans tous les milieux, et ils ajoutent que, dans leur intervention, ils seront suivis par toutes les grandes et nobles âmes qui, à travers les siècles, dans la littérature ont réussi à en perpétuer l'idée afin qu'elle ne périsse pas entièrement.

De ce qui précède il ne faudrait pas déduire que nous abandonnons les principes du Christ et renonçons à notre titre de Chrétiens. Non, certes, ainsi que nous l'assure Allan Kardec, les trois grandes révélations : orientale, chrétienne et druidique émanent d'une même source et se rejoignent dans leur foyer initial.

L'enseignement de Jésus a été plus ou moins voilé et dénaturé par les hommes et, en le reconstituant dans son essence pure, on le retrouve identique aux doctrines des Druides, avec plus de douceur et de charité. Leur ressemblance ne peut nous étonner quand nous savons qu'ils ont une commune origine surhumaine ; mais aujourd'hui, pour le relèvement de notre pays, les douceurs de l'Evangile ne suffisent plus, et il faut y joindre la virilité celtique.

Tout en respectant les doctrines orientale, bouddhique et chrétienne, et en nous appropriant ce qu'elles ont de beau et de grand, nous devons nous attacher de préférence à nos véritables traditions nationales, car elles répondent à notre nature, à notre caractère, à nos besoins intellectuels. Elles ont inspiré tout ce que notre race a enfanté de noble et de généreux dans le passé et elles restent le mobile essentiel de notre évolution dans l'avenir. C'est en y revenant que nous retrouverons la pleine conscience de nous-mêmes, notre équilibre moral, la joie de nous sentir dans la voie véritable que nous tracent les lois supérieures.

Après les terribles épreuves de la guerre, au milieu du déchaînement des passions et des intérêts, la voix des ancêtres se fait entendre et la vérité sort de l'ombre. Elle nous dit : « Meurs pour renaître, renais pour grandir, pour t'élever par la lutte et la souffrance. La mort doit cesser d'être un objet d'épouvante, car derrière elle nous voyons l'ascension dans la lumière. »

De même qu'au-dessus de la couche sombre des nuées qui enveloppent parfois la terre le ciel reste éternellement bleu, de même au-delà des vies terrestres agitées, douloureuses, règne la vie calme et sereine de Gwynfyd, la vie rayonnante de l'espace.

CHAPITRE XIII
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MESSAGES DUS AUX INVISIBLES

Nous publions ci-après la série des messages dictés au moyen de l'incorporation médiumnique par les grands et généreux Esprits qui ont bien voulu collaborer à notre oeuvre. L'authenticité de ces documents réside non seulement en eux-mêmes, par le fait qu'ils dépassent sur bien des points la portée des intelligences humaines, mais aussi dans les preuves d'identité qui s'y rattachent. C'est ainsi qu'au cours de nos entretiens avec l'Esprit d'Allan Kardec, celui-ci est entré dans certains détails précis sur sa succession et les différends qui ont surgi, à ce sujet, entre deux familles spirites, avec des particularités que le médium ne pouvait absolument pas connaître, n'étant alors qu'un petit enfant issu de parents, ignorant tout du spiritisme. Ces détails s'étaient effacés de ma propre mémoire et je n'ai pu les reconstituer qu'après recherches et enquête.

Quant à leur valeur scientifique et morale, on verra que les sujets traités dans ces messages atteignent le plus haut degré de la compréhension humaine actuelle. Ils le dépassent même dans certains cas, mais nous permettent cependant d'entrevoir la genèse de la vie universelle. En considérant cette oeuvre à leur point de vue, les auteurs nous disent qu'on pourra y puiser une orientation nouvelle qui, au stade d'évolution où nous sommes parvenus, est seule compatible « avec le degré de compréhension et de résistance du cerveau humain ».

Rappelons cependant à ceux qui l'auraient oublié, que les Esprits éprouvent parfois de grandes difficultés à exprimer par un organisme, un cerveau étranger, des notions, des idées peu familières à ce dernier. Or, c'est précisément le cas en ce qui concerne notre médium et la question celtique. Allan Kardec l'a constaté lui-même au cours de ses messages, comme on le verra par la suite. Il faut des efforts persistants de la volonté, pour créer, dans le cerveau d'un médium, des expressions, des images inusitées. Ceci explique les critiques qui ont pu être adressées à certains défunts célèbres à propos des différences de style relevées dans leurs communications.

Une autre objection consiste à prétendre qu'Allan Kardec est réincarné au Havre depuis 1897. Il serait donc arrivé à la trentième année de sa nouvelle existence terrestre. Or, peut-on admettre qu'un esprit de cette valeur ait attendu aussi longtemps pour se révéler par des oeuvres ou des actions adéquates ? D'ailleurs, Allan Kardec ne se communique pas seulement à Tours, mais également dans plusieurs autres cercles spirites de France et de Belgique. Dans tous ces milieux il s'affirme par l'autorité de sa parole et la sagesse de ses vues.

Voici tout d'abord la présentation de l'Esprit d'Allan Kardec par le Guide directeur de notre groupe.

« Je vous annonce la visite de l'Esprit d'Allan Kardec. J'ai constaté l'ambiance pure et la belle couleur fluidique qui entourent cet Esprit, l'éclat de sa foi en la force divine supérieure. C'est ce qui lui a permis, au cours de ses existences, de poursuivre une évolution qui lui donne, à chaque passage, des connaissances, des intuitions plus précises sur les formes et les lois de la vie universelle.

Il s'est attaché particulièrement à la France et la flamme celtique, autrement dit la foi première naturelle, a toujours brillé en lui.

Allan Kardec s'emploie à ranimer cette foi dans la conscience et la subconscience des Français, afin de les aider à élever leur esprit et à se rapprocher du rayon celte.

Le médium, ignorant complètement la question celtique, nous offre une garantie parfaite contre l'auto-suggestion.

Le celtisme représente la foi ardente émanée des courants supérieurs et transmise dans votre région par une radiation qui a aidé puissamment au développement de la conscience française. C'est une des attaches les plus vivaces au culte divin, au culte de la survie et à celui de la patrie. Ainsi dans vos prières, la petite flamme celte qui éclaire vos consciences de Français, s'élève, jaillit au fur et à mesure que la sincérité s'exalte.

Vous devez, dans votre ouvrage, faire appel aux réminiscences celtiques pour ranimer cette foi ardente en la divinité qui provoque sur notre monde l'envoi de courants générateurs et bienfaisants. Cette haute aspiration, les coeurs purs la possèdent. Comme autrefois les Celtes, les âmes qui ont soif d'idéal cherchent aux sources de la nature cette lumière bienfaisante qui symbolise la grandeur divine. Allan Kardec vous dira comment et pourquoi ce rayon celtique s'était attaché au sol armoricain.

Si j'étais encore sur terre je me servirais de ce thème pour démontrer que c'est à l'étincelle transmise par les Celtes que nous devons, à des degrés divers, le besoin de croyance en l'Au-delà, la satisfaction dans l'épanouissement de l'âme, et la perception de la lumière spirituelle qui nous prouve que toutes les créatures sont l'oeuvre de Dieu.

Je conclus en vous affirmant que le rayon celtique est le guide qui vous dirige vers le loyer suprême de lumière. C'est par cette lumière que vous arriverez à comprendre la marche de la vie universelle. Dans vos vies, à mesure que vous monterez vers Dieu, vous vous abreuverez à ces sources puissantes, vous apprendrez à connaître les forces insoupçonnées de l'éther, les vibrations créatrices qui démontrent l'existence du foyer divin.

15 janvier 1926.

N° 1. - SOURCE UNIQUE DES TROIS GRANDES REVELATIONS : BOUDDHIQUE, CHRETIENNE ET CELTIOUE

Je suis heureux de descendre près de vous, car j'éprouve une satisfaction morale, un plaisir réel, à me sentir bien adapté à des êtres qui développent des radiations sensiblement identiques à celles de mon péri-esprit. Ceci nous montre qu'il faut l'adaptation fluidique pour pouvoir se comprendre, échanger ses pensées et ses vues suivant les milieux dans lesquels on veut descendre. Chaque individu projette un rayonnement en rapport avec le nombre de ses existences ; et la richesse moléculaire des fluides qui composent son moi psychique est également en raison directe des travaux, des épreuves subies, de l'effort poursuivi à travers ses existences, soit sur un monde, soit dans l'espace. J'ajoute qu'il m'est particulièrement agréable de descendre dans ce pays de France, que j'ai aimé, habité matériellement depuis l'Armorique jusqu'à la Maurienne.

Chaque terroir a développé en moi des vues qui ne se perdront jamais. Celte, je me suis imprégné de cette mystique que j'avais apportée tout frémissant de l'espace. Puis, dans mon avant-dernière existence, en Savoie, j'ai acquis une endurance morale qui me fut nécessaire pour prêcher la doctrine que vous connaissez. Mais d'abord, parlons de l'existence par laquelle j'ai pris pied en Bretagne, et qui a été comme l'existence initiatrice en projetant dans mon être l'étincelle de la vie universelle. Cette étincelle a brillé plus ou moins à travers mes différentes vies, suivant que je cherchais à acquérir telle ou telle qualité se rapprochant, plus ou moins, de la matière ou de l'esprit.

Il y a des êtres qui ne peuvent admettre les existences successives. Chez eux, l'étincelle initiatrice reste voilée, car la lutte matérielle les absorbe tout entiers. Il y a des existences de foi, il y a des existences de travail, car c'est une loi immuable, un des principes fondamentaux que l'être se développe à travers des alternatives pour recueillir les germes bienfaisants qui doivent l'aider à progresser dans les espaces.

Dieu a projeté la parcelle de lumière qu'est l'âme, et cette radiation de pensée divine doit arriver, par des transformations et des accroissements successifs, à former un foyer radiant qui contribuera à l'entretien et à l'équilibre de l'atmosphère des mondes. C'est là un précepte d'ordre général qui indique la nécessité de la pluralité des vies.

Les premières sociétés humaines qui peuplèrent votre terre apportèrent l'ébauche des civilisations futures ; sur certains points, l'initiation spirituelle fut assez avancée, les Egyptiens, les Celtes, les Grecs, par exemple, portaient en eux des foyers radiants qui paralysaient les forces matérielles. Des éléments de progrès étaient déjà, par eux, établis sur votre globe. Le va-et-vient des êtres qui vivront alternativement à sa surface, puis dans l'espace, pourra dès lors se poursuivre avec régularité.

Les nouveaux venus, suivant leur degré d'évolution, proviendront de groupes appartenant à des mondes inférieurs, soit existants, soit disparus. Ces considérations d'ordre général étaient nécessaires avant de parler plus particulièrement de la France, de son influence fluidique et de son rayonnement dans le monde.

L'idée celtique en est l'essence même, elle émane du foyer divin et représente l'esprit de pureté dans la race, elle doit éclairer, à travers les siècles, l'âme nationale. C'est l'essor vers les sphères supérieures, la connaissance initiale du foyer divin, la survie de la pensée, la corrélation des âmes et des mondes, l'orientation vers un but qui doit s'éclairer et se préciser au fur et à mesure de notre évolution.

Le celtisme est le rayon qui montre la voie aux études psychiques futures. C'est sur lui que s'est greffée, dans votre pays, la pensée du christianisme, comme le christianisme lui-même s'était imprégné de cet autre rayon, le mysticisme oriental.

Il existe sur votre monde certains points privilégiés fluidiquement qui sont comme des miroirs, condensateurs et réflecteurs de fluides, destinés à faire vibrer les cerveaux et les coeurs des peuples de la planète. Sur ces points, trois foyers se sont allumés : le foyer oriental dans les Indes ; le foyer chrétien en Palestine ; le foyer celtique en Occident et dans le Nord.

Si on étudie la genèse des phénomènes qui ont concrétisé les doctrines, on voit que la cause supérieure est toujours la même et que votre planète est touchée par ces courants, ou faisceaux d'ondes supérieures, qui sont les véritables artères de la vie universelle.

Par votre évolution, il se produit maintenant un nouveau foyer radiant de pensée qui montrera à l'humanité toute la beauté, la grandeur, la puissance de l'oeuvre divine.

ALLAN KARDEC.

12 juin 1926.

N° 2. - EVOLUTION DE LA PENSEE A TRAVERS LES SIECLES

Dans notre dernier entretien je vous ai parlé des trois grands foyers spiritualistes allumés sur la terre pour éclairer la marche de l'humanité. Le foyer oriental fut mis en action par des Esprits des sphères supérieures dont la mission était de choisir des êtres se rapprochant le plus de la nature. Ils voulaient démontrer que l'être charnel, en s'affranchissant des passions, pouvait entrer en rapport direct avec les grands courants supérieurs qui doivent aider à l'évolution des sociétés terrestres. Vous en auriez la preuve dans l'étude de l'existence des grands prêtres Indous, des Lamas qui prenaient Bouddha pour exemple et cherchaient, avant tout, à s'immuniser contre les fluides matériels qui parcouraient la terre.

Les Esprits supérieurs avaient agi sur une région où l'humanité est moins assujettie aux désirs de la passion. Je veux parler des moines du Tibet, puis de certains êtres de l'Inde. Voici donc un point acquis : l'être humain, dans certaines conditions d'isolement, d'ascétisme et d'aspirations élevées, peut se sentir en constante relation avec les mondes supérieurs. Les ancêtres des médiums sont là ; ils arriveront à faire connaître leur existence à l'humanité, mais ils ne devront pas se diviser, gaspiller leurs forces, c'est pour cela qu'ils resteront dans le cercle oriental.

Pour que la pensée humaine soit frappée d'une façon plus concrète, il a fallu la venue du Christ qui, lui, se mêla intimement aux foules. Le Christ, comme les initiés de l'Inde, portait en lui de nombreuses étincelles de la force divine. Cette force divine se transmettait par sa parole et par l'action des apôtres. Mais sur certains points de la terre, et particulièrement dans votre Gaule, les prêtres celtes, les druides transmettaient également eux-mêmes les rayonnements du foyer divin en les symbolisant à leur façon, c'est-à-dire en s'inspirant plus particulièrement de la nature.

Le Druide, comme le Lama, puisait aux sources génératrices de l'espace les forces qui éveillaient sa foi et l'attiraient vers le foyer supérieur. Les formes peuvent varier, mais dans le cercle de l'Orient, dans le christianisme et chez les Druides, il y a un point absolument identique : c'est que l'être humain, lorsqu'il sait se détacher des attractions matérielles, vibre suffisamment pour percevoir les émissions des grands foyers célestes. Les prêtres de l'Orient, le Christ et les Druides étaient imprégnés de ces ondes puissantes et, par suite, pouvaient produire des phénomènes qui impressionnaient les foules.

Dans vos temps modernes, le magnétisme, qui est une des formes du dynamisme universel, joue un rôle important chez tous ceux qui constituent des pôles attractifs et savent user de la prière.

Il faut reconnaître que chez les Druides, il se produisait des exactions, par exemple des sacrifices humains, derniers vestiges d'une grossière barbarie et destinés à frapper les masses.

Depuis l'origine de ces trois grands foyers de diffusion spiritualiste, la foi et l'idéal ont subi alternativement des arrêts et des retours ; l'élan du mysticisme s'est réveillé çà et là, sous l'action des vagues correspondant à l'état d'évolution de notre humanité.

D'autre part, la science positive a marché voilant la foi. Le jour où un foyer nouveau s'allumera sur la terre il suscitera une curiosité bien naturelle. A l'heure présente, les centres semblent se déplacer. Je ne serai pas surpris de voir un jour, en Amérique, se constituer un pôle capable d'enrayer le positivisme du peuple américain. Ce peuple est, comme sa composition ethnique, assez bigarré, au point de vue idéal. C'est du côté de l'Inde qu'il faut s'attendre à voir jaillir un jour des phénomènes qui vous intéresseront au plus haut degré. Cette région de la terre est toujours imprégnée de mysticisme comme, en France, votre Bretagne conserve toujours une foi ardente dans l'esprit de l'Au-delà.

Récemment, des expériences ont eu lieu avec le concours d'un être qui paraissait posséder de belles qualités de transmission fluidique ; mais il est entouré d'apôtres trop réalistes, néanmoins il y a là une indication, une direction, un simple fil d'attache qui se relie aux faisceaux spirituels. C'est un être évolué, mais non comparable à Bouddha et au Christ !

La spiritualité doit évoluer, et à certaines époques raviver la foi qui se noierait dans le matérialisme. Bouddha, le Christ et les Esprits des Druides représentent des forces supérieures rattachées au foyer divin et ils travaillent à maintenir la terre à un degré d'équilibre nécessaire pour poursuivre son évolution, car, si la spiritualité s'éteignait sur votre planète la matière l'envahirait et finirait par la ronger et la dissoudre. La matière doit être tenue en suspension par l'action supérieure de l'esprit. En réalité, elle n'est que l'écran sur lequel vient se refléter le rayon de la vie universelle.

ALLAN KARDEC.

12 mars 1926.

N° 3. - MEME SUJET

J'ai déjà parlé des trois foyers : bouddhiste, chrétien et druidique. Vous savez que le foyer chrétien qui, somme toute, est une émanation des doctrines orientales, s'est répandu en avançant vers l'Italie, puis s'est heurté à une sphère indépendante qui représentait un pôle attractif égal, constitué par le monde celtique. Même à des époques éloignées il s'est créé de grands foyers attractifs, des êtres sont venus en mission après avoir habité des planètes plus avancées, plus âgées que la vôtre, afin d'y jeter, à côté du travail matériel, la semence qui alimentait la flamme des consciences humaines.

Le temps n'existe pas ; la destinée et la vie universelle se développent éternellement. Lorsque les molécules gazeuses de chaleur, de vapeur et d'eau qui ont formé votre terre se sont condensées pour former le protoplasma de la matière, il fallait que chez les êtres qui devaient peupler ce nouveau monde, des initiés supérieurs vinssent transmettre aux consciences bien primitives l'acceptation d'une loi d'ordre supérieur.

C'est pour cela qu'en Orient, en Palestine et en Gaule des foyers attractifs ont été formés. Si le principe fondamental qui les inspirait était le même, la forme a pu varier dans ses applications ; mais en analysant ces principes on voit que la thèse de la survie éternelle y est également acceptée. Les druides, eux, établis sur les côtes, se sont inspirés des éléments directs extérieurs par la conception des trois cercles synthétisant les forces naturelles et morales. Il existait une initiation à plusieurs degrés et on la retrouve dans les formes du culte, c'est dans le christianisme que l'initiation a été la moins fouillée. J'estime que la doctrine du Christ était plus pure que d'autres, parce que plus simple.

Les druides étaient d'autant plus initiés que leur degré personnel de médiumnité était plus accentué. Chez eux, le prêtre, la prêtresse vivant au milieu de la nature, recevaient l'initiation par l'intuition d'une façon plus directe que dans le culte chrétien. Si on analyse le druidisme on y retrouve un enseignement ésotérique très développé. Cependant le christianisme lui est supérieur au point de vue humain car il s'adapte plus particulièrement aux faiblesses humaines, tandis que le druidisme avec ses doctrines d'ordre élevé, considérait la race humaine comme inférieure. Son enseignement, mieux compris par les privilégiés, aboutissait pour la masse à certaines superstitions.

En résumé, dans le celtisme il ne faut retenir que le principe initial ; ses prêtres, vivant en contact avec la nature, communiaient intimement avec les forces invisibles, mais, ayant conservé malgré tout des molécules matérielles il en résultait que la transmission de leur enseignement se déformait, négligeant trop les notions de justice et d'amour, au sein d'une population encore barbare à cette époque.

On voit par là que les trois foyers bouddhiste, chrétien et druidique se complètent. Jésus-Christ personnifie la lumière des sphères presque divines, lumière qui, par ses ondes bienfaisantes, doit éclairer, vivifier la conscience. Le druidisme, puisant aux sources vives de la nature, percevait les vibrations des mondes et les émanations de la vie universelle. Ce que le Christ recevait directement des êtres supérieurs, le druide l'obtenait au moyen des courants transmetteurs de la pensée des êtres désincarnés.

Il se produit à l'heure actuelle de nouveaux groupements fluidiques, qui ne se condensent pas encore, mais destinés à former un foyer attractif qui sera le quatrième cycle. Celui-ci acceptera la réalité de la vie supérieure susceptible, dans certaines conditions, de communiquer avec les êtres humains doués de connaissances scientifiques alliées à un idéal élevé. Leurs convictions aideront à rétablir l'équilibre nécessaire entre l'existence matérielle et l'inspiration spirituelle.

ALLAN KARDEC.

23 avril 1926.

N° 4. - CELTES ET ATLANTES

Votre groupe est immunisé parce qu'il reste en dehors des passions humaines. Vous êtes bien Celtes grâce à votre volonté de rester dans la conscience primitive de votre race.

Une des formes du celtisme pur est l'amour de la nature. Celle-ci n'est-elle pas le reflet de la beauté et de la grandeur divine ? Elle procure aux humains les plus pures joies de l'esprit et des sens ; elle établit une communication à travers les sphères d'azur et les courants extraterrestres.

Le celtisme, c'est encore l'amour de la famille, la connaissance intuitive des antériorités et des affinités ; l'attachement au sol dont les radiations géologiques s'assimilent aux radiations individuelles.

Question. - Y a-t-il, comme certains le prétendent, une différence entre Celtes et Gaulois.

Réponse. - Il y chez le Celte au point de vue humain deux origines : l'origine normande et anglo-normande.

Il existe en Bretagne des individus de race plus bronzée, au pigment plus rouge, peut-être viendraient-ils de l'Atlantide, mais ce sont des spécimens isolés et rares.

Il paraît qu'il y aurait eu entre l'Atlantide et la Bretagne française une île sur laquelle auraient vécu ces peuplades. Du pays de Gascogne une colonie aurait émigré dans l'île d'Oléron.

Rappelez-vous que l'étincelle celtique est l'élément primordial qui doit entretenir le nationalisme français actuel, car l'étincelle vitale de la conscience du Français est sortie du Celte.

ALLAN KARDEC.

22 mai 1926.

N° 5. - SUR L'ORIGINE DU COURANT CELTIQUE

La vie des planètes, comme celle des individus, doit subir des phases successives, et, suivant ces phases, l'homogénéité des fluides est plus ou moins détruite ou respectée. Votre Terre est entrée dans sa course en contact avec un des grands courants qui constitue les artères de la vie universelle. Ce courant est extrêmement puissant et va produire des effets différents suivant la nature des êtres. Les Esprits d'ordre inférieur qui séjournent entre votre planète et ce courant ne peuvent supporter l'attraction fluidique qui s'en dégage, d'où révulsion automatique de ces êtres vers la matière. Leur influence amènera une recrudescence des basses passions.

Quant aux terriens qui se complaisent dans la méditation et font appel aux forces, aux aspirations supérieures, les effluves de ce courant les atteindront et c'est par là qu'ils recevront des intuitions et des communications.

J'ajouterai que ce courant vital a la propriété d'entretenir dans l'espace la vie périspiritale et spirituelle, et sur la terre d'éclairer les consciences évoluées.

Vous pouvez donc constater sur votre terre, au moment actuel, d'une part, un affaissement de toutes croyances élevées, et d'autre part un afflux de mysticisme. C'est pourquoi votre étude sur le celtisme vient à son heure et j'estime que le courant dont je parle peut aider, en ranimant les consciences, à faire briller l'étincelle des antériorités.

Vous savez qu'un des principaux éléments de votre race est le celtisme, qui s'est formé lors de la constitution de la terre, lorsque les premiers êtres humains y sont apparus. Le celtisme est en réalité une projection d'étincelles provenant d'un des faisceaux de la vie universelle.

Chaque race est influencée par un faisceau différent, faisceau dont les radiations s'adaptent à certaines parties du sol suivant leur nature.

Lorsque votre planète était encore à l'état de formation ses différentes couches étaient déjà en relation directe, par vibrations, avec certains faisceaux des artères qui animent le grand Tout.

C'est pourquoi chaque race a conservé au fond de sa subconscience l'étincelle génératrice qui anima les premières manifestations de la vie. Chaque race possède donc des qualités différentes. L'être doit les acquérir toutes à la suite des temps, dans un ordre successif et, pour cela, il doit passer par les milieux dominés par telle vertu, ou telle passion. Remarquons que la passion n'est plus une vertu et que la vertu s'altère, lorsque le jet fluidique est souillé d'ondes qui peuvent en ternir l'éclat.

Je ne vous parlerai pas de la composition chimique des ondes qui ont engendré l'étincelle primaire qui anime chaque peuple et chaque individu. La France a toujours gardé son étincelle primitive. D'après l'étude de votre histoire et de votre préhistoire la France, malgré certaines déformations, a vu persister à travers les siècles, les vertus de la race. Ce sont :

1° Activité cérébrale soutenue ; 2° conscience chez l'individu de son automatisme intégral ; 3° besoin de mysticisme et d'idéal, même lorsque la conscience de l'individu a dévié ; 4° lutte constante entre la passion et l'idéal. Telles sont les caractéristiques de votre race. Sur tout le territoire on retrouve ces qualités fondamentales, les passions y sont à peu près identiques. A l'origine ce furent des radiations venues de l'ouest qui affectèrent votre pays.

Si, de l'espace, vous aviez suivi la genèse d'un monde, vous verriez qu'avant qu'il soit livré à lui-même, une sorte de filet fluidique lui portant le suc nourricier l'entourait. Le pôle vibratoire qui nourrit votre race s'est attaché à votre planète au sud de la Bretagne. A cette époque il est vrai, il n'y avait ni Bretagne, ni Gaule, mais seulement une nappe gazeuse homogène, les vibrations s'étendirent du sud au nord en forme d'éventail, et prirent contact dans cette direction avec la nappe gazeuse. Cet état de choses dura pendant toute la période de transformation de l'écorce, et, quand les premiers êtres humains apparurent ils furent imprégnés de ces radiations.

Cette radiation primaire qui toucha votre pays s'est transmise à travers les générations et les existences, car chaque être emporte avec lui dans son subconscient l'étincelle vitale produite par la première propulsion.

Que ce soit de nos jours, en Bretagne ou sur les côtes anglaises du sud-ouest, on retrouve les mêmes caractéristiques d'aspirations, d'attachement au sol, qui prouvent que les vibrations ont été les mêmes dans toute cette région, tandis que plus on s'éloigne du centre-ouest, plus on constate que la pureté du sentiment celtique s'affaiblit.

En résumé, le celtisme correspond donc au point d'arrivée d'un courant, puisé aux artères de la vie universelle, et qui a pénétré l'enveloppe terrestre dès sa formation, juste au centre-ouest. De là les étincelles vitales qui sommeillent toujours dans la conscience française.

ALLAN KARDEC.

4 juin 1926.

N° 6. - LE COURANT CELTIQUE ET LE CARACTERE FRANÇAIS

La race celtique qui, d'une façon générale, avait pris pied sur votre globe à l'ouest de la France, avec prolongement vers le nord-ouest, profita des radiations transmises par le faisceau vibratoire dont il a été parlé. Tout Celte pur devait donc être imprégné des vertus et pensées, venant directement des foyers supérieurs. Elles se traduisaient, chez les inspirés, druides et bardes, par un élan et un retour vers la lumière de l'espace en un jaillissement d'amour, de reconnaissance des joies éprouvées dans les sphères vibratoires de l'astral.

A mesure qu'on s'éloigne du point d'attache de ce rayon vibratoire, les vertus primaires transmises par ce rayon s'affaiblissent ; mais les êtres qui vont se succéder sur l'écorce terrestre continueront à recevoir, par des faisceaux complémentaires et intermittents, quoique avec moins d'intensité, les radiations de la pensée supérieure.

Plus l'être humain se sera dégagé de l'emprise matérielle, au point de vue vibratoire, plus sa compréhension se rapprochera intuitivement de la vie extraterrestre. Essayons de reconnaître ce qui reste à travers les siècles de l'étincelle primitive, transmise par réflexe lors de la création de votre globe.

Dans votre race française le mysticisme est dérivé de l'étincelle celtique avec la générosité particulière à cette race ; puis, à mesure qu'on remonte du midi vers le nord, il prend un sens de plus en plus réfléchi, plus tempéré.

A travers les siècles, ces diverses qualités se sont fondues pour former votre race française. En l'analysant de près, cette race a des subdivisions et, si vous pouviez voir au microscope ce qui reste de l'étincelle individuelle, d'essence divine, vous pourriez constater que, ce dont elle est restée le plus fortement imprégnée, c'est le mysticisme.

Il y a des causes et des lois qui régissent chaque individu. Tout être humain doit posséder ses qualités propres, ses vibrations particulières, afin de recevoir et d'échanger les intuitions avec les mondes supérieurs. Si vous lisiez dans l'âme d'un Breton, lorsqu'il est en prière, vous verriez la petite étincelle de sa conscience vibrer d'une façon intense sous l'effet des rayons réfractés du sol et qui doivent entretenir la croyance mystique.

Si ce Breton, sorti de son ambiance, est mis en contact avec un médium sincère, son éducation ésotérique deviendra facile et le plus grand nombre retrouverait en peu de temps dans sa subconscience la croyance pure des existences passées.

ALLAN KARDEC.

25 juin 1926.

N° 7. - ANALOGIE DE L'IDEAL JAPONAIS AVEC LE CELTISME

Mon pays est loin du vôtre. J'ai écrit dans ma langue maternellement humaine. Vous ne m'avez pas compris, les caractères étaient de haut en bas, ils sont phonétiques. (L'esprit avant de parler avait tracé sur la table des signes incompréhensibles pour nous.) Cela va vous dire un peu mon origine. Je suis envoyé par Allan Kardec pour vous dire que l'essence spirituelle qui anime le peuple japonais est identique à celle qui impressionna les premiers Celtes. La spiritualité est puisée aux sources mêmes de la lumière de l'espace. De même que vous avez reçu un rayon qui a joint la planète en Bretagne, comme on vous l'a expliqué, un rayon de même essence s'est attaché sur la partie du globe comprenant le Japon et s'irradiant jusqu'en Mandchourie. Nous, Japonais, nous avons acquis de ce fait l'impression ineffaçable de la vie de l'espace. La vie terrestre est un rêve, et la grande, haute, lumineuse vie est au sein de l'éther.

Le Japonais, qui a souci de son élévation morale, conserve toujours dans le fond de sa conscience la souvenance intime du lien qui l'attache à la vie supérieure. De là, notre culte pour Dieu et les êtres évolués qui peuplent l'univers sous des formes différentes. De là, notre culte de la pensée, en hommage aux désincarnés qui ont, de près ou de loin, formé notre famille spirituelle et humaine.

Lorsque l'esprit va directement, et sans arrière-pensée vers les foyers éminemment spiritualisés, il ressent en retour d'autres pensées qui sont l'échange de vues qui doivent engendrer l'évolution morale, et préserver de l'emprise du matérialisme. C'est pour cela que les Orientaux ont conservé le culte des morts. C'est pour cela que, de votre côté, les druides évoquaient toujours, dans les cercles de pierre, les êtres vivant sur des plans divers. De là instinctivement le courage devant la mort, l'esprit de sacrifice et l'amour de la nature.

La nature japonaise semble, à l'heure actuelle, avoir perdu de la flamme mystique des siècles passés. Cela tient aux ténèbres qui enveloppent votre terre. Comme à l'origine, les grands courants frappaient la nébuleuse à sa formation, à l'heure présente, cette terre, qui n'est plus nébuleuse, fait écran aux radiations de l'espace et, par suite, laisse prise à la matérialité sur l'initiation et la foi mystique. Voilà ce qui m'est permis de vous dire aujourd'hui pour votre documentation personnelle. J'ai de la peine à donner ma pensée, car je ne connais pas votre langue. Il a fallu l'aide d'un esprit assistant pour que mes formes-pensées se retrouvent claires dans le cerveau du médium et soient traduites par lui.

Je retourne dans l'espace libre et satisfait d'avoir pu revenir sur la terre pour vous communiquer une pensée qui puisse éclairer la fleur dont le parfum va se répandre à travers les feuillets de votre futur livre.

KASULI.

Ancien précepteur à la Cour impériale de Japon.

25 juin 1926.

N° 8. - PROCEDES SPIRITUELS DES DRUIDES

Il était intéressant de vous faire connaître le point de contact et les différences qui existent entre les religions orientales et le celtisme. On retrouve au Japon les points fondamentaux identiques aux courants vibratoires lancés en Bretagne.

Vous avez des notions précises sur le celtisme et vous savez que les Druides et certains initiés ressentaient ces vibrations qui, moins analysées qu'aujourd'hui, se traduisaient chez eux par de simples intuitions.

Au cours des cérémonies druidiques, les prêtres et les prêtresses tombaient dans l'état extatique. La druidesse était le médium des druides, mieux préservée, habitant au milieu de la nature. En général elle était chaste.

Les populations de cette époque étaient à l'abri du matérialisme et c'est pourquoi il fallait frapper leur imagination par des sacrifices. Les sacrifices, soit d'êtres humains, soit d'animaux, faisaient la base des cérémonies druidiques, et étaient précédés de chants qui constituaient autant d'appels vibratoires propres à faciliter les intuitions. Certains druides avaient le pouvoir de provoquer l'extériorisation des sujets de façon que ceux-ci, sous l'influence du sommeil magnétique, marchaient volontairement à la mort.

L'atmosphère terrestre à cette époque et dans ce coin de France, sous le rayonnement vibratoire dont je vous ai parlé, était plus fluide que l'atmosphère de nos jours.

Des vibrations plus fortes sont venues toucher votre terre, à mesure que sa carapace s'épaississait la nature des vibrations s'est transformée. Nous ne pouvons pas toujours, au point de vue vibratoire, agir sur le sol comme on le faisait du temps des Druides, nous devons nous borner à influencer certains tempéraments susceptibles d'emmagasiner des forces fluidiques véhicules de la pensée. En suivant l'évolution de votre planète vous constaterez que les effluves perdent de leur caractère volatil pour emprunter plus de forces vibratoires et c'est par là que le cerveau humain arrivera, par adaptation scientifique, à découvrir les sources de l'âme universelle.

Je dis l'adaptation scientifique, et non la science pure seule, car la science doit mettre sur le chemin de l'orientation spiritualiste, et c'est la conscience, éclairée par la foi, qui la guidera vers une connaissance plus haute et plus étendue.

Pour en revenir aux Druides, ils recouraient aux invocations à la nature pour se mettre dans un état d'équilibre, capable de leur faire ressentir les vibrations des pensées supérieures. Il en résultait pour eux que le souffle supérieur existe, que la terre est entourée de forces créatrices, et que la vie ne s'arrêtait pas aux limites des forêts bretonnes. Certes, ces forces ne développaient pas dans les cerveaux des habitants d'alors de géniales inventions qui auraient pu amener une civilisation matérielle presque spontanée. Mais ce que les Druides enseignaient déjà, c'est que la terre est une station qui s'est formée fluidiquement et qui doit évoluer, puis disparaître.

Les pensées des Esprits qui touchaient les Druides étaient celles des individualités habitant soit l'espace, soit des mondes déjà formés. Lorsqu'une terre est en formation et que des êtres conscients doivent la peupler le premier afflux qu'ils reçoivent est celui qui leur donnera de façon impérissable la croyance en la vie supérieure et invisible. Cette croyance doit transmettre à travers les générations la lumière de la conscience qui, au point de vue charnel, est nécessaire pour l'évolution et le transfert dans la pluralité des existences.

Nous voici amenés à parler des races. Nous laissons le druide procéder à l'initiation toute spirituelle des habitants d'une partie de la France. Le paysan breton de cette époque est naturellement un primitif au point de vue de la civilisation humaine. A travers l'histoire nous le retrouvons, toujours immuablement soudé à trois grands principes : amour du surnaturel, amour de sa terre, amour de sa race. L'amour du surnaturel lui est venu par cet afflux des radiations transmis par les médiums des druides, qui, au point de vue humain, a imprégné la matière charnelle d'un mysticisme entretenu par une imagination religieuse et une foi ardente pour tout ce qui est occulte. De là une crainte de la vie future en cas d'impiété envers le Créateur. De là dérivent la naïveté mystique des foules et aussi l'élévation sincère qui inspire l'abnégation chez les marins et la résignation de presque tous les habitants de la presqu'île d'Armor.

La piété est pour le Breton le viatique qui soutient le maillon de la chaîne des vies. L'enveloppe charnelle du Breton aspire les effluves nourriciers transmis par le sol. Si dans sa conscience il conserve toujours le mysticisme et la confiance dans la force divine il éprouve une sorte de jouissance à se pénétrer de l'ambiance qui se dégage du sol de sa Bretagne. Ce phénomène lui donnera l'équilibre en le forçant instinctivement à rester sur ce sol. La nature de son terroir ressemble aux bras d'une mère tendre, dont le coeur est représenté par la foi mystique transmise par les rayons de l'espace.

En résumé, l'amour du surnaturel et l'amour du sol natal sont les deux principaux facteurs qui forment la race bretonne. Dans ce milieu au sol ardent et mystérieux, encadré par la mer, l'habitant acquerra des qualités supérieures au point de vue sensibilité mystique.

La race bretonne est à la fois sensible et robuste. La sensibilité vibratoire lui est venue de l'esprit et c'est de son sol que lui viennent une ardeur et un point de sauvagerie qui se refléteront dans son tempérament.

La nature armoricaine entretient dans son imagination le culte de la légende, celui des anciens rites et, malgré les existences successives et les déformations inhérentes à la civilisation, quand vient la mort, le désincarné breton emporte avec lui les mêmes stigmates imprimés il y a des siècles.

L'empreinte du celtisme a donc frappé la race bretonne, comme je l'ai dit, par capillarité à travers le sol et, à travers les migrations humaines, l'étincelle celtique est, et restera l'un des foyers qui anime et éclaire la France tout entière.

ALLAN KARDEC.

9 juillet 1926.

N° 9. - VARIETE DES RACES HUMAINES

Les Celtes forment les premiers pères de la spiritualité. Ce sont les paroles d'un des grands dignitaires de l'Eglise, de Léon XIII, que j'ai eu l'occasion de rencontrer dans l'espace et qui m'a communiqué cette pensée ; j'attache beaucoup d'importance à cette parole, elle prouve que la vision de l'espace est plus claire que celle de la terre.

Au sujet des prétendues origines orientales des Celtes, certains historiens se sont trompés. Je vous ai dit qu'un rayon fluidique avait frappé l'Occident dans le voisinage de la Bretagne, lors de la formation de la terre, rayon transmettant les éléments nécessaires de la vie universelle. Plus d'un rayon semblable frappe votre planète.

Plusieurs de ces courants avaient des fondamentales distinctes quoique la vitesse des vibrations fût la même. Remarquez que, si du côté occidental a lui la belle lumière spirituelle celtique, il ne faut pas négliger de constater qu'en Orient, et même en Extrême-Orient, il existe un mysticisme très élevé qui peut s'apparenter chez les Japonais, par exemple, à certaines croyances celtiques.

Au point de vue de la race vous avez des éléments terrestres qui se rattachent à ceux de la Bretagne. Par suite d'un double phénomène de radiations, des êtres humains, également touchés par les radiations de l'espace et par celles de leur sol natal, peuvent présenter les mêmes caractéristiques, à des degrés différents que celles d'autres races. C'est ainsi qu'il existe entre le paysan breton et le paysan du Sud de la Russie, en Ukraine, par exemple, des caractéristiques analogues. Vénération de la nature, attachement au sol, confiance native dans le surnaturel. Il n'y a donc rien de surprenant à ce que certains écrivains, ne connaissant pas les phénomènes de la vie magnétique et extraterrestre, aient été simplement frappés par ces analogies et amenés à ranger plusieurs races dans un type unique.

Mais il peut arriver qu'entre deux rayons élevés il y ait naissance d'êtres presque sauvages ou rudimentairement organisés. Vous en avez une preuve par la présence de races sauvages, comme les Huns fixés en Hongrie ; plus au nord, les peuples germaniques, au début ces peuplades se trouvant placées à égale distance du rayon celte et du rayon oriental. Chaque race évoluée se trouve sous l'action du rayon régénérateur, puis s'étend en ondes humaines autour de ce rayon jusqu'à ce que celui-ci rencontre les ondes venues d'un autre rayon. Et cela explique les différences de races, car le rayon celtique (je le cite parce qu'il est plus près de vous) étant d'un ordre spirituel très élevé, et le rayon oriental l'étant également, il est en dehors d'eux, d'autres rayons, ayant une caractéristique tout autre, dont la luminosité est riche en nombre de couleurs et dont les vibrations sont plus rudes. Ces rayons représentent le courage brutal, la force dominatrice, vous en avez le témoignage chez les Germains et les Hongrois. De là des chocs entre les courants et par suite des luttes de race. Ces courants existent toujours, mais se transforment au cours des siècles, ils donnent aux humains l'aliment et l'assimilation de la pensée suivant leur degré d'évolution et la nature de leur sol. Certainement des êtres humains placés entre deux rayons supérieurs peuvent arriver, soit individuellement, soit en groupe à s'affirmer, et à s'assimiler plus d'éléments vibratoires supérieurs qu'au début. C'est une question de conscience dans le sens absolu du mot et aussi d'élévation personnelle. La nature des rayons a beaucoup évolué depuis les débuts de la vie autonome de votre planète. Les grands rayons spirituels élevés n'ont plus la force régénératrice d'antan et de même les rayons primaires moins spiritualisés se sont transformés ; de là des fluctuations dans chaque race. Vous trouvez dans chaque peuple des ères d'élévation spirituelle alternant avec des périodes d'emprises matérielles. C'est la loi du travail absolu et sans contrainte.

La France actuellement nous paraît, de l'espace, toujours enveloppée de rayons venant des sphères très élevées, mais qui semblent voilés d'une sorte de vapeur provenant des émanations terrestres matérielles. C'est pourquoi vous avez, à l'heure actuelle, dans votre pays, des chocs qui ne se produisaient pas chez les Celtes qui s'imprégnaient et puisaient leurs directives aux sources mêmes de la nature. Les deux grands rayons, dont j'ai parlé, continuent à envoyer leurs fluides vitaux qui doivent entretenir dans les consciences humaines la croyance dans l'invisible, dans la survivance et aussi dans la force divine créatrice de la grande vie.

En Angleterre, il existe un double courant qui nous indique toujours la proximité du rayon qui a engendré le celtisme.

1° Confiance de la société cultivée dans l'existence de l'être invisible ; 2° mysticisme dans la classe populaire. Les êtres réfractaires à ce double courant restent attachés aux jouissances matérielles et rejettent la doctrine supérieure.

J'ai trouvé dernièrement en Angleterre des familles possédant encore une foi sincère et profonde dans la bonté divine, acceptant la survie supérieure et priant dans le silence de la nature. Cette famille avait encore vivace la flamme celtique, non souillée par les générations. J'ai été vivement impressionné par les Esprits venus autour de ces personnes pour entretenir la flamme de leur conscience. En Bretagne française, la petite flamme existe aussi, mais elle est plus vacillante, car l'ambiance des radiations avoisinantes gène son essor vers l'azur. Dans le Centre de la France subsistent chez vos paysans des parcelles de la foi celtique, incrustées dans le subconscient ; elles se révèlent chez certains sujets par une expression de candeur et de sincérité dans la prière, seul élément qui soit resté des radiations celtiques. Dans vos villes cet élément a disparu du fait de l'influence matérialiste.

Le rayon celte et le rayon oriental ne sont pas les seuls rayons élevés qui doivent transmettre la haute spiritualité aux humains. Il y a un très beau rayon en Scandinavie, un autre en Egypte, venant du golfe Persique, et qui se prolonge dans le Nord de l'Afrique jusqu'à l'Atlantique. Les rayons celte, scandinave et oriental sont les plus purs. Le rayon celte est plus éthéré mais le rayon scandinave possède plus de couleur. Le rayon oriental est à la fois composé de la couleur azurée celte et du soleil d'or représentant la force dans la croyance mystique.

Vos philosophes, vos historiens ont été frappés par des analogies qui existent entre les influences des divers courants et ont placé le berceau des Celtes en différents points.

ALLAN KARDEC.

23 juillet 1926.

N° 10. - LE RAYON CELTIOUE. (Suite.)

Le rayon celtique dont je vous ai parlé s'est conservé à travers les âges dans votre conscience française sous la forme de l'amour du sol. Les Druides possédaient à un haut degré ce rayonnement qui faisait d'eux autant de pôles magnétiques qui, par réfraction pouvaient transmettre aux êtres environnants la flamme mystique et supérieure qu'ils avaient reçue. Leur pouvoir sur les masses ignorantes fut grand. A un moment donné, par intuition, un certain nombre de Druides reçurent la mission d'aller plus avant dans les terres. Munis de pouvoirs occultes ils impressionnèrent les barbares et transmirent leur magnétisme par leur incantation sous la forme du culte, et, de ce fait, la nappe fluidique s'étendit plus avant sur la Gaule.

Le passage des Druides est incontestable dans le Centre de la France et en Lorraine. On peut dire que le celtisme est le foyer radiant d'où est sortie la race nationale gauloise. Sous l'action des rites celtiques l'homme s'imprégna de mysticisme, son corps s'assouplit et put recevoir certaines vibrations de l'espace. Ces vibrations ne purent se développer graduellement, car les générations ne possédaient pas toutes les qualités d'absorption nécessaire à l'assimilation des fluides.

Les vibrations primaires celtiques sont restées imprimées dans les âmes. Endormies pendant la vie des uns elles se réveillaient chez les descendants suivant leurs aptitudes.

C'est pourquoi vous avez pu constater dans votre histoire des élans ou des reculs se traduisant par la montée vers l'idéal ou la descente vers la matière.

Des êtres parvenus au même degré d'évolution ayant emmagasiné ce même nombre de vibrations celtiques ne les ont pas extériorisées au même moment, aux mêmes lieux. Un Breton ayant reçu directement des Druides, dans le pays natal, l'étincelle celtique la transmettra à ses enfants qui la conserveront en état d'ignition jusqu'au moment où elle se rallumera sous la forme d'une flamme insoupçonnée.

Ce moment approche. Bientôt vous allez constater un mouvement de spiritualité constant et durable. Dieu a des projets sur la terre. Nous pressentons de grandes choses, car le spirituel doit faire évoluer l'humanité.

ALLAN KARDEC.

20 août 1926

N° 11. - METHODE DE COMMUNICATION ENTRE ESPRITS ET HUMAINS

Depuis notre dernier entretien il m'a fallu rechercher la méthode la plus facile pour infuser à un cerveau de médium et à des êtres humains la solution des problèmes que vous me demandez. Je suis entré en contact avec des Esprits des sphères supérieures qui m'ont parlé de la transmigration des êtres depuis leur origine.

Dans l'espace nous nous stabilisons dans une sphère de moyenne densité et, de là nous appelons les êtres supérieurs. Ils ne viennent pas toujours parce que leur rayon ne peut pas être soutenu par nous, mais leur pensée nous frappe comme les ondes de la terre frappent le résonateur téléphonique.

Lorsque l'appel a été entendu et que les deux êtres désincarnés sont en rapport, les pensées s'échangent sous la forme de couleurs transmises par des vibrations. Mais, lorsqu'on demande des solutions de problèmes d'une élévation supérieure à la compréhension des humains, nous, désincarnés, nous sommes assimilés à des incarnés correspondant au dernier plan de leur évolution terrestre.

Sur la terre, prenez deux individus d'intelligence et de compréhension différentes et abordez une question inconnue d'eux. Elle sera comprise immédiatement par l'un et non par l'autre et un effort d'adaptation deviendra nécessaire. Il en est de même dans l'espace. Donc j'ai résolu le problème de la vie psychique au point de vue des réincarnations, la corrélation entre la vie humaine planétaire et la vie des incarnés.

Mais, ce que vous demandez, c'est le plus de précision possible sur la molécule primaire, c'est-à-dire le point initial de la vie. Maintenant il faut que j'amène à vous le rayon supérieur qui enseigne le mystère. Quand ce rayon sera parvenu jusqu'à vous j'aurai la possibilité de vous renseigner.

Les mystères de la création ne peuvent être dévoilés à toute créature humaine. Pour cela les êtres doivent se mettre dans des dispositions spéciales afin que leurs vibrations s'accordent avec les vibrations supérieures.

Il faudra vous réunir dans une chambre close, les volets fermés. Prendre les instructions à la lueur d'une lampe abritée d'un paravent. Avant la séance vous baignerez le front du médium avec de l'ouate imbibée d'un peu d'eau fraîche. En pénétrant dans le médium je magnétiserai la couche d'eau et cela servira de fluide amortisseur.

Je recevrai alors de l'espace des vibrations qui me feront comprendre les problèmes. Je vous ai promis une aide sérieuse de l'espace, vous aurez la documentation que vous désirez, à vous de réunir les moyens pour cela. Puisque vous avez consacré votre vie à la diffusion d'une croyance ainsi que je l'ai fait moi-même, vous êtes resté mon collaborateur sur la terre. Je vous donne toute ma personnalité fluidique pour obtenir la clé d'un problème mystérieux. Mais, pour cela, il faut que les rayons des grandes sphères viennent vous toucher directement.

L'humanité ne doit pas transgresser au point de vue évolutif les règles posées comme bases de la vie universelle. Pour comprendre la moindre partie de cette vie universelle il faut développer sa volonté, son désir de s'élever vers l'idéal, se pénétrer d'un bain fluidique pur et régénérateur.

Il est de grands Esprits qui sont incapables de comprendre d'où et comment ils sont venus et où ils vont. Même, s'ils le comprennent dans l'espace, ils l'oublieraient en s'incorporant dans un médium et à plus forte raison en se réincarnant sur la terre pour une nouvelle vie.

Lorsque je pense et réfléchis dans l'espace, les vibrations psychiques de tout mon être peuvent réaliser la plénitude de mes facultés, mais, dès que je pénètre dans le médium, ces vibrations s'amoindrissent et mon pouvoir perd beaucoup de son étendue. Il est des mondes fluidiques où la compréhension est plus nette que chez vous. A mesure que la matière perd de son pouvoir, l'état psychique devient plus subtil et s'imprègne plus facilement des radiations de la vie universelle.

Dans sa période de formation, votre terre a été imprégnée de grands courants dont je vous ai parlé, et, si les Celtes et les Druides en ont perçu les vibrations directes, c'est que votre planète était encore toute vibrante d'une action supérieure qui est allée s'atténuant au cours des âges.

ALLAN KARDEC.

3 septembre 1926.

N° 12. - ORIGINE ET EVOLUTION DE LA VIE UNIVERSELLE

Vous avez demandé des éclaircissements sur certains points obscurs de la doctrine Druidique. Dans ce but je me suis mis en rapport avec les sphères élevées afin d'obtenir quelques indices sur le foyer supérieur régénérateur de vie et d'amour. Trois cercles, vous le savez, forment les bases de la doctrine Celtique par conséquent le plus élevé correspond au foyer divin.

Des explications fournies par les Esprits supérieurs il résulte que l'intelligence humaine ne doit pas connaître le secret de la source suprême de la vie. Voici ce que je puis en dire d'après les radiations qui me parviennent. Il existe au-delà des plans formés par les créatures, au fur et à mesure de leur évolution à travers leur vie propre, il existe une sphère toute vibratoire, sans bornes, qui plonge dans l'immensité de l'univers, mais qui n'est ressentie qu'à partir d'une certaine évolution. Cette sphère vibre et la créature terrestre qui en est sortie la perçoit encore sous la forme de vibrations de la conscience dans le moi intérieur.

Les vibrations du grand foyer sont en communion avec la conscience, et, lorsque celle-ci est développée, le sens mystique l'est également. Il est en raison directe de l'évolution de la conscience.

Le grand foyer vibratoire anime tout l'univers et de degré en degré chaque être reçoit les inspirations et les impressions directes du foyer que vous appelez Dieu sur la terre.

Vous aurez un jour la définition exacte du mot Eternel et vous comprendrez la cellule vivante initiale de ce grand cercle supérieur vibratoire. Mais votre cerveau humain éclaterait si la clé du mystère y était introduite. Maintenant voici le point posé sur le but et l'admission du grand cercle supérieur en qui réside la puissance créatrice. Les molécules qui en émanent se répandent à travers l'espace comme un bouquet de feu d'artifice. Elles se répandent en ondes qui vont former les étincelles créatrices des êtres. Autour de ces molécules fondamentales circulent des vibrations qui vont former les foyers représentant les mondes. Il en est créé constamment de nouveaux.

Tout système créé a sa vie propre et se subdivise lui-même en système particulier. Les planètes ont leur vie, leurs transformations. Les soleils émettent à leur tour des ondes. Le système gazeux se forme d'abord, puis le minéral, le végétal, pour arriver à la créature humaine. Celle-ci, être pensant, est mue par l'étincelle venue du grand foyer tandis que les systèmes minéraux et végétaux sont créés par des réflexes de génération secondaire.

Telle est l'évolution de la matière aboutissant à l'enveloppe charnelle, à laquelle s'adaptera la vibration initiale de la conscience en connexion directe avec l'étincelle suprême. C'est ainsi que la projection s'établit.

Les vibrations du grand Tout ne sont pas spéciales à une région comme on le croit généralement, mais remplissent toutes les régions de l'univers. Elles ne sont perceptibles pour les êtres que dans la mesure de l'accroissement de leur sensibilité. Les religions, dans leurs conceptions de Paradis et de régions célestes, ne présentent que des images, tandis qu'il est certain que les vibrations de la pensée divine animent tout l'univers.

Les Esprits ne sont pas tous en état de pénétrer dans l'azur vibratoire car il faut un degré suffisant de perfectionnement pour percevoir et apprécier la beauté et la grandeur de la vie supérieure. Chaque système planétaire a son degré d'élévation et, il arrive un moment où les êtres évolués, vivant sur des planètes en voie de progrès, sont plongés plus directement dans l'azur. Les Esprits ordinaires frôlent les Esprits lumineux sans les voir ; mais dans certaines conditions les Esprits supérieurs peuvent se rendre visibles afin d'éclairer les Esprits moins évolués.

Lorsque l'esprit en voie d'évolution peut, par ses mérites, entrer en rapport avec le monde supérieur et recevoir la lumière vibratoire du grand foyer, il reçoit une impression de force, de puissance, et aussitôt que l'impulsion cesse, il reste avec la perception de la lumière qui s'attache à son degré d'évolution. Cette lumière se traduit par des millions d'étincelles vibratoires douées d'une radiation intraduisible aux sens humains et qui enrichissent son périsprit.

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* *

Revenons à la molécule vibratoire issue du cercle de Ceugant, créatrice de vie. Elle est toute pureté et lumière, elle est la source des créations inférieures, l'animatrice des vies successives, tels sont les éléments qui constituent la vie supérieure.

Les Druides ont été placés sur votre globe pour y apporter le plus possible de lumière de ce plan supérieur que reflétait leur conscience. Dans les premiers temps l'initiation fut directe puisque la dite conscience était pure.

Ce mot conscience signifie pour nous, centre vibratoire encore non souillé et pouvant communiquer avec le plan divin. C'est pourquoi, dans l'étude de vos semblables, quoique leurs actes vous paraissent répréhensibles, si leur conscience n'est pas détruite, il reste en eux un petit centre vibratoire susceptible de relèvement.

Au début de leur religion, les Druides ont joui des bienfaits d'une communion vibratoire très intense, ce qui valait le titre d'Initiés. Mais, au contact de la matière, par réfraction, les enseignements druidiques ont été déformés par les hommes. Les consciences se sont obscurcies et les intuitions se sont voilées, les initiations se sont fermées.

Donc, à des degrés divers, la conscience humaine est très imprégnée de divin. Conservera-t-elle ce patrimoine ? A la désincarnation, l'âme humaine se place dans la lumière qu'elle peut s'assimiler, suivant son degré de réception et de conservation des vibrations divines.

Si, à l'issue d'une vie terrestre, la molécule divine est paralysée par la matière, la progression est suspendue, le souvenir des passions matérielles trouble la conscience et apporte une sorte d'engourdissement de l'être spirituel. C'est ce que les Druides appelaient le principe de destruction, puisque l'évolution est arrêtée.

Pour que l'évolution reprenne son cours, il faut que des Esprits lumineux dissolvent cette sorte de coque passionnelle fluidique pour raviver l'étincelle consciente, et, l'être spirituel ranimé, reprendra sa marche à travers ses existences. Nombreux sont les esprits désincarnés qui se trouvent arrêtés dans leur évolution.

De même que l'étincelle perd sa flamme lorsqu'elle est recouverte de cendre, la conscience spirituelle rentre dans le néant lorsqu'elle est trop chargée de matière, celle-ci n'étant au point de vue vital que le support de l'essence spirituelle.

Vous savez que cette matière est produite par la vitesse plus ou moins grande des vibrations entre les différentes couches d'ondes émanant d'un point vibratoire. Lorsqu'il émane de ce point des ondes spirituelles pour la formation d'un monde qui devra contenir des étincelles conscientes, il faut comme conséquence, que les molécules vibratoires plus lourdes, se transforment en matière.

Au cours de l'évolution, il arrive un moment où la molécule matérielle s'affine suffisamment pour devenir à son tour une molécule vitale consciente, et cela se produit lorsque cette matière se dégage d'un monde inférieur pour retourner dans l'espace, s'attacher aux molécules vitales de lumière. Les Druides en avaient l'intuition puisqu'ils ont voué un culte à certains objets matériels.

Je terminerai en disant que l'étincelle vitale consciente, une fois lancée dans l'immense arène, doit parcourir un cycle d'existences successives à travers des mondes et des espaces variés car, tout ce qui change de forme, change de milieu. La marche de son évolution est en raison directe de la conservation et du développement de la molécule vitale consciente. Lorsque celle-ci a fourni un certain nombre d'étapes dans un système planétaire, elle s'est affinée et continue à monter dans l'échelle des mondes en parallèle avec les autres étincelles vitales conscientes.

Il y a donc deux créations parallèles. La création de l'étincelle vitale consciente, qui correspond à l'être humain, et l'évolution de la matière constitutive des mondes.

ALLAN KARDEC.

15 octobre 1926.

N° 13. - LES FORCES RADIANTES DE L'ESPACE ; LE CHAMP MAGNETIQUE VIBRATOIRE

A propos d'une question au sujet d'un article du Matin (3 octobre 1926) annonçant la découverte de certaines radiations de l'espace.

Cette découverte ou expérience n'est qu'une orientation, car vous devez, au point de vue psychique, recevoir des enseignements gradués afin de n'en être pas troublés.

Déjà les Druides connaissaient ces ondes. Au milieu de la nature les passions matérielles n'exerçaient pas une influence parasitaire.

Le Druide était initié en vue de laisser à l'histoire future des documents qui se rapprocheraient un jour des doctrines scientifiques. Ils pouvaient ainsi servir à l'élaboration de formules, constituant dans leur ensemble, un enseignement supérieur idéaliste (allusion aux Triades).

Le Druide recevait intuitivement des effluves venant d'êtres et de foyers supérieurs, et cela par la voie des ondes. Mais il fallait des siècles pour que l'être humain, par son travail personnel, par son adaptation scientifique, pût s'assimiler toutes les conséquences de phénomènes qui n'auraient pu être admises à l'époque druidique. Il fallait néanmoins que la pure doctrine fait enregistrée par l'être humain vivant à cette époque au milieu de la nature, et conservée à travers les âges, afin, qu'à un certain moment, en comparant la doctrine idéo-celtique et la doctrine idéo-scientifique moderne il y eût entre elles un lien impérissable.

Bientôt on verra se produire des phénomènes extrêmement curieux pour les non-initiés et captivants pour les initiés. Si les différents cycles de la doctrine Celtique représentent différents échelons dans l'ascension de la vie spirituelle, la découverte des diverses sortes d'ondes vous concrétisera la composition des différents milieux et il arrivera un jour où vous recevrez, par un langage convenu, des gammes de couleurs ressemblant à des pensées.

Plus le milieu vibratoire sera étudié et analysé, plus vous aurez la possibilité de connaître et de capter les forces extérieures à votre globe.

Nous-mêmes, qui sommes dans l'espace, nous concevons la marche de la vie d'une façon toute différente de la vôtre. Nous savons que des vibrations vous sont transmises, que votre être humain en reçoit, en emmagasine certaines, mais que vos sens particuliers sont trop inférieurs pour vous permettre de les extérioriser. Le champ magnétique vibratoire va se révéler à vous peu à peu. Il ne faut pas que vous cherchiez à saisir la clé du problème d'un seul coup, car votre cerveau physique se désagrégerait. Le Druide, immunisé dans une certaine mesure, était en relation presque directe avec les forces supérieures qui, à cette époque, avaient un afflux plus grand qu'aux temps modernes. Il fallait qu'à ce moment la vie fût simple, rustique et que la base spirituelle s'établisse solidement afin que graduellement l'art et la science vinssent vous aider à développer le cliché qui vous montre quelques côtés de l'organisation universelle.

La science ne pouvait avoir de raison d'être sans que l'étincelle génératrice tombât d'en haut puisque tout problème artistique ou scientifique, a comme base une part d'intuition, celle-ci étant d'ordre divin.

Le Druide a respiré l'atmosphère pure au milieu de la forêt, la cime des arbres attirait les nappes vibratoires qui entouraient et entourent toujours votre planète. En regard de la forêt, il avait la mer qui servait de conducteur à l'autre pôle magnétique, c'est-à-dire au point de vue psychique pour renforcer et stabiliser l'ensemble. Il fallait d'un côté que la grande masse fluidique trouvât son équilibre sur la terre et sur les eaux.

Le Druide, lorsqu'il regardait la mer, était à la fois baigné d'ondes venant de la forêt et se reflétant comme un miroir sur la nappe liquide. C'est ainsi que l'intuition lui est venue de l'existence des cycles que vous connaissez. Somme toute, vous savez que l'onde est une succession de cercles au point de vue vibratoire.

On vous dira un jour pourquoi le Druide avait cette intuition et pourquoi dans l'oeuvre divine elle ne s'est concrétisée que plusieurs milliers d'années plus tard. Vous pourrez remarquer que le mouvement celtique d'un côté, les mouvements chrétien et bouddhiste-indou de l'autre se sont produits dans des pays à la fois montagneux, boisés et voisins de la mer.

Si le Druide aimait la forêt, le Christ aimait la colline. Donc, vous pouvez en dégager le phénomène scientifique réel que l'onde se prête mieux à la captation sur un milieu élevé que dans les bas-fonds, et, que le voisinage de la mer aide puissamment à la sensation des nappes vibratoires. L'eau capte la pensée puis la transmet, elle est nécessaire à la fécondation de la terre, c'est un fait que vous considérez au point de vue matériel et nous, au point de vue spirituel.

Les forces venant des espaces sont absorbées par votre terre grâce aux nappes d'eau, à la végétation luxuriante, aux montagnes, aux collines, aux plaines et chaque être humain peut être impressionné par ces ondes. Vous en avez eu le témoignage en étudiant de près la doctrine celtique. Je vous ai parlé des rayons qui sont venus baigner la lande et la forêt bretonne, rayons, nappes d'ondes qui se sont également répandus sur différentes parties de votre terre. Mais je dois ajouter que votre race française doit en grande partie son orientation aux nappes d'ondes reçues dans l'ouest de votre pays.

Le Druide par ses incantations, par la forme de son culte attirait des forces invisibles et il en ressentait les effets sous forme de frôlements fluidiques. Aujourd'hui, cette sensibilité a disparu pour la majorité des humains. Il faut se trouver, dans des conditions spéciales pour pouvoir, comme le Druide, sentir l'afflux extérieur.

Vous pouvez dire que le mot Celtisme représente, pour l'homme moderne, la forme concrète d'une doctrine ayant pour base l'assimilation, la concentration, le développement et le jaillissement de forces, formant partie intégrale du mouvement cosmique.

J'ai vécu à cette époque et je puis vous affirmer qu'aux temps druidiques l'être humain ressentait cette force radiante qu'à la suite des siècles il a fallu adapter scientifiquement - je n'ai que ce mot - à son enveloppe charnelle. Il pouvait ainsi apprendre à lire, à analyser et à dissocier les parties impalpables et vibratoires susceptibles de lui donner quelques éclaircissements sur le mystère de la création. Le Druide, par son initiation était capable de comprendre le rôle des nappes d'ondes, mais, il avait autour de lui une masse humaine primitive trop peu évoluée pour en percevoir l'action. D'après la volonté supérieure il convenait à cette époque de déposer une étincelle qui, chez les Druides, se traduisait par la compréhension de l'évolution universelle. Et la majesté de cette évolution s'étant gravée primitivement avec force, l'essence de la doctrine en resterait latente à travers les siècles. Tel était le but du Druidisme qui devait être le détenteur de la connaissance des forces supérieures.

Il restait à propager, parmi le plus grand nombre d'humains possible, l'authenticité de cette révélation. Deux facteurs ont aidé à sa diffusion : la théorie des existences successives et les bouleversements matériels et moraux qui s'échelonnent à travers la vie des êtres et des mondes.

Aujourd'hui, vous avez vu au cours de l'histoire les passions naître, grandir et décroître suivant des alternatives de progression et de dégression et par là l'être humain s'élever de l'état sauvage à l'état actuel.

Les arts ont fleuri, mais leur essor a été entravé par l'atrocité des guerres. Bref, après des flux et reflux innombrables vous arrivez aujourd'hui à faire pénétrer dans certains cerveaux l'idée que la nature et l'être humain sont des champs d'observation magnétique qui, dans certaines conditions, vibrent et commandent à des sens qui sont les machines statiques de l'ordre universel.

L'homme moderne évolué puisera ses directives dans l'action des forces supérieures et deviendra comparable à l'antenne de vos télégraphies sans fil. Le jour n'est pas éloigné où vous serez convaincus que l'infini est Dieu lui-même et que la vie universelle circule partout, les espaces n'étant que des champs vibratoires radiants.

ALLAN KARDEC.

29 octobre 1926.

N° 14. - LE CELTISME ET LA NATURE. L'EVOLUTION DE LA PENSEE

Le Celtisme est le symbole d'une pensée émanant de l'infini et transmise par des courants empruntés aux artères de la vie universelle. C'est une des formes évolutives de la vie vibratoire de l'espace. Les arbres ont aidé puissamment à l'aspiration de ces vibrations. Le sol et les plantes qui y sont attachées ont travaillé dans le même sens.

L'être humain va-t-il lui aussi aspirer ces vibrations ? Le Druide vivant au milieu de la nature, s'adaptant, par ses aspirations, à la vie de l'espace, est un des premiers êtres qui ait enregistré les vibrations sous la forme d'intuitions. Mais le Druide était un être un peu spécial, animé d'une foi ardente. Il s'extériorisait dans une large mesure de la vie matérielle, ambiante. C'était un être évolué mais les êtres rudimentaires vivant autour de lui mettront des siècles avant d'être capables d'aspirer les ondes de l'espace.

En parcourant l'histoire, vous pourrez constater que les fluctuations morales ont alterné avec les fluctuations matérielles. De même que les Druides tenaient compte du flux et du reflux de la mer, les civilisations humaines s'inspirent du flux et du reflux de la pensée.

De par la loi des réincarnations les vagues humaines ne sont pas de la même évolution, donc n'aspirent pas à un degré égal les ondes de l'espace. Il y a donc eu des retours en arrière depuis les Druides. Il a fallu policer l'être humain, en lui infusant d'abord le Christianisme puis ensuite le culte de la beauté par les Arts et les Lettres. Enfin, le point de vue scientifique s'est développé et le Celtisme et la science vont arriver fatalement à se rejoindre.

La doctrine celtique, dans sa pureté et sa beauté, est comme l'essence de l'enseignement inspiré par la foi dans la vie supérieure. A travers l'histoire l'être humain a été frappé à différentes époques, d'inspirations géniales et, si vous rapprochez de l'enseignement du Druide la réception intuitive de pensées supérieures plus ou moins modernes, vous pourriez voir qu'il y a corrélation.

En faisant marcher de pair la civilisation humaine et l'élévation de la pensée, prenant comme point de départ le point de vue celtique, vous verriez qu'à tous les grands moments de l'histoire, l'étincelle plus ou moins géniale de votre race s'est alimentée aux sources pures du Celtisme. Mais, avec le flux et le reflux de la pensée, cette étincelle a été voilée à différents moments par le manque d'homogénéité des êtres qui vivent à certaines époques. Il y a une loi qui veut que la progression dans l'incarnation ne soit pas toujours constante. Mais dans la création d'un monde il y a toujours des éléments impérissables empruntés à la vie universelle.

Les premiers Druides ont inculqué aux populations une foi assez vive au moyen d'exemples empruntés à la nature mais, un moment donné, la foi s'est obscurcie et a été discutée. Sa forme a changé à travers les âges, mais, si vous analysez toutes les religions, vous y retrouverez toujours l'essence du divin qui anime incontestablement la pure doctrine celtique.

Par là, le Celtisme reconnaît l'existence d'un foyer supérieur qui influencera dans des conditions rationnelles l'être humain vivant sur votre globe. Comme le Druide a été frappé par les ondes de l'espace, la foi, sous plusieurs formes, a touché les individus à travers les âges et maintenant, la foi et la science doivent se rencontrer.

Maintenant je peux vous dire que l'être humain, après un certain nombre d'incarnations, et lorsqu'il possède une sensibilité constante et équilibrée, reçoit directement des pensées transmises par des ondes de l'espace et complétant son libre arbitre, mais il faut qu'il soit arrivé à un développement supérieur pour recevoir ces vibrations. Il doit être débarrassé des émanations matérielles qui se dégageront de son être et paralysent la marche du phénomène de réception. Si le Druide recevait presque directement les intuitions, c'est qu'il puisait aux sources mêmes de la nature.

Il était par destination un initié. A travers les âges ces initiés se sont retrouvés. On pourrait les appeler les néo-druides. Je ne m'avance pas trop en vous disant que dans les années qui vont suivre, si la foi ardente ne pénètre pas chez certains individus, du moins vous enregistrerez à l'aide de votre travail scientifique, des phénomènes surprenants. Vous mettrez au jour la marche ascendante et descendante des traînées d'ondes extra-planétaires.

Les Druides ont enseigné l'existence de ces forces inconnues. Les vibrations d'amour pour le divin foyer, la figuration de la nature toujours animée ont été les premiers indices que tout dans l'univers est régi par des lois supérieures. Les vibrations harmoniques entretiennent la vie et font couler à travers leurs chaînons la lumière qui éclairera le mystère de la vie supérieure et divine.

La doctrine matérialiste basée uniquement sur la science sombrera. La doctrine spiritualiste basée sur la foi et sur l'expérience doit aider à l'initiation progressive. Il faut que l'inspiration graduelle donnée par la foi spiritualiste aille de pair avec la science. La science est le phare et la foi est la lumière qui l'éclaire.

ALLAN KARDEC.

26 novembre 1926.

N° 15. - JEANNE D'ARC, ESPRIT CELTIQUE, ANNONCEE PAR JULES MICHELET

J'ai aimé la France, mon âme s'est éclairée d'un idéal supérieur. J'ai consigné mes vues dans mon Histoire de France. Avec l'aide de Jeanne d'Arc que j'avais glorifiée, cet idéal m'a aidé à me désincarner, à retrouver ma voie dans la lumière céleste. Cet esprit que, jusqu'ici, vous appeliez « l'esprit Bleu » est synonyme pour vous, d'esprit de lumière, de patriotisme et d'amour. En prononçant son nom j'ai ressenti des effluves radiants qui m'indiquent que Jeanne d'Arc avait la possibilité de descendre vers vous et d'intervenir dans votre prochaine séance.

Le Celtisme, à mon sens, est l'étincelle embryonnaire absolument nécessaire au rayonnement de la vie nationale française. C'est grâce à ce rayonnement d'essence divine que la molécule qui se transmet à travers les générations françaises n'est pas anéantie. L'alternance des retours de scepticisme et de matérialisme avec des effusions de lumière idéaliste constitue un jeu des lois de la réincarnation.

Jeanne d'Arc incarne au plus haut degré cette âme celtique qui, d'une façon fondamentale, s'inspire de trois grands éléments : la foi dans la force divine, la foi en la vie renaissante à travers les espaces et la sensation de leurs reflets sur la créature française. Ce qui se traduit par le patriotisme national et l'amour du Dieu créateur. Jeanne d'Arc recevait pendant toute sa vie de missionnaire le rayonnement émanant des molécules d'ordre divin. Si les yeux de sa chair se refusaient à voir la lumière astrale, son subconscient était éclairé par la vie céleste. C'est pour cela qu'elle a eu une force géniale et qu'elle a puisé l'inspiration dans un idéal de beauté et d'amour. Jeanne comme missionnaire et comme française est venue donner aux masses barbares, désorientées et désagrégées, l'initiation qui devait leur servir de viatique.

A travers les époques et les générations il faut, de loin en loin, qu'un pôle aussi puissant que pur reçoive les vibrations qui forment le courant de la vie universelle. Depuis les temps les plus reculés, de grands Initiés sont venus sur les mondes ; vous avez eu sur votre terre Bouddha, le Christ et Jeanne d'Arc.

Le Celtisme est une des formes de la volonté divine puisque sa doctrine émane directement des foyers supérieurs et que les Druides furent, sur votre sol, les premiers êtres capables de comprendre et de transmettre des impressions et des enseignements reçus par l'initiation, capables aussi, par le rayonnement, de répandre un enseignement salutaire sur les masses populaires.

Jeanne d'Arc a été inspirée par ses voix du Bois Chenu. Elle a reçu d'Esprits supérieurs les enseignements qui ont fait d'elle l'héroïne sacrée. Le Druide, sa faucille d'or à la main, ne voyait pas les anges du Bois Chenu, mais il recevait la pensée à travers la lumière divine, en un mot, voici l'impression ressentie par le Druide. Il entrait en extase s'inspirant de la nature, et voyait à un moment donné tout son être entrer en vibration. Il se sentait comme soulevé de terre et sa personnalité physique était entourée d'un cercle d'effluves à la fois chauds, suaves et forts, ce que vous pouvez traduire en langage moderne par attirance extatique, vibration constante et réception d'ondes radiantes dans tout l'être humain. Le Druide n'était en réalité qu'un médium doué de facultés psychiques et morales très développées.

A certains moments le Druide, non seulement sentait l'influence astrale, mais voyait aussi des lumières, des vapeurs et des condensations fluidiques. Vivant à votre époque actuelle, en raison de la marche de la science, il pourrait mieux expliquer et s'assimiler tous ces phénomènes, mais en son temps tout lui parut merveilleux.

Lorsqu'il ne voyait que des condensations de vapeurs, il avait l'impression qu'un premier cercle lui cachait d'autres lumières. Et lorsqu'il ressentait une transmission au point de vue initiation, il lui semblait qu'un cycle caché recelait la présence de la force des forces et qu'il devait s'incliner devant cette volonté inconnue. Ces impressions dissipées une sorte de torpeur, d'abattement, d'engourdissement succédait à l'extase et la volonté de l'être humain, animée par un désir formé avant la naissance, procurait au Druide la force de continuer l'enseignement et de répandre autour de lui la foi naissante. De plus, en général, le Druide avait le don d'extérioriser des radiations qui influençaient les êtres qui l'entouraient. Jeanne d'Arc reçut les mêmes impressions que le Druide, mais dans un sens encore plus élevé.

La reconnaissance des trois cycles se changea en plans bien distincts, le plan d'ordre divin qui répand sa lumière et anime les grands Esprits, le tout enveloppé d'une lumière plus ou moins vive qui touche les créatures sous la forme de la grâce ; le troisième plan près de la terre est plus humain. Jeanne d'Arc fut donc à son époque la grande initiatrice Celte, puisqu'elle vint en mission pour répandre autour d'elle la foi qui doit sauver dans l'abnégation, la douleur et le renoncement ; son rayonnement humain fut grand, son rayonnement spirituel est immense. Chaque parcelle fluidique émanant de son âme a le don de retenir à travers les espaces les rayons de lumière supérieure qui représentent l'astral divin et, lorsque la pensée de Jeanne touche un être humain, elle est comme émaillée d'une paillette d'or sur laquelle brille une goutte de lumière divine.

Jeanne est venue à son heure pour revivifier une atmosphère viciée par la veulerie, la jouissance et le matérialisme. Si le Druide a donné la chiquenaude initiale, Jeanne d'Arc a revivifié, en son temps, l'éclat d'une lumière qui s'assombrissait, tamisée par des vitraux, obscurcie par la frange de passion et de matière.

Il faut donc associer la lumière de Domrémy aux lumières de l'Armorique. Du reste les Druides n'ont pas seulement séjourné en Bretagne, mais sont allés sur les versants des Vosges.

Je conclus en m'inclinant très bas devant Jeanne puisqu'elle a puisé sur son sol régional l'héritage celtique transmis par des générations.

La foi divine est au-dessus de tout ; de grands missionnaires doivent vous le faire comprendre, l'amour pour Dieu, l'amour de l'humanité et l'amour du pays sont les essences des vibrations celtiques.

JULES MICHELET.

10 décembre 1926.

N° 16. - LE CELTISME DANS LA CONSCIENCE FRANÇAISE

Ce n'est pas sans émotion que je reprends pied sur cette terre où j'ai vécu en me dépensant pour ma patrie et d'où je suis partie pour les sphères de Dieu. Vous faites un livre sur le Celtisme et je tiens à vous donner mon avis sur ce sujet, car, je vous dois un peu de reconnaissance pour avoir écrit ma modeste vie. Reconnaissante, je prie Dieu et ses élus, de tout mon coeur de vous bénir et de vous donner les intuitions qui permettent à l'âme de s'épanouir dans la beauté et la lumière des cieux.

Le Celtisme est l'étincelle animatrice de la foi supérieure chez l'être placé sous son action ; dans l'occurrence cet être est le Français. Le Celtisme représente donc la molécule initiale qui a fait naître chez nos ancêtres la connaissance de l'infini. Il fut un des rayons apportant sur la terre le souvenir du passé créateur. Foi religieuse, ardeur dans l'évolution de l'être, travail de la conscience à travers l'histoire. Tels sont les principes reçus par les Druides et transmis par la parole aux familles qui les entouraient.

En descendant au fond de nos consciences nous y retrouvons la racine du bien et du mal, et c'est encore au Celtisme que nous devons le libre arbitre dans l'évolution française. Nous lui devons le libre arbitre dans ce sens que, recevant l'initiation supérieure, et ne pouvant plus nier la connaissance de Dieu, notre être sera imprégné de ce fluide supra-vital qui a touché le Druide et se répandra sur les créatures. Suivant la marche de l'histoire il y a eu déformation de l'initiation première, mais il ne faut pas nier que c'est le Druide qui a transmis le rayon supérieur sur la partie de la planète qui nous intéresse. En chantant la gloire des sphères invisibles, en en recevant la lumière, le double sentiment de l'amour de Dieu et du patriotisme intégral s'est révélé.

Si le Celtisme nous a révélé la lumière divine, si cette lumière fait vibrer nos consciences et nos coeurs, c'est que ces coeurs abreuvés d'une foi mystique, doivent répandre autour d'eux, les vertus et les bienfaits reçus. Le rayon celtique nous apprend aussi à aimer le sol natal et un sentiment qui les résume tous est né depuis ce temps ; il ne se développera que plus tard et suivant les événements : l'amour du pays, le patriotisme.

Lumière divine descendue sur nous par le même rayon qui a touché les Druides, tu es parvenue à faire agir l'être humain dans le sens le plus étincelant. Les coeurs eurent un élan merveilleux pour se plonger dans l'éther astral. Du premier rayon qui a touché le Druide aux élans désintéressés et généreux qui animent la créature il y a une corrélation très étroite.

Il fallait que le sol de France soit baigné par les vibrations cosmiques. Le rayon celtique a donné l'impulsion et forme comme une des mailles du réseau qui entoure la terre et doit entretenir entre elle et l'espace une communion inter-vibratoire qui est la preuve de la vie universelle.

Lumière de Dieu, venue toucher le sol de France, toi qui fus transmise par l'antique Druide, répands-toi sur la créature et infuse dans son coeur les nobles vertus ; dégage de ses sens les molécules matérielles qui obscurcissent son esprit et paralysent son essor vers l'infini. Au point de vue idéaliste, lumière de l'espace, flocons d'amour échappés du coeur du Très Haut, le Druide t'a recueillie, que tes radiations restent intimement liées à la créature de France. Depuis cette époque de premier contact le rayon celtique vibre toujours, mais la matière l'a malheureusement obscurci. Il viendra certainement un jour où les consciences se dégageront de la gangue matérielle. Le Celtisme comme au temps des Druides reprendra alors toute son activité, mais, en attendant, il faut louer les âmes généreuses qui, heureusement intuitionnées, répandent autour d'elles l'amour de Dieu transmis par les vibrations de l'esprit celtique. O ma France bien aimée, respire cet azur fécond. Que Dieu ne t'abandonne jamais ; que des natures d'élite te donnent leur âme et leur coeur. Qu'un mouvement de généreux désintéressement ouvre à l'être humain des horizons de lumière sans limites. Les ondes qui, à chaque seconde, frappent la planète, émanent du rayon qui, sur tout le territoire de France peut se nommer Celtique. Que la manne divine, que les ondulations créées par les sphères de lumière se répandent sur tous les coeurs français. Beaucoup de consciences les ressentent, mais je voudrais que le nombre se généralisât et que Dieu communiât par les vibrations de son coeur avec le coeur de mes frères aimés qui seront un jour les initiés dans le royaume de Dieu.

Béni soit le Druide, premier prêtre, premier apôtre du pays de France. Grâce à son inspiration les esprits désincarnés ont pu s'abreuver aux coupes qui diffusent la lumière de Dieu. Que les vibrations de l'esprit celtique ne s'arrêtent jamais. Que l'horizon s'éclaire sur notre beau pays ; que les âmes plus douces, plus légères aient plus d'élan vers vous, ô mon Dieu.

Que ce livre, écrit avec une sincérité et une élévation de conscience absolues, permette à tous les Français de tourner leurs âmes vers l'Infini. Que la lumière celtique s'allie à la foi en Dieu, tout-puissant, et en la terre nourricière, symbole de la patrie qui représente le royaume de Dieu, sur la terre.

Dieu est la lumière supérieure, la vie initiale, la grandeur éternelle. En étudiant, en analysant le Celtisme, cette force s'accroîtra ; un désir de comprendre les lois de la vie universelle s'emparera de la créature humaine. Je désire de tout mon coeur que la foi celtique ravive l'espérance en chaque coeur humain et, si l'auteur de ce livre est parvenu à faire comprendre que la foi est un des mystères de la création, une étincelle de lumière divine aura touché le lecteur et lui aura fait comprendre que Dieu ne l'abandonnera jamais.

JEHANNE DE DOMREMY (Esprit Bleu).

FIN

TABLE DES MATIERES

INTRODUCTION.. 1

PREMIERE PARTIE - LES PAYS CELTIQUES. 3

CHAPITRE PREMIER - ORIGINE DES CELTES. - GUERRES DES GAULOIS. - DECADENCE ET CHUTE. - LONGUE NUIT ; LE REVEIL. - LE MOUVEMENT PANCELTIQUE.. 3

CHAPITRE II - L'IRLANDE.. 12

CHAPITRE III - LE PAYS DE GALLES. L'ECOSSE. L'OEUVRE DES BARDES. 16

CHAPITRE IV - LA BRETAGNE FRANÇAISE. - SOUVENIRS DRUIDIQUES. 21

CHAPITRE V - L'AUVERGNE. VERCINGETORIX, GERGOVIE ET ALESIA.. 26

CHAPITRE VI - LA LORRAINE ET LES VOSGES. JEANNE D'ARC, AME CELTIQUE.. 32

DEUXIEME PARTIE - LE DRUIDISME. 39

CHAPITRE VII - SYNTHESE DES DRUIDES. LES TRIADES. OBJECTIONS ET COMMENTAIRES 39

CHAPITRE VIII - PALINGENESIE : PREEXISTENCES ET VIES SUCCESSIVES. LA LOI DES REINCARNATIONS. 46

CHAPITRE IX - RELIGION DES CELTES, LE CULTE, LES SACRIFICES, L'IDEE DE LA MORT 63

CHAPITRE X - CONSIDERATIONS POLITIQUES ET SOCIALES. ROLE DE LA FEMME. L'INFLUENCE CELTIQUE. LES ARTS. LIBERTE ET LIBRE ARBITRE.. 70

TROISIEME PARTIE - LE MONDE INVISIBLE. 75

CHAPITRE XI - L'EXPERIMENTATION SPIRITE.. 75

CHAPITRE XII - RESUME ET CONCLUSION.. 81

CHAPITRE XIII - MESSAGES DUS AUX INVISIBLES. 83

N° 1. - SOURCE UNIQUE DES TROIS GRANDES REVELATIONS : BOUDDHIQUE, CHRETIENNE ET CELTIOUE.. 84

N° 2. - EVOLUTION DE LA PENSEE A TRAVERS LES SIECLES. 85

N° 3. - MEME SUJET. 86

N° 4. - CELTES ET ATLANTES. 87

N° 5. - SUR L'ORIGINE DU COURANT CELTIQUE.. 88

N° 6. - LE COURANT CELTIQUE ET LE CARACTERE FRANÇAIS. 89

N° 7. - ANALOGIE DE L'IDEAL JAPONAIS AVEC LE CELTISME.. 90

N° 8. - PROCEDES SPIRITUELS DES DRUIDES. 90

N° 9. - VARIETE DES RACES HUMAINES. 92

N° 10. - LE RAYON CELTIOUE. (Suite.) 94

N° 11. - METHODE DE COMMUNICATION ENTRE ESPRITS ET HUMAINS. 94

N° 12. - ORIGINE ET EVOLUTION DE LA VIE UNIVERSELLE.. 95

N° 13. - LES FORCES RADIANTES DE L'ESPACE ; LE CHAMP MAGNETIQUE VIBRATOIRE 97

N° 14. - LE CELTISME ET LA NATURE. L'EVOLUTION DE LA PENSEE.. 99

N° 15. - JEANNE D'ARC, ESPRIT CELTIQUE, ANNONCEE PAR JULES MICHELET. 100

N° 16. - LE CELTISME DANS LA CONSCIENCE FRANÇAISE.. 102


[1] M. d'Arbois de Jubainville, dans ses cours du Collège de France, se livrait parfois à une démonstration sur le tableau noir afin d'établir la parenté des langues indo-européennes. Il prenait un mot qu'il traduisait en gaëlique, en allemand, en russe, en sanscrit, en grec, en latin, et il se trouvait que, sous ces différentes traductions, ce mot avait une même racine.

[2] Voir à la fin de l'ouvrage les messages d'Allan Kardec, n° 5 et 6 sur les courants celtiques, chap. XIII.

[3] Voir mon ouvrage Christianisme et Spiritisme.

[4] Reproduit en Braille dans la Lumière du 15 janvier 1926. Cet article est inspiré par les témoignages du temps, et surtout de l'écrivain Lactance.

[5] D'après LE GOFFIC, l'Ame bretonne, t. I, p. 370. Champion, éditeur.

[6] Voir LE GOFFIC, l'Ame bretonne, t. II, p. 289.

[7] LE GOFFIC, l'Ame bretonne, t. I, p. 371.

[8] S. TERY, l'Ile des Bardes. Flammarion, éditeur.

[9] S. TERY, l'Ile des Bardes, p. 113.

[10] Librairie Payot, 106, boulevard Saint-Germain, et aux Editions Jean Meyer, 8, rue Copernic, Paris.

[11] Voir à la fin du volume les messages d'Allan Kardec sur le courant celtique.

[12] LE GOFFIC, l'Ame bretonne, 2° série, p. 273.

[13] LE GOFFIC, l'Ame bretonne, p. 203.

[14] Voir sa brochure : Une Visite nocturne à Holy-Rood.

[15] Barddas cad. Goddeu.

[16] Voir revue la Bretagne touristique, n° du 15 octobre 1924.

[17] Voir LE GOFFIC, l'Ame bretonne, vol. I, p. 4 et suiv. Champion, éditeur, et H. DE LA VILLEMARQUE, le Barzaz-Breiz, Perrin et Cie, éditeurs.

[18] Voir Vercingétorix, de CAMILLE JULLIAN, p. 93, chez Hachette et Cie.

[19] Albin Michel, éditeur, 22, rue Huyghens, Paris.

[20] L'Initiation de Vercingétorix, par ANDRE LEBEY, p. 191, 201-205.

[21] Ed. SCHURE, les Grandes Légendes de France, p. 65.

[22] Maurice BARRES, Au service de l'Allemagne, chap. VI.

[23] Les Grandes Légendes de France. Perrin, éditeur.

[24] Voir PARISOT, Histoire de Lorraine.

[25] M. BARRES, le Mystère en pleine lumière, pp. 189-190.

[26] Les Grandes Légendes de France. Perrin, éditeur.

[27] Les druidesses, dit Dupiney de Vorepierre, prédirent l'avenir à Aurélien, à Alexandre Sévère et à Dioclétien.

[28] Voir mon livre : Jeanne d'Arc médium, 12° mille.

[29] JEAN REYNAUD, l'Esprit de la Gaule, p. 13 et 14.

[30] V. CESAR, Commentaires, t. VI, chap. XIV.

[31] Voir Message de l'Esprit d'Allan Kardec à la fin du volume.

[32] Il en était de même en bien d'autres matières, par exemple pour l'américanisme ou histoire de l'Amérique avant Christophe Colomb.

[33] Un cas semblable est celui de Socrate qui était médium et recevait directement la grande doctrine sans recourir à des voyages, comme il le déclare lui-même à la fin du Gorgias, d'après Platon.

[34] Voir Message n° 1, chap. XIII.

[35] Traduction de Llvelyne Sion.

[36] JEAN REYNAUD, l'Esprit de la Gaule, p. 45.

[37] JEAN REYNAUD, l'Esprit de la Gaule, p. 96 et 100.

[38] JEAN REYNAUD, l'Esprit de la Gaule, p. 96 et 100.

[39] Barddas, cad. Goddeu. Traduction gaëlique.

[40] l'Esprit de la Gaule, p. 61.

[41] Voir mon livre Christianisme et Spiritisme, consulter l'index. Voir aussi le Problème de l'Etre et de la Destinée, p. 321. D'après la Bhagavad-Gita (traduction d'Emile Burnouf, C. Schlegel et Wilkins), Krishna s'exprime ainsi : « Moi et vous nous avons eu plusieurs naissances. Les miennes ne sont connues que de moi, mais vous ne connaissez même pas les vôtres. Quoique je ne sois plus par ma nature sujet à naître ou à mourir, toutes les fois que la vertu décline dans le monde et que le vice et l'injustice l'emportent, alors je me rends visible, et ainsi je me montre d'âge en âge pour le salut du juste, le châtiment du méchant et le rétablissement de la Vertu. »

[42] Voir mon Problème de l'Etre et de la Destinée, chap. XVII.

[43] Traduction de ED. WILLIAMS, d'après l'original gallois.

[44] Traduction gaëlique du Cad. Goddeu.

[45] Le Cycle mythologique irlandais et la Mythologie celtique. Voir aussi dans les Annales de Tigernach publiées par WHITLEY STOKES d'autres cas de réincarnation, et le Cours de littérature Celtique de D'A. DE JUBAINVILLE.

[46] New-York, chez B. Donan Company ; à Londres, chez Gay, à Hancock.

[47] Voir, entre autres, l'enquête ordonnée par le Maharadjah de Bhartpur et confiée au docteur Rao Bahadur qui l'a conduite avec une parfaite conscience scientifique. La revue Kàlpaka publie 4 cas circonstanciés et détaillés de réminiscences de vies passées chez de jeunes enfants (d'après la Revue métapsychique de Paris, juillet-août 1924).

[48] Voir G. DELANNE, Documents pour servir à l'étude de la réincarnation.

[49] Voir entre autres : Après la Mort, Christianisme et Spiritisme, et le Problème de l'Etre.

[50] Dans ses écrits, Cicéron loue la science profonde de Divitiac, le seul druide qui soit allé à Rome.

[51] Cité par J. REYNAUD, l'Esprit de la Gaule, p. 50.

[52] Gabalda, édit., Paris.

[53] Voir à ce sujet les attestations de Tacite, Diodore de Sicile, Pomponius Méla, Strabon, Aristote, etc., citées par JEAN REYNAUD dans l'Esprit de la Gaule.

[54] Barzaz-Breiz. Chants populaires de la Bretagne. Perrin éditeur.

[55] Voir mon ouvrage le Problème de l'Etre et de la Destinée, chap. XIV.

[56] Voir mon livre Dans l'Invisible (spiritisme et médiumnité) passim.

[57] Voir Dans l'Invisible (Spiritisme et Médiumnité), ch. XXIII.

[58] Voir le Mystère en pleine lumière, p. 21, oeuvre posthume. Librairie Plon.

[59] Voir mon livre, Dans l'Invisible (spiritisme et médiumnité), passim.